FLOCON Albert, Louis [MENTZEL Albert Ludwig dit]

Par Marie-Cécile Bouju

Né le 29 mai 1909 à Köpenik (Allemagne), mort le 12 octobre 1994 à Paris (XIVe arr.), graveur, graveur, professeur de perpective et de gravure, communiste, antinazi.

Fils de Walter Mentzel, ingénieur, et de Jeanne Dittmarch,, Albert Flocon a étudié au Bauhaus de Dessau, de 1928 à 1931. Il se consacra aussi aux arts du spectacle dans la troupe de d’Oskar Schlemmer jusqu’en 1930. Au Bauhaus, il fit la rencontre de celle qui devint son épouse, Charlotte Josephine Rothschild (1909-1944), surnommée Lotte ou Lo. Ils se marièrent à Berlin le 6 août 1930. Jusqu’en 1933, Flocon travailla comme dessinateur publicitaire. Charlotte était également dessinatrice et traductrice technique. Albert Mentzel adhéra au PCA pendant ses études au Bauhaus où il fut le représentant des étudiants. En 1930 la municipalité de Dessau étant aux mains de la droite, le PCA fut interdit au Bauhaus et les étudiants communistes expulsés.

Fuyant le nazisme, le couple (lui communiste, elle juive) se réfugia en France en 1933. Flocon travailla pour Vasarely comme dessinateur publicitaire.

Lors de la déclaration de guerre, Flocon, de nationalité allemande, fut interné à Chambaran, tandis que sa famille était restée à Paris (Charlotte travaillait chez Latécoère). En janvier 1940, Flocon s’engagea dans la Légion étrangère. Envoyé en Algérie à partir de la fin juin 1940, il fut démobilisé le 28 novembre 1940. Pendant l’été 1944, Charlotte Mentzel et leurs enfants prirent pris la route de l’exode vers la Normandie, puis revinrent à Paris.

Début 1941, le couple se réfugia en zone sud avec leurs trois enfants, à Pibrac puis Toulouse : Ruth Carla (née à Berlin en 1932), Catherine (1937) et Henri (1939).
Albert Flocon aida la résistance (FN, FTP) dans la région de Toulouse à partir de 1942 (hébergement, liaisons et traduction de documents en allemand). Son épouse travaillait comme traductrice pour Sud-Aviation.

Lors des massacres perpétrés par la division Das Reich à Figeac et à Pibrac en mai et juin 1944, la famille se réfugie à Toulouse. Catherine et Henri furent confiés et cachés, elle chez des paysans à Fronton, lui dans un couvent de religieuses des environs, tandis que leur sœur ainée, Ruth, interne au lycée de Figeac revint avec leurs parents à Toulouse.

Le couple fut arrêté le 20 juin 1944. Albert fut détenu à la prison Saint-Michel jusqu’à la libération par les FFI le 19 août 1944. Son épouse Charlotte et sa fille ainée Ruth furent elles aussi arrêtées et internées à Drancy. Déportées le 31 juillet dans le dernier convoi quittant Drancy, elles moururent gazées à Auschwitz le 2 aout 1944.

Albert Flocon et ses deux enfants, Catherine et Henri, revinrent à Paris en 1945-1946. En 1947, il obtint la nationalité française.

Avec son compatriote et antinazi Johnny Friedlaender (1912-1992) et le maître imprimeur et taille-doucier Georges Leblanc (1904-1973), il fonda en 1949 un atelier de gravure, l’Atelier de l’Ermitage (Leblanc avait racheté le célèbre atelier d’Alfred Porcaboeuf, qui était resté fermé pendant la guerre). Flocon se spécialisa alors dans la gravure au burin. En 1954, il devint professeur de gravure, de dessin et d’histoire du livre, à l’école Estienne (Paris), puis, en 1964, professeur de perspective à l’École
(il fut titularisé en 1969 comme chef d’atelier de peinture, unité pédagogique d’architecture n°8). Il était par ailleurs membre du jury de l’ENSBA section gravure depuis 1954. Il prit sa retraite en 1979.
Albert Flocon était membre d’associations nombreuses et variées : Société des artistes peintes, sculpteurs et graveurs (1950), Association des écrivains scientifiques de France (1963-1965), Société des Gens de lettres, Société des Amis de la bibliothèque Forney. En 1962, il a été fait chevalier des Arts et des lettres.

Albert Flocon s’était remarié avec Alice Cassou, artiste peintre, à Paris (XVe arr.) le 16 juillet 1946. Le couple eut deux enfants : Pierre Emmanuel (1947) et Luc (1957). Catherine Mentzel Ballestero devint professeure de lettres et traductrice .

Les noms de Charlotte (née à Francfort) et Ruth Mentzel figurent sur le monument des victimes de la Shoah du cimetière juif de Francfort-sur-le-Main, ainsi que sur le Mur des noms du Mémorial de la Shoah à Paris.
Albert Flocon avait choisi pour nouveau patronyme le nom de sa grand-mère, nièce d’un proscrit du coup d’état de 1851, Ferdinand Flocon (1800-1866).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article233514, notice FLOCON Albert, Louis [MENTZEL Albert Ludwig dit] par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 30 octobre 2020, dernière modification le 7 septembre 2021.

Par Marie-Cécile Bouju

SOURCES : Archives Albert Flocon, IMEC, Caen. - Decret de naturalisation n°6 876x46 (5 mars 1947), JO 9/3/47 p. 2158, Arch. Nat. [non consulté] - Biographie de Charlotte MENTZEL », Convoi 77 [en ligne]. - Albert Flocon. Points de fuite. Neuchâtel : Ides et Calendes, 1994-1995 (2 vol.), 350 et 454 p. - Catherine Ballestero, Albert Flocon dans ses livres : bibliographie des ouvrages d’Albert Flocon, Neuchâtel : Ides et Calendes, 1997.- Histoire de l’école Estienne. 1940-1968 : De la défaite à la « chienlit ». Paris : Editions APEE, 2002, p. 284-294. - Yves Chevrefils Desbiolles. « La douceur du graveur. Albert Mentzel-Flocon ». Les Carnets de l’IMEC, n° 4, automne 2015, p. 30.

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