DUPUY Emmanuelle, Marie-Françoise

Par Éric Belouet

Née le 7 mai 1943 à Bourges (Cher) ; employée de bureau, aide-comptable, consultante interne en formation ; militante jociste du Loir-et-Cher, permanente de la JOCF (1966-1971) ; syndicaliste CFTC puis CFDT chez Renault ; militante féministe, animatrice du groupe femmes et du groupe MLAC de Renault-Billancourt ; militante de la Ligue communiste puis de la Ligue communiste révolutionnaire (1972-1992) ; militante associative ; conseillère municipale de Meudon (Hauts-de-Seine) de 1995 à 2001.

Maxime Dupuy (1893-1965), le père d’Emmanuelle Dupuy, était manœuvre, puis ouvrier spécialisé aux Établissements militaires de Bourges où il fut quelque temps syndiqué à la CGT. Sa mère, Hélène née Baron (1899-1994), femme au foyer après avoir travaillé dans des fermes avant son mariage, était proche de l’UFF et avait adhéré au PCF à la fin de sa vie. Le couple, marqué à gauche mais sans faire état de ses convictions, vécut en milieu rural avant de s’installer à Bourges en 1936. Benjamine de dix enfants (sept filles et trois garçons), Emmanuelle Dupuy fréquenta l’école publique Marcel-Sembat, obtint le certificat d’études primaires et entra au lycée de jeunes filles de Bourges dont elle sortit en 1961 avec le brevet d’enseignement secondaire. Après plusieurs « petits boulots », elle fut embauchée en décembre 1961 comme employée à la Direction générale des impôts, à la Conservation des hypothèques à Bourges et suivit parallèlement des cours du soir pendant deux ans, ce qui lui permit d’obtenir un CAP de comptabilité en 1963. Elle s’était engagée sur le plan syndical à la CFTC puis, à partir de 1964, à la CFDT. Ayant réussi un concours interne pour devenir agent titulaire, elle fut nommée à Vendôme (Loir-et-Cher).

Ses parents, bien que non-croyants, avaient fait donner à leurs enfants une éducation religieuse (baptême, catéchisme, patronage) et Emmanuelle Dupuy avait ainsi fréquenté l’église et la chorale paroissiale. Dès son entrée au travail, Denise Devaux*, une collègue, lui avait fait découvrir la JOCF à laquelle elle adhéra, mais ce n’est qu’à Vendôme qu’elle commença réellement à y militer. Elle assuma rapidement des responsabilités à l’échelon local, puis au sein de la fédération du Loir-et-Cher dont elle fut une des dirigeantes. Au moment où elle envisageait de quitter la Direction générale des impôts pour suivre une formation d’éducatrice, la JOCF la sollicita pour devenir permanente. Elle prit ses nouvelles fonctions en septembre 1966 au sein du secteur Ouest, avec la responsabilité de plusieurs départements de Normandie (dont le Calvados, l’Eure et l’Orne). L’équipe de secteur groupait environ six permanentes, parmi lesquelles Jeannine Bodogué*, Élise Foulfoin* et Marie-Luce Seyard*.

En septembre 1969, elle devint responsable nationale d’« Avenir et joie » en remplacement de Jacqueline Lallier*. Cet organisme de loisir, officiellement distinct de la JOCF, était en réalité l’une de ses branches dont le rôle consistait à aider les fédérations jocistes à organiser des stages et des camps de jeunes (le recrutement des dirigeantes ne se faisait que parmi les permanentes jocistes). Emmanuelle Dupuy en devint la responsable, ainsi que du journal éponyme dans lequel elle écrivit régulièrement, au moment où « Avenir et joie » entamait un processus de fusion - achevé deux ans plus tard - avec le « Loisir populaire », son équivalent pour la branche masculine du mouvement jociste, et quittait les locaux de la JOCF à Courbevoie pour s’installer dans ceux de la JOC masculine, 12 avenue de la Sœur-Rosalie, à Paris (XIIIe arr.). Emmanuelle Dupuy quitta le mouvement jociste en 1971.

À la suite d’un test d’embauche chez Renault, elle fut sélectionnée et suivit un stage de formation de dactylo de septembre 1971 à février 1972, puis devint - quelques jours seulement avant l’assassinat de Pierre Overney aux portes de l’usine - aide-comptable à l’ordonnancement des factures de la Régie à Billancourt. Elle allait rester près de trente ans dans l’entreprise. En 1978, une formation interne lui permit d’obtenir l’année suivante le baccalauréat professionnel de technicien de gestion comptable. Si ses activités militantes freinèrent, semble-t-il, son évolution dans l’entreprise - elle resta par exemple au même coefficient pendant huit ans -, sa fin de carrière devait toutefois être marquée par une reconnaissance tardive de ses qualités professionnelles. Ainsi, en 1992, on lui proposa un poste à la Direction financière, où elle fut chargée du suivi de la formation et de diverses autres tâches. Un an plus tard, on lui confia l’organisation de toute la formation au sein de cette Direction (250 salariés). Une autre formation interne, pour devenir cadre, lui permit d’accéder à ce statut en 1996 avec le titre de consultante interne en formation. En désaccord sur les orientations de l’entreprise, elle fit, avec son consentement, l’objet d’un licenciement en mai 2001. Au cours des deux années qui la séparaient de son départ à la retraite, dispensée de recherche d’emploi, elle s’investit bénévolement à plein-temps à l’Association de solidarité avec les travailleurs immigrés (ASTI) d’Issy-les-Moulineaux.

Les vingt premières années qu’Emmanuelle Dupuy passa chez Renault furent marquées par un intense militantisme. Son cheminement jociste et l’influence déterminante de Mai 68 avaient profondément transformé sa vision du monde. L’attitude des aumôniers jocistes lui avait semblé trop dirigiste et elle avait commencé à prendre ses distances avec l’Église en tant qu’institution, puis elle perdit la foi. Dans son témoignage (2008), elle situait le début de son athéisme dans les mois qui suivirent son départ de la JOCF. Sur le plan politique, l’allocution radiodiffusée de De Gaulle qui la heurta profondément, le 30 mai 1968, à son retour de Baden-Baden, l’avait convaincue de l’insuffisance de l’engagement syndical et de la nécessité de le doubler d’un engagement politique. Peu de temps après son entrée chez Renault, elle parvint à convaincre quelques collègues du même service d’adhérer avec elle à la CFDT. Elle fut déléguée du personnel de 1973 jusqu’à la fin des années 1970 et siégea également au CHS-CT et à la commission culturelle du comité d’entreprise. Elle quitta finalement la CFDT en 1987, après y avoir connu bien des conflits dus pour une large part à ses autres engagements militants.

Son insertion chez Renault s’était traduite par le début de son militantisme à la Ligue communiste (LC), au sein de la cellule de Billancourt qui groupait alors une douzaine de personnes. Elle poursuivit cet engagement - à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) à partir de 1974 - jusqu’en 1992, date à laquelle elle quitta l’organisation. Ses qualités de sérieux et d’engagement professionnel et féministe furent remarquées par les cadres de son organisation qui lui proposèrent une formation de cadre de trois mois à l’école de la Quatrième Internationale à Amsterdam. Elle accepta et suivit cette formation en 1985 ; sans suite car elle ne souhaitait pas accéder à des responsabilités de cadre dirigeante. Elle fut employée pourtant à mi-temps pendant deux ans (septembre 1988 à août 1991) comme semi permanente technique à la comptabilité de l’organisation internationale. Elle fut également membre de la « Commission de contrôle » qui gérait les conflits de l’organisation durant les années 1989 et 1990. Pour ces raisons, elle fut considérée par les militants de l’entreprise comme une cadre de la LCR, ce qu’elle n’était pas, ni ne souhaitait être. Elle partit comme volontaire en solidarité avec le Nicaragua pour un mois en 1986 et participa activement au Comité de solidarité avec le Nicaragua de 1986 à 1990. Elle avait centré son action sur l’entreprise, même si elle participa à des réunions de la fédération des Hauts-de-Seine et se présenta en 1981 aux élections législatives dans la circonscription d’Issy-les-Moulineaux. Dans son témoignage, Emmanuelle Dupuy ne se considérait pas comme trotskiste, mais plutôt comme anti-stalinienne et féministe. Cette dernière dimension fut en effet une autre composante importante de son militantisme chez Renault. Peu après y avoir été embauchée, elle mit sur pied et anima un « groupe femmes d’entreprise ». Celui-ci se rattacha en 1973 au Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) qui venait d’être créé, puis, après la disparition du mouvement au lendemain de la loi Veil en 1975, reprit son nom de « groupe femmes ». Il n’eut plus de réelle activité à partir de 1992, date de la fermeture de l’île Seguin, mais continua à exister formellement ; en 2008, plusieurs membres de ce groupe continuaient à se réunir dans un contexte plus amical que militant.

Emmanuelle Dupuy s’investit également dans la vie associative, principalement à l’échelle de la commune de Meudon où elle s’était installée en 1984 après avoir été longtemps domiciliée à Boulogne. . En 1990, elle participa au Comité contre la Guerre du Golfe, créé localement à Meudon puis s’engagea au sein de l’association « Citoyens de Meudon ». À ce titre, lors des élections municipales de 1995, elle fut en tête d’une liste unitaire (PS, PCF et associatifs, soutenue par les Verts) qui recueillit 43 % des suffrages au second tour (neuf élus) et devint conseillère municipale. Aux élections suivantes (2001), déçue de l’impossibilité de constituer à nouveau une liste unitaire, elle accepta de figurer sur une liste exclusivement associative - « Les Citoyens prennent leur place » - mais en fin de liste. Celle-ci recueillit près de 11 % (les candidats de droite furent élus au premier tour). Enfin, toujours membre de l’association, elle fit campagne pour la liste unitaire PS, PCF, Verts, PRG et associatifs aux municipales de mars 2008, tout en refusant d’y figurer. Dans son quartier à Meudon-la-Forêt, elle créa en 1990, avec ses voisins, l’Union de défense des locataires SIRNUR pour protester contre l’augmentation des loyers concernant les logements occupés par des salariés de Renault. Depuis 1998, elle faisait également partie de l’association de quartier « Avenir forestois à Meudon » (AFAM).

Participant activement au Comité antiraciste d’Issy-les-Moulineaux à partir des années 1970, Emmanuelle Dupuy adhéra à l’ASTI d’Issy-les-Moulineaux à partir des années 1970 - elle en fut la présidente pendant six ans, de 1995 à 2001. Elle participa en 1996, à la création du Comité de soutien au collectif de sans-papiers des Hauts-de-Seine (CSP92). Elle était également membre d’ATTAC depuis le début des années 2000 et membre de l’Association des anciens travailleurs de Renault-Billancourt Île Seguin (ATRIS) depuis 2004. Cette dernière association œuvrait en 2008 pour qu’un espace dédié à la mémoire ouvrière soit créé sur le lieu des anciennes usines Renault de Boulogne-Billancourt.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23422, notice DUPUY Emmanuelle, Marie-Françoise par Éric Belouet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 mai 2014.

Par Éric Belouet

SOURCES : Arch. JOCF (SG), fichier des anciennes permanentes. — Entretiens avec Emmanuelle Dupuy, 17 et 28 mars 2008. — Notes de Robert Kosmann.

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