DUPONT Marcel [DUPONT Jean, Marcel]

Par Étienne Kagan, Janine Olmi

Né le 14 novembre 1904 à Saulnes (Meurthe-et-Moselle), mort le 14 décembre 1975 à Lay-Saint-Christophe (Meurthe-et-Moselle) ; métallurgiste ; syndicaliste CGT et militant communiste de Meurthe-et-Moselle.

C’est à Saulnes, bourgade ouvrière de la vallée de la Chiers, que Marcel Dupont vint au monde, une année avant le déclenchement d’un mouvement de grèves qui affecta l’ensemble des usines sidérurgiques du département de Meurthe-et-Moselle. Son père, Ernest Dupont, lui-même enfant de Saulnes était mineur de fer. De tendance anarchiste et cégétiste, il était abonné au Réveil. Les voisins avaient leurs entrées au foyer Dupont pour écouter et commenter la lecture du journal, entendre parler d’Émile Zola, de Georges Sand, de Michel Zévaco, mais aussi de l’usine, des porions. Les Dupont se déclaraient dreyfusards.

Les enfants Dupont apprenaient le « catéchisme révolutionnaire » à la table familiale. Ils étaient trois frères Marcel, l’aîné, Paul Dupont et Louis Dupont le cadet. L’aîné mena une carrière syndicale à la CGT, pendant que le benjamin devenait député communiste dans les années 1960. Ernest Dupont mourut de la grippe espagnole en 1918 et Marcel Dupont fut alors le premier à être confronté aux rigueurs de la vie ouvrière pour subvenir aux besoins de toute la famille. Il avait quatorze ans.

Machiniste aux hauts-fourneaux de la Chiers à Longwy (Meurthe-et-Moselle), il adhéra au Parti communiste français avec ses frères en mai 1932. Il fut convoqué fin 1932 au siège du Parti communiste, 22 cours Léopold à Nancy, en présence de François Billoux, membre du bureau politique, ainsi que Charles Perrouault*, de la CGTU. L’ordre du jour portait sur « la création du syndicat unitaire des métaux » dans le bassin de Longwy. Le syndicat, comme le parti, restait clandestin de façon à éviter la vindicte du patronat sidérurgique. Les grèves de 1905 étaient restées dans les mémoires, avec leur légende héroïque, mais aussi avec leur échec sanglant, puisque l’ouvrier Huart avait été tué dans l’émeute était de Longwy.

Marcel Dupont se consacra alors essentiellement au mouvement syndical qui était presque inexistant chez les métallurgistes du bassin de Longwy. En 1934, il participa à la création officielle du syndicat unitaire des métaux de Longwy avant d’en devenir le secrétaire. Pour le 1er Mai 1934, Marcel Dupont pensa que le moment était venu de répondre par un geste d’envergure. C’est ainsi qu’au matin de ce 1er Mai, des drapeaux rouges flottèrent sur les clochers des églises et des cheminées des usines. Les JC avaient rempli leur mission dans la nuit du 30 avril. Mythe ou acte de bravoure symbolique ? De génération en génération, cette page de l’histoire longovicienne exalta les militants des cités ouvrières des bassins sidérurgiques. Le parti faisait des adhésions de militants qui, quelques années plus tard, prirent la direction des organisations ouvrières : Robert Braine à Villerupt, Remy, Albert Balducci à Hussigny, Robert Detti, Sylvain Poli* à Longwy, Arthur Jonet* à Gorcy. L’embryon clandestin des communistes longoviciens, sentant le vent tourner, décida d’organiser une manifestation de rue à Longwy-haut pour célébrer le 14 juillet, en dépit des réticences du PS et de la CGT. Déjouant les prévisions pessimistes, quelque 500 personnes défilèrent derrière les drapeaux rouges en chantant l’Internationale sous l’égide du comité finalement rallié.

Après la réunification syndicale, Marcel Dupont fut élu en juin 1936 secrétaire permanent du syndicat des métaux du bassin de Longwy, organisation qui fut dès l’été 1936 la plus importante du département. À cette date, il faisait en outre partie du bureau régional du PC. Un comité de Front populaire se forma avec le Docteur Lafond pour la SFIO, Édouard Legras (qui sera maire de Longwy après la Libération) pour la CGT, Marcel Dupont pour la CGTU, Marius Renaudin pour le PCF, Louis Dupont et Jules Polotti pour la JC. Marcel Dupont, représentant les 25 000 métallos, parapha de sa signature les textes sociaux qui lavaient l’échec des grèves de 1905. Au 1er Mai 1937, Longwy rejoignit la France festive et revendicative en accueillant par un meeting monstre la venue du dirigeant Maurice Thorez*.

En 1938, Marcel Dupont fut délégué des métaux de Longwy au congrès de la CGT. L’année suivante, il fut élu conseiller prud’homme de Meurthe-et-Moselle puis déchu de cette fonction le 13 février 1940.

Mobilisé en 1939, fait prisonnier, il fut interné en Autriche jusqu’en 1945. À son retour de captivité, il reprit son poste à la tête du syndicat des métaux et devint peu après le premier président de la Caisse primaire de Sécurité sociale de Longwy. Il fut révoqué de ce poste par Daniel Mayer, ministre du Travail, lorsque, pendant la grève générale des mineurs et métallurgistes de décembre 1947, il fut condamné à dix jours de prison pour « tentative de désarmement d’un agent de la force publique ».

Marcel Dupont fut élu en 1949 secrétaire général de l’Union départementale CGT de Meurthe-et-Moselle, tâche qu’il assura jusqu’en 1965, date à laquelle son état de santé l’obligea à ralentir son activité. Remplacé par Albert Balducci, il fut alors élu président de l’UD. En 1971, il renonça à toute activité publique et se retirait à Lay-Saint-Christophe, près de Nancy. Marcel et Micheline, son épouse d’origine italienne, qui partagea son destin militant, s’installèrent à Lay-Saint-Christophe dans un modeste logis que la rumeur transforma en luxueuse demeure acquise avec les cotisations syndicales pour édifier les prolétaires des courées du bassin de Longwy.

À sa mort, le bureau de l’UD-CGT de Meurthe-et-Moselle rappela que Marcel Dupont « fut de toutes les batailles du mouvement ouvrier en Meurthe-et-Moselle » et que « raconter sa vie, c’est revivre l’histoire du mouvement syndical de notre département depuis 1934 ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23393, notice DUPONT Marcel [DUPONT Jean, Marcel] par Étienne Kagan, Janine Olmi, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 mars 2018.

Par Étienne Kagan, Janine Olmi

Marcel Dupont avec l’Union locale de Longwy.
Avec le chapeau Paul Dupont, en dessous Marcel Dupont avec le poing sous le menton et le béret.
Cliche communiqué par Alain Dupont.

ŒUVRE : M. Dupont a collaboré aux journaux départementaux de la CGT, Le Réveil ouvrier, et du PCF, La Voix de l’Est, ainsi qu’à La Vie ouvrière.

SOURCES : Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, en particulier 10 M 101. — Le Républicain lorrain (article nécrologique du 15 décembre 1975). — Récit de Louis Dupont. — Hommage de Charles Dallavalle, secrétaire de l’UD de Meurthe-et-Moselle paru en 1985 dans le n° 5 de Passé Présent revue trimestrielle de l’Institut lorrain d’histoire sociale. — Janine Olmi, DEA de droit public-science politique de Nancy II. — Catherine Pederzoli, mémoire de maîtrise N74-27 de la faculté de lettres de Nancy II. — Serge Bonnet, L’homme du fer, tome II, 1987 et La ligne rouge des hauts-fourneaux, 1981, Metz, Éditions Serpenoise.

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