GAUBIL Roger, Louis, Marc

Par André Balent, Jean-Claude Richard

Né le 10 novembre 1920 à Montpellier (Hérault), mort le 15 juin 1944 à Ferrals-les-Montagnes (Hérault) ; instituteur (1942-1943) à Saint-André-de-Sangonis (Hérault) ; résistant du Tarn et de l’Hérault (Corps franc Barthélemy de l’AS ; Service d’atterrissages et parachutages) ; abattu par Allemands avec un autre résistant

Cliché : archives privées Roger Feyssel.
Roger Gaubil (1920-1944). Au dernier rang à droite avec ses élèves de Saint-André de Sangonis (Hérault), année scolaire 1942-1943. Au 3e rang (rang supérieur), , 6e à partir de la gauche, Roger Feyssel, élève de Roger Gaubil.
Roger Feyssel est (2020) président des anciens combattants de Saint-André-de-Sangonis.
n

Roger Gaubil était le fils de Louis, Gabriel Gaubil, cafetier à Montpellier et de son épouse Laetitia, Laurencie Bourdel âgés respectivement de vingt-deux et vingt-et-un ans. le couple demeurait 29 avenue Alexandre Cabanel à Montpellier.

Né à Montpellier, Roger Gaubil résida bientôt à Labastide-Rouairoux (Tarn). Il fit des études secondaires au lycée Soult de Mazamet (Tarn). Il commença une carrière d’instituteur dans l’Hérault.

Durant l’année scolaire 1942-1943, Roger Gaubil était instituteur à l’école primaire laïque de Saint-André-de-Sangonis (Hérault). Appelé au STO, il fut réfractaire, abandonna son poste et rejoignit les forêts du massif du Somail (Tarn et Hérault), plateau culminant à 1100 m, au nord du bourg de Labastide-Rouairoux. Il appartenait à un maquis de l’Armée secrète (AS), le Corps franc Barthélemy formé par des habitants de Labastide-Rouairoux et lié au Corps franc de la Montagne Noire (CFMN) (Voir Sévenet Henri) mais distinct de ce dernier.

Il assura là des missions de garde dans le cadre du SOAM (Service des opérations aériennes et maritimes) et fut versé dans une unité chargée de la surveillance des terrains d’opérations aériennes sur le terrain de Bel Soleil (Ferrals-les-Montagnes, Hérault), près de fermes situées à proximité du col de Serrières.

Au même endroit, se trouvait, depuis la mi-avril, un détachement du CFMN. Ce dernier quitta son cantonnement du col de Serrières le 15 juin 1944 pour regrouper ses effectifs avec le gros du maquis au pic de Nore, à la limite entre l’Aude et le Tarn.. Ne restèrent sur place que les deux résistants chargés du terrain de parachutage de Bel Soleil, Gaubil et Houlès. La colonne allemande qui quitta nuitamment Béziers le 15 juin avait pour objectif la destruction du détachement du CFMN, puissant maquis qui les inquiétaient car contrôlant les communications stratégiques entre la région toulousaine, le Bas Languedoc et la vallée du Rhône

. Le 15 juin 1944 il fut victime, avec d’autres, d’un détachement allemand venu de Béziers au col de Serrières où une stèle rappelle la tragédie. Sur celle-ci, il est spécifié que Gaubil était de Labastide-Rouairoux. (Tarn). Ferrals-les-Montagnes, commune sur le territoire de laquelle périt Roger Gaubil se trouve dans la Montagne Noire, près de la limite entre l’Hérault et le Tarn.

Deux documents permettent de compléter les informations concernant ce combat (Ferrals-les-Montagnes col de Serrières (15 juin 1944)) en en précisant les circonstances. Après la Libération, une enquête fut diligentée afin d’élucider les meurtres de Houles, Gaubil, Valière et des époux Iches [Iché], commis le 15 juin 1944, par les Allemands : une lettre du Lieutenant Joly d’Aussy, délégué régional du Service des Recherches des crimes de guerre ennemis au commandant de la compagnie de Gendarmerie et au le commissaire central à Béziers, datée du 16 août 1945, qui, en application de la Loi du 6 septembre 1944, demande de bien vouloir procéder à enquête concernant les événements du 15 juin 1944 au col de Serrières : Le 22 août 1945, le PV d’audition du sieur Maurel Albert, âgé de 39 ans, demeurant à Béziers adressé par le commissaire de Police G. Fuilla .

Albert Maurel, demeurant à Béziers (Hérault), employé comme mécanicien depuis novembre 1942 chez Ellena et Chabert exploitant de la ligne d’autobus de Béziers à Lodève.. Les Allemands réquisitionnèrent un des cinq cars de l’entreprise. Maurel fut désigné pour conduire un de ces véhicules. Il chargea pendant la nuit une quarantaine de soldats allemands devant le collège de filles de Béziers. Trois officiers de l’armée d’occupation étaient installés dans une voiture qui prit la tête de ce convoi composé aussi de camions transportant des soldats en armes qui démarra vers une heure du matin et se dirigea, par Maureillan, vers les Verreries-de-Moussans, commune de l’Hérault située sur le versant nord du col de Serrières.

Quelques kilomètres avant, le convoi s’arrêta près d’un petit hameau vers où se dirigea la voiture avec les trois officiers. Il reprit ensuite sa route vers les Verreries puis vers le col de Serrières. Vers 7 heures, les soldats descendirent et se mirent en position de tir. Ils ouvrirent le feu en direction d’une femme et de deux enfants qui fuyaient. Trois officiers, accompagnés par deux civils se dirigèrent vers une ferme. Ils revinrent seuls. Maurel apprit que les deux civils avaient été abattus par les Allemands. Maurel sut que les Allemands avaient tué une femme (Mme Iché). Maurel expliqua aussi que la ferme avait été incendiée que le linge avait été volé ainsi que le bétail (deux vaches, un veau, deux cochons) préalablement mis à mis à mort. Le convoi revint à Béziers. La majorité des soldats et deus officiers, regagnèrent le collège de filles. L’autobus transportant une trentaine de soldats précédé par l’automobile conduite par le troisième officier prit la direction de Boujan-sur-Libron, près de Béziers.

Le bilan de cette équipée meurtrière fut très lourd. Les deux résistants (Gaubil et Houlès), le couple d’agriculteurs M. et Mme Iché et un autre paysan, Valière, furent tués. Gaubil fut tué vers 15 heures. Mme Valière et ses deux enfants réussirent à s’enfuir dans les bois. Toutefois, elle fut un échec pour les Allemands qui ne purent atteindre leur objectif, l’anéantissement du détachement du CFMN.

Le nom de Roger Gaubil figure sur les monuments aux morts de Labastide-Rouairoux (Tarn) et de Saint-André-de-Sangonis (Hérault) ; sur la plaque commémorative des victimes des conflits du 20e siècle apposée dans l’église paroissiale de Labastide-Rouairoux ; sur la stèle du lycée Soult de Mazamet (Tarn) érigée afin de commémorer les victimes de l’établissement, personnels, élèves et anciens élèves entre 1939 et 1945 ; sur la stèle du Corps franc Benjamin à Labastide-Rouairoux (Tarn) ; sur la stèle des civils et résistants tués le 15 juin1944 par les Allemands au col de Serrières à Ferrals-les-Montagnes (Hérault) ; sur la plaque commémorative de Saint-Pons-de-Thomières (Hérault) regroupant 36 noms de maquisards des maquis du Somail (Corps franc Barthélemy de Labastide-Rouairoux) et de la Montagne Noire (Corps franc de la Montagne Noire) : "À ceux de la Résistance Aux maquis de Somail et de la Montagne Noire À leurs morts héroïques En souvenir des combats livrés aux Allemands les 18, 19, 20, 21 et 22 août 1944 Morts pour la France" . Le groupe scolaire de Saint-André-de-Sangonis (Hérault) porte son nom.

Il reçut la mention "mort pour la France" (transcrite en marge de son acte de naissance sur le registre de l’état civil de Montpellier dès la réception d’une lettre du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre du 16 novembre 1955), et, à titre posthume, accéda au grade de sous-lieutenant des FFI, fut fait chevalier de la Légion d’honneur et fut décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent.

Ferrals-les-Montagnes (Hérault), Col de Serrières, 15 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article233841, notice GAUBIL Roger, Louis, Marc par André Balent, Jean-Claude Richard, version mise en ligne le 6 novembre 2020, dernière modification le 18 novembre 2020.

Par André Balent, Jean-Claude Richard

Cliché : archives privées Roger Feyssel.
Roger Gaubil (1920-1944). Au dernier rang à droite avec ses élèves de Saint-André de Sangonis (Hérault), année scolaire 1942-1943. Au 3e rang (rang supérieur), , 6e à partir de la gauche, Roger Feyssel, élève de Roger Gaubil.
Roger Feyssel est (2020) président des anciens combattants de Saint-André-de-Sangonis.
n

SOURCES : Service historique de la Défense, Vincennes, GR 16P 245961 (dossier Gaubil). — Arch. dép. Hérault, 796 W 93, dossier 595. — Arch. com. Montpellier, registres de l’état civil, acte de naissance de Roger Gaubil et mentions marginales. — Archives privées de Roger Feyssel, Saint-André de Sangonis, dossier Gaubil Roger communiqué en octobre 2020.— Georges Bouladou, L’Hérault dans la Résistance, 1940-1944, Nimes, Lacour, 1992, p.141 .— Georges Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944, Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour, 2006, 617 p. [p. 467, p. 471]. — Richard Vassakos, Dictionnaire des fusillés, notice Ferrals-les-Montagnes (Hérault), col de Serrières, 15 juin 1944 . — Midi-Libre, Lodève, 23 septembre 2020. — Site MemorialGenWeb, consulté le 4 novembre 2020.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément