ANKER Fernande, Emilienne, Madeleine dite Geneviève née LACROIX Pseudonymes : Geneviève, Micheline

Par Daniel Grason

Née le 16 avril 1913 à Paris (VIe arr.), morte le 20 janvier 2006 à Beaurecueil arrondissement d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; vendeuse ; militante communiste ; déportée à Ravensbrück (Allemagne), puis Mauthausen (Autriche).

Fille de Fernand Jean Emile, vingt-deux ans, comptable et de Désirée Alphonsine Lherbé, vingt-deux ans, sans profession, elle naquit rue du Dragon. Elle obtint à l’issue de sa scolarité le Certificat d’études secondaires. Elle épousa le 17 avril 1937 Samuel Anker en mairie de Bagnolet (Seine), elle garda la nationalité française. Elle habita dès juillet 1937 au 78 rue Haxo à Paris (XXe arr.) Elle exerça son métier de vendeuse jusqu’en avril 1942. Elle fit connaissance avec Roger Linet au cours de l’hiver 1941-1942, elle quitta son emploi de vendeuse en avril 1942, devint permanente appointée 2000 francs par mois.
Onze inspecteurs de la BS2 furent chargés de situer l’emplacement exact du pavillon où « Rivière » alias de Roger Linet, commissaire politique inter-régional et la trésorière de l’organisation Fernande Anker dite « Geneviève » se logeaient.
L’enquête dura quelques jours, l’habitation se trouvait au 7 rue des Truilles à Clamart (Seine, Hauts-de-Seine). Une recommandation impérative fut donnée, l’interpellation devait d’effectuer quand ils sortiraient. Les policiers voulaient ainsi éviter que des documents soient détruits.
Ils furent interpellés Le 21 janvier 1943, Fernande Anker sortit du pavillon, elle a été suivie pendant plusieurs centaines de mètres, les policiers voulaient ainsi éviter d’attirer l’attention du voisinage. Ceinturée, elle a été emmenée au commissariat de Clamart. Une femme policière la fouilla, fut saisi : une feuille de papier sur lequel était inscrit des rendez-vous ; une carte de textile au nom de Léon Andrée demeurant 6 rue Gambetta portant le cachet de la mairie de Maisons-Alfort ; une carte de textile portant le cachet de la mairie de Vigneux au nom de Michel Marseille 57 avenue Alexandre-Dumas ; quatre feuilles de papier, sur chacune d’elle un schéma ayant rapport à l’organisation de la SNCF ; une enveloppe portant l’adresse de Monsieur Dutoit, avocat, 32 boulevard Raspail à Paris, à l’intérieur deux communiqués dactylographiés du 11 au 18 janvier ; une lettre signée Nic, datée du 20 janvier 1943 et adressée à un nommé Duval ; une feuille de papier sur lequel figurait un emploi du temps sur trois colonnes « C.P.I.R. », « M.I.R. », « T.I.R. » ; une feuille sur laquelle figurait un plan de la Région parisienne ; un journal annoté au crayon ; et un rapport manuscrit de huit pages sur notamment les opérations réalisées.
Fernande Anker possédait les clefs du pavillon, des policiers s’installèrent à l’intérieur. Quand Roger Linet entra, il fut interpellé. La perquisition eut lieu en présence de Fernande Anker et de Roger Linet.
Furent saisis : un revolver à barillet ; deux pistolets automatique calibre 6,35 mm ; les trois armes étaient approvisionnées et prêtes à tirer ; deux grenades à main ; un corps de bombe cylindrique ; un lot de détonateurs ; un chargeur de fusil mitrailleur contenant vingt-cinq cartouches ; une bouteille incendiaire ; une somme de soixante-dix-neuf mille francs ; un lot de documents relatifs à l’action clandestine des FTPF, classés dans différentes chemises selon les organismes auxquels ils étaient destinés ; une somme de onze mille cinq cents francs placée dans une enveloppe contenant des documents ; un lot de cachets, des cartes de rationnement provenant des mairies cambriolées de Champagne-sur-Oise, de Maisons-Alfort et autres.
Interrogée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, elle affirma : « Je n’ai jamais été membre d’une organisation d’obédience communiste quelconque. Je n’ai commencé à militer pour le compte du Parti clandestin qu’en septembre dernier. »
« J’avais fait la connaissance de « Rivière » dans des conditions que je refuse de vous indiquer. Quinze jours ou trois semaines après, je suis allée habiter avec lui rue des Truilles. »
Ce à quoi un inspecteur rétorqua : « Il est impossible, qu’en raison de sa méfiance, que trois semaines après avoir fait votre connaissance, « Rivière » vous ait admise dans son intimité et vous ait introduite dans ce qu’il est possible d’appeler « le poste de commandement de l’Inter-région parisienne ». Veuillez-vous expliquer ? »
Elle répondit qu’elle fit sa connaissance au cours de l’hiver 1941-1942. Il lui proposa de devenir permanente de l’organisation clandestine, après bien des hésitations, elle quitta son travail en avril 1942. Elle devint permanente de l’organisation, la première mission importante lui a été confiée fin juin 1942. Elle fut chargée des liaisons entre les membres du triangle inter-régional : « Raoul » commissaire militaire ; « Gérard » (Artur London) responsable du BCM et « Rivière » (Roger Linet) responsable politique. Selon ses déclarations, elle ne rencontra que les agents de liaisons « Line » pour « Gérard » et « Nicole » pour « Raoul ».
Elle s’occupa de la trésorerie du Parti, contrôlait les notes de frais adressées par les Commissaires politiques régionaux, chaque mois elle remboursait cent cinquante mille francs. D’autres responsables étaient directement rattachés à l’inter-région parisienne, le responsable sanitaire Henri Chrétien dit « Jacques », le responsable de l’intendance « Vital » et celui des groupes spéciaux « Vital ».
Pour la région P. I elle voyait Henri Fongarnand dit « Rolland » qui assurait l’intérim de P. II, « Perron » était chargé de P. III. « Romain » était à la tête de P. IV, et « Loiseau » Paul Espiasse en était le responsable politique. P. VI avait à sa tête « Léon ». P. VII n’avait plus de responsable, « Ratier » Paul Mandras ayant été interpellé. Sur les autres régions P. VIII, P. IX et P. X elle n’avait pas d’information. Un militant de la Main-d’œuvre immigrée « Paul » venait voir Roger Linet, ils avaient mis au point une opération dirigée contre un garage réquisitionné rue de Laborde dans le VIIIe arrondissement.
L’interrogatoire se poursuivit, elle lâcha que Roger Linet était en contact avec « Line ». Ce pseudonyme était celui de Micheline Gruwier (interpellée le 28 novembre 1942), de Szajldla Kaczka (interpellée le 14 janvier 1943) agent de liaison de Jean Debrais. Mais également celui de Carmen Gérard de Gennevilliers, elle ne fut pas interpellée, il s’agissait d’elle.
Emprisonnée, Fernande Anker était le 26 janvier 1943 dans un wagon de cinquante-huit détenues qui partit de la gare de l’Est à destination de Sarrebruck, le 30 les prisonnières étaient envoyées au camp de Ravensbrück en Allemagne. Elle a été transférée à Mauthausen en Autriche, matricule elle fut libérée le 22 avril 1945 par la Croix-Rouge internationale, ainsi que notamment : Riva Baranowski, Charlotte Csordas, Simone Degueret, Marceline Gruwier, Charlotte Jeantet son identité d’emprunt en fait Dolorès Garcia, Line Kaczka, Hélène Lamour, Blanche Solsona, Marie Lefébure, et Solange Velter.
Elle témoigna le 8 août 1945 devant la commission rogatoire chargée du dossier de l’inspecteur Barrachin. Elle déclara notamment que lors de son interrogatoire « je n’ai pas fait l’objet de sévices ». Sur photographies elle reconnaissait onze inspecteurs ayant participé à son arrestation ou à son interrogatoire. Elle précisa qu’elle avait « été déporté sans jugement. […] Au cours des perquisitions […] les policiers se sont livrés à un véritable pillage. Ils ont volé entre autre 60 000 francs qui appartenaient aux Francs-tireurs et partisans. » Elle porta plainte contre les inspecteurs ayant procédé à son arrestation, les rendant responsable de sa déportation. Elle porta également plainte pour vol.
Fernande Anker née Lacroix a été homologuée combattante des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Le couple Anker divorça le 31 janvier 1949. Elle épousa Roger Pierre Gilbert Linet le 5 mai 1956 en mairie de Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine), le couple divorça le 7 mai 1971. Elle épousa en troisième noces Edmond Émile Alexandre Pimpaud à Saint-Ellier-les-Bois canton de Carrouges arrondissement d’Alençon dans l’Orne.
Fernande Pimpaud mourut le 20 janvier 2006 à Beaurecueil arrondissement d’Aix-en-Provence à l’âge de 93 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article233510, notice ANKER Fernande, Emilienne, Madeleine dite Geneviève née LACROIX Pseudonymes : Geneviève, Micheline par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 octobre 2020, dernière modification le 30 octobre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BS2 carton 41 (transmis par Gérard Larue), 77 W 5341-292132, 77 W 3114-294412. – Bureau Résistance GR 16 P 14154. – État civil numérisé 6N 628 acte n° 924, acte n° 924.

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