DUPLOUY Victor, Raymond

Par Madeleine Singer

Né le 20 février 1930 à Sainghin-en-Mélantois (Nord) ; ouvrier professionnel maquettiste ; syndicaliste, membre du comité d’établissement et du comité central d’entreprise chez Thomson Brandt à Lesquin (Nord) au titre de la CFTC-CFDT, secrétaire du Syndicat de lutte des travailleurs (SLT) chez Selnor puis chez Elco Brandt, de 1984 à nos jours.

Victor Duplouy était l’aîné des quatre enfants de Raymond Duplouy, menuisier, qui avait épousé Angèle, Marie-Louise Guille. Celle-ci, entrée à quatorze ans chez Thomson à Lesquin, y travailla dans un atelier de vernissage de douilles d’éclairage et fut ensuite admise dans un bureau comme aide-comptable, emploi qu’elle conserva jusqu’à la retraite, en dehors des périodes de maternité. Les parents de Victor étaient tous deux catholiques et pratiquaient occasionnellement leur religion. Ils étaient membres d’une société mutualiste locale qui servait des indemnités complémentaires en cas de maladie. Victor Duplouy fréquenta l’école primaire publique de Sainghin-en-Mélantois, fit sa communion solennelle et passa avec succès le certificat d’études primaires. En octobre 1945 il entra à l’école d’apprentissage de Thomson-Houston, grosse entreprise spécialisée à l’époque dans la fabrication de petit appareillage électrique et de gros appareils domestiques, rasoirs, fers à repasser, disjoncteurs, machines à laver, chauffe-eau, cuisinières, qui occupait environ 2 300 salariés. Il obtint en 1948 le CAP (Certificat d’aptitude professionnelle) d’ajusteur. Comme il n’y avait alors pas de place dans l’atelier d’outillage, il travailla comme régleur de chaînes de fabrication, contrôleur de fabrication ainsi que des échantillons de pièces venant de fournisseurs extérieurs. En même temps il suivit à l’École des arts et métiers de Lille (Nord) des cours du soir qui menaient au brevet professionnel ; admis dans la classe terminale, il n’eut toutefois pas la possibilité de passer l’examen, vu son emploi du temps chez Thomson. Quelques années plus tard il passa dans l’atelier des maquettistes, ouvriers hautement qualifiés. Ceux-ci réalisaient d’après des plans, en modèle réduit ou grandeur nature, des appareils qui après tests et essais étaient fabriqués en plus ou moins grandes séries. C’est au dernier échelon de cette catégorie qu’il fut mis en préretraite le 31 juillet 1986 à cause de suppressions d’emplois. Avant son départ, Thomson était devenu Selnor (Société d’électroménager du Nord) ; celle-ci s’était spécialisée dans la fabrication des réfrigérateurs et congélateurs verticaux. Elle déposa son bilan en 2001. La société Elco Brandt fut alors constituée pour fabriquer des congélateurs horizontaux et disparut au 1er janvier 2005.
En août 1956 Victor Duplouy avait épousé Jacqueline, Marie, Anne Briand qui résidait à Chéreng (Nord) où ils s’installèrent. Celle-ci avait un CAP de couture et était vendeuse chez ses parents commerçants. Après son mariage elle se consacra à l’éducation de leur fille. Quand cette dernière devint employée commerciale dans une banque, Jacqueline Duplouy s’occupa de ses petits-enfants tout en ayant des activités paroissiales. Le couple quitta Chéreng en 1966 et se fixa définitivement à Gruson (Nord) dans une maison dont il fut propriétaire.
Victor Duplouy avait été jociste en 1946, peu après son entrée en apprentissage, et le resta jusqu’en 1952. Quelques années après son mariage, il fit partie un certain temps de l’Action catholique ouvrière (ACO), mais c’est le syndicalisme qui absorba très vite toutes ses énergies. En effet il fonda chez Thomson en 1956 une section CFTC avec le concours d’Oscar Briquet* qui venait d’entrer dans l’usine en qualité de contrôleur. Ce dernier déclara qu’à deux ils formèrent un tandem très efficace. La section, épaulée par l’intersyndicale CFTC qui regroupait l’ensemble des sections CFTC du trust, se développa au point de devenir majoritaire vers 1965-1970. Victor Duplouy en était devenu très vite secrétaire. Élu en 1956 délégué du personnel ainsi que membre du comité d’établissement, il garda ces fonctions jusqu’en 1980, après avoir été pendant quelques années secrétaire du comité central d’entreprise de Thomson Brandt. En même temps il fut, entre 1970 et 1980, membre du conseil syndical des métaux qui couvrait Lille et environs, et faisait partie de l’Union Nord métaux, affiliée à la Fédération générale de la Métallurgie CFDT.
Cela n’empêchait pas Victor Duplouy de s’intéresser également à l’activité syndicale interprofessionnelle. Il participa avec trois lillois, Edmond Bailleul, Georges Deweirder* et Toni Scarsetto*, ainsi qu’André Acquier*, de Paris, au congrès confédéral extraordinaire de novembre 1964 qui transforma la CFTC en CFDT. On le retrouva à l’assemblée générale (AG) de l’Union départementale du Nord CFDT où le 27 mai 1961 il siégea dans la commission relative aux salaires. Il fut aussi présent à celle du 29 octobre 1967.
Vu son action syndicale, la carrière de Victor Duplouy fut émaillée de nombreux incidents. Outre de multiples avertissements, cette action lui valut 56 jours de mise à pied qui s’échelonnèrent de 1960 à 1986. Trois fois licencié, il fut réintégré les deux premières fois, grâce à l’action des travailleurs de l’usine, toutes catégories confondues, ainsi qu’aux démarches et interventions de l’Union locale de Lille et de l’UD du Nord, représentées par Edmond Bailleul* et André Glorieux*. La troisième fois il fut mis en préretraite alors qu’il aurait voulu travailler jusqu’à 60 ans. Par ailleurs il avait siégé comme conseiller prud’homme à Lille dans la section industrie de 1982 à 1987.
Son activité syndicale ne se déroula pas toute entière sous le sigle CFTC-CFDT. Chez Thomson les deux cofondateurs réussirent pendant longtemps à concilier leurs positions respectives. Mais dans les années 1981, Victor Duplouy collabora moins aisément avec de nouveaux militants : Bernard Fache, Gérard Delespierre, Lise Brice*, capables de le contredire sur l’action syndicale. Lors des élections de DP en 1983, il refusa de figurer sur la liste CFDT et conseilla aux travailleurs de s’abstenir au premier tour. Le quorum n’ayant pas été atteint, il prit au second tour la tête d’une liste de « candidats libres » qui s’opposa à celle menée par le secrétaire de la section CFDT, Oscar Briquet. Celle de Victor Duplouy obtint la majorité des voix. Après un échange de correspondance avec le Syndicat libre (c’est-à-dire CFDT) de la métallurgie de Lille, ce syndicat prononça le 8 novembre 1984 l’exclusion de V.Duplouy par 79 mandats ; il y avait 2 contre et pas d’abstention. L’intéressé fonda alors le Syndicat de lutte des travailleurs (SLT) dont il fut le secrétaire et l’était encore en 2004. Ce syndicat fut toujours majoritaire chez Selnor et Elco Brandt. Il n’était pas rattaché à une fédération nationale mais existait aussi à Usinor (Union sidérurgique du Nord de la France) Dunkerque (Nord) ainsi qu’à Usinor Grande-Synthe (Nord).
L’évocation de son activité syndicale est loin de donner un portrait complet de V.Duplouy. Adolescent pendant la guerre 1939-1945, il habitait à Sainghin-en-Mélantois un logement situé en face d’un château occupé par l’armée allemande : il observait ce qui se passait et renseignait un agent de liaison qui transmettait les messages à un membre du service d’espionnage britannique. Des prisonniers russes logés dans une dépendance de ce château étaient mal nourris ; il leur lançait par-dessus les haies les tartines préparées par sa grand-mère. Quand survint le massacre perpétré à Ascq (Nord) en 1944 par les Allemands, il assista aux funérailles des victimes et participa aux différentes commémorations dont l’une fut honorée par la présence du général de Gaulle. Au cours de sa vie d’adulte, il convoya à plusieurs reprises des aveugles partant en colonie de vacances, fournit à l’occasion aide et dépannage à des personnes âgées. Cela ne l’empêchait pas de se préoccuper de l’histoire syndicale : il déposa aux Archives du monde du travail à Roubaix les tracts et documents conservés par leur section syndicale.
Par ailleurs à partir de 1948 il fréquenta à Sainghin-en-Mélantois la société de gymnastique et en était en 2004 membre honoraire. Ainsi fut-il sur tous les plans un militant actif et dévoué. Il avait eu la médaille du Travail pour la construction électrique ainsi que le grand or du Travail.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23380, notice DUPLOUY Victor, Raymond par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 29 avril 2022.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Fiche biographique jointe à une feuille donnant des éléments biographiques, expédiée à Gilbert Ryon, avec sa lettre du 28 avril 2004. — Comptes rendus des congrès et AG de l’UD du Nord CFTC-CFDT (1948-1970), Arch. du monde du travail, Roubaix. — Lettre d’O. Briquet à M. Singer, 28 février 2004. — Lettres de V. Duplouy à M. Singer, 16 septembre 2004, 18 octobre 2004, 15 novembre 2004 avec des documents (Arch. G. Ryon). — État civil de Sainghin-en-Mélantois, 14 mai 2004.

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