DUPUY Théodore

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Justinien Raymond

Né le 6 juillet 1874 à Miradoux (Gers), mort le 25 octobre 1950 à Miradoux (Gers) ; maréchal-ferrant ; militant socialiste puis communiste du Gers.

Orphelin dès son enfance, Théodore Dupuy dut travailler très tôt chez un maréchal-ferrant. Pour apprendre son métier, il fit le Tour de France. Reçu compagnon à Tours, il fut surnommé par ses amis « Gascon le bien aimé ». Pendant ses pérégrinations, Dupuy entra en contact avec les milieux socialistes ; en 1893 il adhéra à un groupe des Jeunesses socialistes de Nantes puis, en 1897, au syndicat des Maréchaux de la Seine. Après le service militaire, il revint dans son village natal et succéda à son patron d’apprentissage.
Avec quelques amis d’enfance, il créa en 1900 le premier groupe socialiste du Gers « Les Propagandistes miradouzains » adhérant au POSR. Rapidement, Dupuy fonda un deuxième groupe à Saint-Clar. Les hobereaux locaux obligèrent leurs métayers à ne plus fournir de travail au maréchal-ferrant socialiste et favorisèrent l’installation d’un concurrent. Dupuy n’ayant plus qu’une dizaine de clients et, ne gagnant pas assez pour nourrir ses deux enfants, dut travailler chez des collègues ; peu à peu ses qualités professionnelles ramenèrent cependant à lui les paysans et, après quelques années, le concurrent fut contraint de quitter Miradoux. Dupuy avait gagné cette bataille sans rien abdiquer de ses idées. En 1902, il prit l’initiative du congrès socialiste de Saint-Clar où fut fondée la fédération socialiste de Gascogne dont il devint trésorier (voir Montiès J.). En 1904, sur une liste de Bloc des gauches, il entra au conseil municipal de Miradoux. La même année, il recueillit dans ce canton 180 voix comme candidat au conseil d’arrondissement ; aux élections cantonales de 1907, il en obtint 220. Dupuy mena campagne aux élections législatives de 1906 et 1910 (arr. de Lectoure) dans des conditions difficiles ; les groupes socialistes étant peu nombreux et il devait se contenter de faire à bicyclette la tournée des réunions de ses adversaires pour leur porter la contradiction. Il groupa 440 voix en 1906 et 783 en 1910. Théodore Dupuy était membre du conseil national de la SFIO en 1906 lors de sa première candidature aux législatives.
En 1914, il fut envoyé dans l’arr. de Condom où il obtint plus de quatre mille voix. Au sein de la Fédération du Gers, tout en laissant le premier rôle à J. Montiès, Th. Dupuy était très influent. Il fut délégué au conseil national et au congrès national de Saint-Quentin (1911).

Bon orateur, Dupuy savait gagner la sympathie de ses auditeurs par sa cordialité et sa tolérance. Ses articles comme ses discours montraient une sensibilité à fleur de peau, « un grand cœur ». Admirateur de Jaurès, il pleura en apprenant la mort du tribun (témoignage de son fils André). Dupuy pensait que les socialistes français et allemands arrêteraient la guerre et ce fut découragé qu’il partit au 209e régiment d’infanterie. Sans doute accepta-t-il au début l’union sacrée mais, aux armées, ses « yeux se dessillaient ». « Tout cela, je le réprouvais, mon être vibrait de colère et d’indignation et ceux-là le savent bien qui recevaient alors mes lettres du front qui, toutes, traduisaient en paroles amères, le cri de mon cœur violenté, de mon cœur en révolte et formulaient mes protestations indignées contre les agissements antisocialistes de nos dirigeants d’alors » (Le Socialiste du Gers, 5 février 1921). À son retour, il approuva le changement de direction intervenu dans la Fédération, le renaudélien Montiès ayant été remplacé par le longuettiste Gèze (et non Guèze). Dupuy fut candidat aux élections législatives de 1919 et recueillit 6,48 % des suffrages exprimés. Les socialistes du Gers, unanimes, affirmèrent la faillite de la IIe Internationale et, au congrès fédéral du 15 février 1920, sous l’influence de Dupuy, Gèze et Clerc, ils demandèrent aux congressistes de Strasbourg de se prononcer pour l’adhésion à la IIIe Internationale. Les vingt et une conditions froissèrent Dupuy, surtout celle concernant le problème syndical. « J’ai cherché vainement, je l’avoue, la raison décisive qui devait me classer parmi les partisans de l’adhésion ou me ranger dans l’autre camp. J’ai cherché vainement et alors... Et alors j’ai écouté mon cœur. » (Le Socialiste du Gers, 15 octobre 1920). Il opta en faveur de la IIIe Internationale mais pour sauvegarder l’unité et « parce que Longuet avait eu pendant la guerre une attitude qui semblait courageuse », Dupuy défendit au congrès fédéral du 5 décembre 1920, la motion Longuet. Montiès, partisan de la motion Blum se ralliant au dernier moment à lui, ils obtinrent une légère majorité : 149 voix contre 144 en faveur de l’adhésion sans réserve. L. Laboubée et Dupuy furent délégués au congrès de Tours. Pour des raisons inconnues, Dupuy resta dans le Gers. Au cours du congrès, Laboubée le consulta par télégramme et Dupuy lui donna mandat de reporter toutes les voix sur la motion Cachin-Frossard (Le Travailleur, 24 janvier 1931).

Dupuy avait, selon ses propres termes, « la religion de l’unité à tout prix », aussi accepta-t-il la proposition de Laffargue-Tartas de créer une fédération socialiste autonome réunissant les groupes communistes et socialistes. La cohabitation s’avéra vite impossible et, en septembre 1921, le journal commun, Le Socialiste du Gers, disparut. Dupuy devint délégué à la propagande de la fédération communiste. Il publia toutes les semaines dans Le Travailleur du Lot-et-Garonne et du Gers des articles passionnés, truffés de citations latines. En octobre 1927, il participa à une délégation paysanne en URSS. À son retour, ses articles étaient modérément enthousiastes : « je n’ai pas eu de déception » écrivait-il. Il se retranchait derrière les réactions favorables des non-communistes de la délégation française (l’anarchiste Colomer et le radical de Dordogne, Teyssandier). Dupuy se présenta aux élections législatives de mai 1924 ; avec 4,12 % des voix des électeurs inscrits il se plaça en tête de la liste communiste (moyenne 3,72 %). En avril 1928, dans la circonscription de Condom-Lectoure, il recueillit 5,5 % au premier tour et 0,6 % au deuxième. Malade, Dupuy refusa d’être candidat en mai 1932. À la conférence de la région communiste bordelaise du 21 février 1932, malgré ses réserves sur la tactique électorale, il fut délégué au congrès national de Paris (11 au 11 mars 1932).

Dupuy accueillit avec satisfaction le rapprochement entre le PC et la SFIO en 1934 et, dans son département, lutta contre le sectarisme : « Certains par manque de compréhension, d’autres parce qu’ils poussent jusque dans l’extrême limite le zèle louable qu’ils mettent à appliquer les décisions du parti, font preuve de sectarisme » (Le Travailleur, 6 juillet 1935). Lui-même donna l’exemple en refusant de polémiquer sur le passé avec le socialiste Jean Montiès et en prêtant son logement pour une réunion du candidat de la SFIO lors des élections législatives de 1936. En raison de son âge et de sa santé, son activité diminua en 1937-1939. Il restait cependant au conseil municipal de Miradoux (après un échec en 1929, il avait été élu en 1935), et représenta le PC aux élections cantonales de novembre 1937 à Miradoux. En 1940, malade et alité, il fut arrêté en décembre, interné à Gurs (Pyrénées-Atlantiques) puis à Nexon (Haute-Vienne). Il fut libéré après neuf mois, mais son état de santé ne lui permit plus de reprendre l’action.

Dupuy fit cependant partie du Comité local de Libération et fut une dernière fois candidat aux élections cantonales.

Son fils Henri Dupuy était un important militant communiste du Tarn-et-Garonne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23429, notice DUPUY Théodore par Jean Maitron, Claude Pennetier, Justinien Raymond, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 novembre 2022.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Justinien Raymond

Le Parti ouvrier, 7 avril 1906
Clichés fournis par Guillaume Degans

ŒUVRE : Th. Dupuy collabora au Socialiste du Gers de 1906 à 1921, puis au Travailleur du Lot-et-Garonne et du Gers de 1922 à 1938. Il écrivit en 1905 un Historique de la Fédération socialiste de Gascogne de 1900 à 1905, réédité dans le volume Histoire du socialisme gersois, 2005.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13082. — Le Socialiste du Gers, 1906-1921. — Le Travailleur, 1922-1938. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, I, op. cit., p. 354 à 360. — Compte rendu du congrès de Saint-Quentin. — Julien Chuzeville, « La Fédération socialiste du Gers et la scission du Congrès de Tours », Recherche socialiste n° 72-73, juillet-décembre 2015. — Note de Guillaume Degans.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, op. cit., p. 356.

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