POLGARI Josef

Par Daniel Grason

Né le 2 novembre 1898 à Niskoloz (Hongrie), mort à une date inconnue ; artisan peintre ; résistant ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils d’André et d’Elisabeth Merkelit, Josef Polgari épousa Edith Landau, le couple était sans enfant. Le couple vivait au 5 rue des Pyramides à Paris (Ier arr.). Il exerçait la profession de peintre en bâtiment, et était titulaire d’une carte d’identité d’étranger valable jusqu’au 28 juillet 1945.
Le 28 juillet 1943 à 16 heures 30, il frappa à la porte du domicile de la femme Matus au 1, passage du Génie à Paris (XIIe arr.). Des inspecteurs de la BS1 de surveillance dans le logement ouvrirent, il fut mis en état d’arrestation. Fouillé il ne portait sur lui ni objet ni document.
Les policiers emmenèrent Polgari à son domicile de la rue des Pyramides, la visite de son logement a été infructueuse. Il était inconnu de la police judiciaire et des renseignements généraux.
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales, il retraça son parcours en France depuis son arrivée en France en 1924 pour les Jeux Olympiques. Il exerçait sa profession de peintre chez des particuliers, savait lire et écrire un peu le français, et n’avait jamais été condamné.
Les inspecteurs indiquèrent qu’il avait été interpellé alors qu’il rendait visite à Matus et que celle-ci « hébergeait le nommé Loberbaum, médecin des terroristes. » Ils lui demandèrent « Que savez-vous de l’activité de ces personnes ? »
Il répondit qu’il connaissait le couple Matus depuis 1930 à La Varenne. « Par la suite j’ai été amené à travailler avec monsieur Matus. »
Les policiers mirent Hirsch Loberbaum en sa présence. Il déclara le connaître sous le prénom d’André, par l’intermédiaire d’une amie de sa femme partie depuis en Amérique. Ils s’étaient « perdus de vue », puis retrouvé « il y a trois ou quatre mois ». Hirsch Loberbaum lui aurait appris qui avait été médecin en Espagne « pendant la guerre civile ». Là où il vivait une personne avait été arrêtée, il ne pouvait y retourner. Il était donc à la recherche d’une chambre pour coucher quelques nuits.
Les policiers frappèrent probablement Josef Polgari à plusieurs reprises. Il continua son récit : « Je pensais que Loberbaum avait des idées de gauche, mais j’ignorais qu’il appartenait au Parti communiste. » Les pressions policières se firent plus fortes, il reconnaissait « C’est moi qui ai envoyé André chez madame Matus, mon amie, elle a accepté de la coucher quelques jours par semaine. » Il affirma « Pour ma part je n’ai jamais adhéré à un parti politique quelconque. »
Hirsch Loberbaum reconnaissait qu’il avait connu Josef Polgari deux ou trois ans auparavant par l’intermédiaire de Rosa Liner qui était partie depuis au Mexique. Il vivait avec Dobra Klein au 21 rue Théophraste Renaudot, à la suite d’une visite de la police le couple décida de quitter les lieux. Il connaissait Dobra Klein depuis 1931 à Prague où elle étudiait la médecine, il la rencontra en Espagne en janvier 1937 où elle était médecin auxiliaire de l’armée républicaine. Il rencontra également le docteur Henri Chrétien à Paris en 1935, il affirma « je ne l’ai jamais revu à Paris ».
Josef Polgari était le 17 janvier 1944 dans le convoi de 1944 hommes à destination de Buchenwald. Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Josef Polgari témoigna le 11 juillet 1945 devant les membres de la Commission rogatoire chargée de son dossier. Sur photographies, il ne reconnut pas ceux qui procédèrent à son arrestation. Il déclara avoir : « été détenu pendant cinq jours dans les locaux des Brigades spéciales des Renseignements généraux après avoir passé trois semaines au Dépôt, j’ai été remis aux autorités allemandes qui m’ont incarcéré au fort de Romainville. »
« Le 17 janvier 1944 j’ai été déporté au camp de Buchenwald d’où j’ai été libéré par l’avance des troupes Américaines le 11 avril 1945. »
«  Je n’ai pas été victime de sévices pendant mon séjour aux Brigades spéciales. »
« Une perquisition négative été effectuée à mon domicile, il m’a été dérobé une vingtaine de grammes de débris d’or ainsi qu’une trentaine de pièces de vingt francs en argent et un stylo. »
Il porta plainte contre les inspecteurs qui l’arrêtèrent et contre ceux qui se rendirent coupables de vol à son égard.
Josef Polgari a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article234158, notice POLGARI Josef par Daniel Grason, version mise en ligne le 14 novembre 2020, dernière modification le 14 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2298, GB 130, 77 W 5349. – Bureau Résistance GR 16 P 484199. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément