DESNOS Robert, Pierre [Pseudonymes dans la clandestinité : VALENTIN ; Valentin GUILLOIS ; CANCALE ; Lucien GALLOIS ; Pierre ANDIER]

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 4 juillet 1900 à Paris (XIe arr.), mort le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt (Terezin, Tchécoslovaquie) un mois après sa libération par l’Armée rouge ; écrivain, poète, journaliste (notamment à Paris-Soir, Ce soir, Commune et Aujourd’hui), publicitaire et scénariste ; membre du groupe surréaliste de 1922 à 1929, de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) en 1935 et du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) en 1936 ; résistant, membre du réseau Agir et du mouvement Combat ; déporté.

Robert Desnos en 1927
Robert Desnos en 1927

Robert Desnos vint au monde au 32, boulevard Richard Lenoir. Son père, Lucien, Gustave, Alphonse Desnos, né à Saint-Martin-l’Aiguillon (Orne), était mandataire aux Halles. Ce dernier était maire adjoint du IVe arrondissement de Paris en 1936. Il fut gratifié de nombreuses décorations et promotions. Chevalier de la Légion d’honneur cette même année, il était alors administrateur du bureau de bienfaisance de l’arrondissement, vice-président du patronage municipal et administrateur de la Caisse d’épargne depuis 1905. Il fut en outre Officier de l’instruction publique en 1922, Commandeur du Mérite agricole en 1931, reçut la Médaille d’argent de la Mutualité en 1930 ou 1931, la Médaille d’Or de la Prévoyance Sociale en 1932 et la Médaille d’Or de l’assistance publique en 1933. La mère de Robert Desnos, Joséphine, Claire Guillais, née à Paris (XVIIIe arr.), était sans profession.

La famille habita par la suite 11, rue Saint-Martin, puis 9, rue de Rivoli (IVe arr.). L’atmosphère de ce Paris des artisans et des commerçants des rues Quicampoix ou Saint-Merri, plein d’affiches et d’illustrations de journaux, marquèrent en profondeur l’imagination du futur écrivain, son goût pour l’argot et le cinéma. À partir de six ou sept ans, il commença à dessiner et peindre, à lire des romans populaires et à retranscrire ses rêves. En désaccord avec son père qui voulait le voir faire une carrière commerciale et révulsé par le discours patriotique tenu à l’école, il interrompit sa scolarité à l’École Turgot, n’ayant en poche que le certificat d’études. Son père le mit en demeure de subvenir lui-même à ses besoins. A dix-sept ans, il vivait de petits boulots, dont ceux d’employé dans une droguerie ou de traducteur de prospectus médicaux chez Darasse frères (13, rue Pavée), se forgeant une culture d’autodidacte. Il avait nourri une aversion pour les auteurs reconnus par la bourgeoisie qui soutenaient la guerre, comme Anatole France (à gauche) et Maurice Barrès (à droite), préférant se plonger dans Les Misérables de Victor Hugo, les romans d’Eugène Sue, de Jules Verne ou la saga de Fantômas.

Il côtoya des jeunes gens révoltés par la boucherie de la Première guerre, passionnés de littérature et de sensibilité anarchisante. Parmi eux : Henri Jeanson, Armand Salacrou, Georges Limbour et Rirette Maîtrejean, qui avait été impliquée dans l’affaire de la « bande à Bonnot ». Ses découvertes littéraires, de Guillaume Apollinaire à Laurent Tailhade, en passant par Germain Nouveau, Baudelaire et Rimbaud, déteignaient sur ses premiers poèmes. Il publia des textes pacifistes dans La Tribune des jeunes, revue d’inspiration socialiste, dirigée notamment par Henri Barbusse, et d’autres poèmes (comme Le fard des Argonautes) dans une revue d’avant-garde, Trait d’union.
En 1919, Robert Desnos devint secrétaire de Jean de Bonnefon, journaliste et écrivain, une fonction qui lui donna accès à la riche bibliothèque de son patron, lui permettant d’élargir son horizon littéraire. Il découvrit ainsi le mouvement Dada. Séduit par les outrances de cette révolte contre un ordre social qui avait permis la boucherie de 1914-18, il prit contact avec la revue Littérature, intimement liée aux dadaïstes. Il eut le temps de se lier à Benjamin Péret sans réussir à intégrer le groupe. La revue publia néanmoins plusieurs de ses textes.

Le service militaire l’arracha à Paris de 1920 à 1922 pour l’envoyer à Chaumont, puis au Maroc. Son état signalétique semble assez évocateur de son côté « touche-à-tout ». En effet, dans le champ correspondant à sa profession, on écrivit d’abord « traducteur-interprète anglais et espagnol », qu’on ratura pour le remplacer par « radioreporter speaker rédacteur » pendant la Seconde guerre mondiale. Passé au 13e régiment de Tirailleurs algériens, il participa à la guerre du Rif d’avril 1921 à janvier 1922. Il fut promu successivement caporal et sergent. A son retour en France, le mouvement Dada touchait à sa fin. La performance d’agit-prop réalisée par le groupe, mettant en scène le procès de Maurice Barrès (le condamnant pour « crime contre la sûreté de l’esprit »), avait tourné au violent affrontement interne. Ceux de Littérature André Breton, Louis Aragon et Benjamin Péret, avaient rompu avec Tristan Tzara et Francis Picabia. Desnos suivit les premiers, qui devinrent ses amis, ainsi que Paul Éluard, René Crevel et Philippe Soupault, noyau du futur groupe surréaliste.

Au début de l’année 1922, il s’installa dans une chambre de bonne au 9, rue de Rivoli, à la même adresse que ses parents. Il travailla au Cercle de la librairie, boulevard Saint-Germain, comme commis expéditionnaire, puis à la Librairie Baillière, spécialisée dans la rédaction médicale.
Au café Certa, près de l’Opéra, Breton organisait des séances d’écriture sous hypnose d’après une idée de René Crevel. Desnos provoqua l’enthousiasme de ses camarades en pratiquant avec facilité « l’écriture automatique », sorte de dictée de l’inconscient initiée par Breton et Soupault, qui se faisaient l’écho des découvertes de Freud. Suite à cette expérience, il écrivit son poème Rrose Sélavy, du nom d’un personnage créé par Marcel Duchamp, qui parut dans Littérature, puis son recueil Nouvelles Hébrides.
Lors des séances de sommeil, Desnos parlait interminablement et par affinités sonores, esquissant des poèmes et des dessins. Il se jeta avec passion dans toutes les expériences collectives du groupe, participant aussi bien aux manifestations qu’aux tracts collectifs.
De son côté, il explorait le pouvoir des mots sous de multiples formes pour ouvrir la voie à une autre poésie (dictons, charades, anagrammes, anaphores, contrepèteries, morceaux de phrases toutes faites et même fragments de textes publicitaires).

En juillet 1924, Breton écrivait son admiration pour Robert Desnos dans Le Journal littéraire : « Le surréalisme est à l’ordre du jour et Desnos est son prophète ». Au mois d’octobre, le groupe surréaliste se constituait officiellement autour du premier Manifeste du surréalisme. Là aussi Breton rendait hommage à Desnos, qui "parle surréaliste à volonté". Entre 1924 et 1929, Desnos fut rédacteur de la revue La Révolution surréaliste, fondée par Breton, Aragon, Pierre Naville et Benjamin Péret, l’organe d’expression principal du groupe. Même si sa signature n’apparaît pas, il aurait pris part en 1924 à la rédaction du très virulent pamphlet profanatoire publié à la mort d’Anatole France, Un cadavre. Une phrase de Breton allait faire date : « Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière. »
L’année suivante, il obtint sa carte de rédacteur à Paris-Soir et se lia d’amitié avec Antonin Artaud et Jacques Prévert. Il s’installa à Montparnasse, au 45, rue Blomet, dans l’ancien atelier du peintre André Masson, à deux pas du Bal Nègre qu’il fréquentait la nuit. 
À cette époque, il y avait plusieurs hauts-lieux du surréalisme : le 42, rue Fontaine, domicile de Breton ; le café Le Cyrano ; le 54, rue du Château, où Marcel Duhamel accueillait Prévert, Raymond Queneau, André Thirion et le peintre Yves Tanguy. À la rue Blomet, Desnos recevait fréquemment le peintre Joan Miró et le dramaturge Georges Neveux.

En décembre 1926, il devint rédacteur au journal Le Soir, puis au nouveau journal d’Eugène Merle, Paris-Matinal. Sensible aux formes d’expression montantes, il était passionné de cinéma. Depuis au moins 1923, il publiait des chroniques cinématographiques dans lesquelles il usait d’une grande liberté de ton, quitte à donner parfois dans l’outrance verbale. Critiquant la production française comme soumise aux financeurs privés, il l’accusait d’avoir perverti le cinéma en tant que mode d’expression populaire. Il prit position dans certains débats de l’époque : face à l’apparition du cinéma parlant, il soutenait la préservation des sous-titres ("moyen d’émotion directe qu’il importe de ne pas négliger"), s’insurgeait contre l’imposition de conditions de travail inadmissibles aux figurants et défendait les cinémas de quartier face aux grands cinémas : "les cinémas, les grands cinémas sont bien le dernier endroit où, maintenant, l’on puisse éprouver quelque émotion. Tandis que les salles de quartier gardent encore le privilège de la sincérité et de l’enthousiasme." (publié dans Les Rayons et les ombres, Cinéma). Il écrivit plusieurs scénarios de films : Minuit à quatorze heures (1925), Les Récifs de l’amour, Les Mystères du métropolitain (1930) et L’Étoile de mer, dont Man Ray fit un court-métrage en 1928. Desnos y apparaît à la fin en compagnie de Kiki de Montparnasse.

Sensible également à la magie de la voix, il composa des chansons et fut critique de disques. Le dessin et la peinture avaient eux aussi ses faveurs : il dessina des portraits symboliques de ses amis (Breton, Éluard), pratiqua l’automatisme graphique et écrivit sur des peintres contemporains (Max Ernst, Pablo Picasso, Francis Picabia).
En même temps qu’il avait proclamé la nécessité de la révolution, le surréalisme faisait l’apologie du désir, de l’amour fou et de l’exploration des fantasmes. Desnos ne dissociait pas plus la politique de l’éthique et de l’érotisme. Tombé follement amoureux de la chanteuse de cabaret féministe Yvonne George, le poète vécut un amour désespéré car non réciproque. Il lui consacra des articles élogieux dans ses critiques musicales. Toxicomane et indifférente à lui, la chanteuse ne lui offrit que son amitié et l’initia à l’opium. C’est elle qui régna sur les rêves et les poèmes d’À la mystérieuse (1926) et des Ténèbres (1927), elle la muse de "J’ai tant rêvé de toi / Que tu perds ta réalité".
Dans ces écrits Desnos célébrait à la fois le désir de la poésie et celui de la femme, compagne irréelle aperçue dans l’espace du sommeil. Il écrivit plusieurs « romans » poétiques : Deuil pour deuil (1924) et La Liberté ou l’Amour (1927), dans lequel il se servait de la trame d’un roman populaire pour raconter les aventures érotiques des personnages.

À la différence de plusieurs surréalistes qui annoncèrent leur adhésion au Parti communiste, Desnos décida de rester sans parti. Il acheva une première version de The Night of loveless nights ("La Nuit des nuits sans amour").
En 1928, il se rendit à un Congrès de la presse latine à La Havane. Il y découvrit la musique cubaine, la rumba et fréquenta les jeunes révolutionnaires. À son retour, il ramena avec lui Alejo Carpentier, journaliste de gauche, écrivain et musicologue fuyant la dictature de Machado, qui se rapprocha des surréalistes.
Son livre La Liberté ou l’amour ! fut censuré et condamné à paraître amputé de passages considérés comme licencieux ou anticléricaux. En mai se déroulait la première projection de L’Étoile de mer, réalisé par Man Ray. Le mois suivant avait lieu le dernier gala d’Yvonne George. Desnos y rencontra le peintre japonais Foujita et son modèle qui était devenu sa femme, Lucie Badoud, dite "Youki". Il se lia d’amitié avec eux.

Mais la relation avec Breton s’était progressivement détériorée, le théoricien du groupe accumulant les griefs contre celui qu’il avait auparavant porté aux nues. L’activité de journaliste de Desnos, par exemple, rebutait profondément Breton qui n’acceptait pas qu’on gâchât son talent dans des formes et des fréquentations à ses yeux trop bourgeoises et conformistes. Roger Vailland, proche du groupe et collègue de Desnos, eut à subir la même haine que Breton et Aragon vouaient aux journalistes. Desnos raconta plus tard que Breton lui aurait dit : « Cher ami, pourquoi faites-vous du journalisme ? C’est idiot. Faites comme moi, épousez une femme riche ! C’est facile à trouver. »
Il commença à publier dans Documents, la revue de Georges Bataille, à un rythme mensuel.
La réticence de Desnos à se soumettre à toute discipline de groupe (qu’il fut question de forme d’écriture ou d’engagement politique), le "narcissisme" que lui reprochait Breton rendirent la rupture inévitable. En décembre 1929, le numéro 12 de La Révolution surréaliste publiait un Second Manifeste du surréalisme, qui prononçait une liste d’excommunications dont celle de Desnos.

Ce dernier, violemment affecté, participa en janvier 1930 avec d’autres exclus et dissidents du groupe au pamphlet Un cadavre visant Breton. C’est Georges Bataille, lui aussi visé par Breton, qui aurait initié le mouvement. La forme et le titre du brûlot imitaient celui qui avait jadis visé Anatole France, retournant même contre Breton la phrase cinglante qu’il avait adressée à France : « Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière ». Outre les textes de Desnos (« Thomas l’imposteur ») et de Bataille, on pouvait y lire ceux d’Alejo Carpentier, Jacques Baron, Jacques-André Boiffard, Michel Leiris, Georges Limbour, Max Morise, Jacques Prévert (« Mort d’un monsieur »), Raymond Queneau, Georges Ribemont-Dessaignes (« Papologie d’André Breton ») et Roger Vitrac.

Desnos poursuivit la polémique contre Breton dans Le Courrier littéraire. Dans un texte qu’il appela « Troisième Manifeste du surréalisme » il accusait le "pape" du mouvement d’avoir une attitude hypocrite et puritaine, d’avoir accablé de défauts imaginaires ses amis Soupault et Vitrac, de mépriser secrètement ses fidèles Aragon et Éluard, de reprocher à d’autres de s’enrichir alors que lui-même vivait des ventes d’œuvres d’art et d’artisanat africain, et enfin d’être homophobe et autoritaire. Résumant plusieurs pages vitriolées, Desnos assénait un coup de grâce : « Breton est méprisable parce que sa vie et ses actions ne sont pas en rapport avec les idées qu’il prétend défendre. »
Dans Le Surréalisme au service de la Révolution, revue qui fit suite à La Révolution surréaliste, Aragon s’en prit à son tour à son ancien camarade : « Le langage de Desnos est au moins aussi scolaire que sa sentimentalité. (...) ».
En avril 1930, Desnos voyait mourir son "étoile" Yvonne George de la tuberculose. Il s’inspira à nouveau d’elle pour construire son roman Le Vin est tiré, publié en 1943.

Ces deux événements le touchant sur les plans affectif et politique le plongèrent dans un profond sentiment de solitude. Déjà marginal, il était alors le surréaliste qui avait écrit le plus de vers réguliers, alors que l’ambition du mouvement était précisément de faire disparaître cette convention.
Il avait composé de longs poèmes en vers : Sirène-Anémone (1929), De silex et de feu (1929), The Night of Loveless Nights (1930). Certains d’entre eux parurent dans le recueil Corps et Biens (1930), bilan de cette période de sa vie.
Contrecoup de la crise de 1929, son activité dans la presse écrite ne lui suffit plus financièrement.
Sur le plan personnel, l’image d’Yvonne George s’était peu à peu effacée au profit de Youki Foujita. Desnos manifesta progressivement du désir pour cette dernière, un désir cette fois partagé. Au terme d’une phase de triangle amoureux avec le couple Foujita, le poète emménagea en avril 1931 au 6, rue Lacretelle (XVe arr.). En octobre, Foujita avait quitté la France, écrivant à Desnos et Youki qu’il les confiait l’une à l’autre. Elle vint vivre avec l’écrivain, devenant la « sirène » qui lui inspirait des poèmes aux airs de chansons.

Fin 1932, Armand Salacrou, que Desnos avait perdu de vue pendant des années, le recommanda à Paul Deharme, patron de la régie publicitaire « Information et Publicité ». Cette relation permit à l’auteur de se lancer dans une carrière radiophonique. Grâce au monopole détenu par Deharme sur la publicité des principales stations commerciales (le Poste parisien et Radio Luxembourg), Desnos eut une occasion extraordinaire d’exprimer son imagination, son humour et sa parole chaleureuse pour le public populaire dont il avait longtemps rêvé. Au sein de la société il anima une équipe chargée d’inventer des slogans publicitaires et des émissions. La promotion des spécialités pharmaceutiques dont Salacrou était propriétaire (la Marie-Rose, la Vermifuge-Lune ou le Vin de Frileuse) permirent à Desnos d’être pour un moment à l’abri du besoin. Il aurait inventé plus d’une centaine de slogans publicitaires [« quand l’intestin va... tout va ! » pour les Fructines Vichy ; Finidiol, l’antimigraineux qui « arrache la douleur » ; Ricqlès, « la menth’ forte qui réconforte »...].

En 1933, Desnos apporta son soutien aux jeunes révolutionnaires cubains dans la rédaction d’une brochure contre la dictature de Machado, La Terreur à Cuba.
Au mois de novembre, à l’occasion du lancement d’un nouvel épisode de la série Fantômas, il réalisa la Complainte de Fantômas sur une musique de Kurt Weil. Antonin Artaud assurait la direction dramatique et le rôle de Fantômas, Alejo Carpentier était lui responsable de la mise en onde sonore. Ce fut un grand succès.
Desnos souhaitait simultanément faire rêver ses auditeurs au moyen du pouvoir de suggestion radiophonique et les rendre actifs en les encourageant à communiquer leurs témoignages. En 1938, La Clef des songes, reprenant à l’antenne des récits de rêves d’auditeurs, fut encore un succès.
Il proposait une culture qui faisait tomber les frontières : entre les nations, entre musique classique, chanson populaire et variétés, mêlant les dictons régionaux aussi bien avec les grands philosophes qu’avec les enquêtes sur les maisons hantées.

Depuis 1934, il vivait avec Youki au 19, rue Mazarine (VIe arr.) dans un appartement rempli d’amis. Jacques Prévert y vécut un temps.
L’activité radiophonique lui fit délaisser la poésie. Il chercha alors à collaborer avec des musiciens. C’est dans cette période que virent le jour le Salut au monde en 1936, réalisé avec Carpentier et d’après l’œuvre du poète américain Walt Whitman ; la Cantate pour l’inauguration du musée de l’Homme (1937) et la Cantate des quatre éléments, textes écrits pour le compositeur Darius Milhaud ; et des collaborations avec Arthur Honegger et Cliquet Pleyel pour des lyrics de films.
Côté poésie, il publia quand même Les Sans cou en 1934, inventa des poèmes pour les enfants de ses amis et s’obligea en 1936 à écrire un poème par soir.

Desnos fut profondément affecté par la montée des fascismes. Il était proche d’Alejo Carpentier, de Pablo Neruda, de Federico García Lorca et de Luis Buñuel : tous comprenaient que le fascisme signifiait aussi la mort de la culture. En 1934, il était sympathisant de « Front commun », composa le chant du mouvement et écrivit dans sa revue, La Flèche, avant de s’en éloigner. En 1935, il rejoignait un mouvement d’intellectuels antifascistes : l’AEAR (Association des écrivains et artistes révolutionnaires), dirigée par Paul Vaillant-Couturier et fréquentée aussi par ses anciens camarades surréalistes. Ceux-ci espéraient encore pouvoir conserver leur identité propre tout en étant alliés au Parti communiste. Mêlant les aspirations marxistes et surréalistes, Breton avait proclamé dans un discours du Congrès des écrivains de 1935 : « Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un. » Peu de temps après, René Crevel, ancien camarade de Desnos, se suicidait, tiraillé par les choix esthétiques que le Parti voulait imposer aux surréalistes.

En 1936, Robert Desnos rejoignit une autre organisation : le CVIA (Comité de vigilance des intellectuels antifascistes). Il participa à des manifestations des Maisons de la culture et publia des critiques de disques dans le journal Ce soir, créé par le Parti communiste et dirigé par Louis Aragon et Jean-Richard Bloch. Il écrivit également dans Commune, revue de l’AEAR.
Il prit la parole en janvier 1937 lors d’une soirée d’hommage à Garcia Lorca, fusillé l’année précédente par les Franquistes, et présenta le gala de clôture du Deuxième Congrès international des écrivains pour la défense de la culture à Madrid.
Révolté par la politique de non-intervention de Léon Blum aux côtés des républicains espagnols, il avait abandonné son pacifisme, convaincu que la France devait se préparer à défendre son indépendance et sa culture pour s’opposer au fascisme. Il écrivit d’ailleurs un chant en l’honneur des Républicains espagnols et une cantate pour la mort de Garcia Lorca.

Mobilisé en 1939 et envoyé en Alsace, il ne fut pas découragé par la défaite de juin 1940 ni par l’occupation de la capitale. Son activité radiophonique ayant cessé, il devint rédacteur à Aujourd’hui, fondé par Henri Jeanson, dans lequel il était responsable des informations. Après l’arrestation de Jeanson en novembre, le journal fut soumis à la censure allemande. Georges Suarez, qui avait des sympathies collaborationnistes, fut mis à la tête du journal. "Mine de rien", comme disait Desnos, tout en étant en charge des rubriques littéraire et musicale, il critiquait les autorités par des sous-entendus. Les intellectuels collaborationnistes et pro-nazis par contre étaient régulièrement frappés de ses foudres. En mars 1941, il attaqua le pamphlet antisémite Les Beaux draps de Céline, qui en réponse le qualifia de « philoyoutre ». En septembre 1942, il s’en prit à une traduction de poèmes d’Edgar Poe par Pierre Pascal, rédacteur du journal pro-nazi L’Appel. Celui-ci adressa une lettre d’insultes visant Desnos et Suarez. Après ça Desnos ne fut plus en charge que des critiques de disques.

C’est la rafle du Vel’ d’Hiv’, en juillet 1942, qui le décida à s’engager dans la Résistance. Il entra dans le réseau « Agir », lié aux services secrets britanniques. Le réseau informait le Royaume-Uni sur la situation dans le pays, l’identification et les déplacements des troupes allemandes.
Lors des conférences de rédaction du journal, Desnos avait accès aux informations venant de Berlin et de Vichy avant censure. Il restait tard le soir, fouillant dans les documents présents sur le bureau du directeur, en emportant parfois chez lui avant de les ramener le lendemain. Il fabriquait aussi des faux papiers pour des résistants en difficulté ou des Juifs menacés par des rafles.

En parallèle avec ses activités clandestin, il continuait à écrire. Comme il avait fait avec Corps et Biens, il dressa dans Fortunes (1942) un bilan poétique et intellectuel des dix années précédentes.
Il y fit la critique de toute son œuvre littéraire, ses élans baroques, son attrait pour l’opacité et le sublime. Il considéra l’automatisme de sa jeunesse comme l’enfance de sa poésie, un divertissement un peu superficiel en comparaison avec la gravité de la situation en 1942. Il se sentait finalement à son aise dans des formes classiques comme celle du sonnet.
Se lançant dans des recherches où la poésie flirtait avec la chanson et la musique, il écrivit : État de veille (1943), sorte d’appel à la vigilance qui contient le poème Couplets de ta rue Saint-Martin, sur les fusillades de 1942 ; Chantefables (1944) "à chanter sur n’importe quel air".
Sous des formes diverses, Le Bain avec Andromède (1944), Contrée (1944) et ses sonnets en argot comme le Maréchal Ducono (violente charge contre le Maréchal Pétain) prolongent sa lutte contre le nazisme. Dans les revues clandestines, il signa « Cancale » ses poèmes en argot (réunis dans le recueil À la caille) contre les collaborateurs et les nazis.

Quand l’Allemagne instaura début 1943 le STO (Service du Travail Obligatoire) pour pallier à ses revers militaires, de plus en plus de jeunes gens résistèrent en se cachant. Parmi eux Achille Louette (qui s’appela plus tard Alain Brieux), que Desnos et Youki cachèrent chez eux pendant plus de six mois. Le poète le sollicita pour la fabrication des faux papiers ainsi que pour photographier les documents importants qu’il dérobait pour la nuit au journal.
Desnos entra en contact avec le poète André Verdet, membre du mouvement de résistance Combat, tourné vers l"action immédiate", c’est-à-dire les coups de main. A partir de l’automne 1943, il travaillait par conséquent pour deux structures clandestines. Il présenta Verdet à Paul Éluard.

En juillet 1943, Pierre Seghers fit paraître clandestinement L’Honneur des poètes aux Éditions de Minuit, une anthologie de poèmes de la Résistance, distribué sous le manteau. Paul Éluard, coordonnant le projet, y choisit notamment des textes de Louis Aragon, Eugène Guillevic, Édith Thomas, Loys Masson, Charles Vildrac, Vercors, René Blech, René Tavernier (père du réalisateur Bertrand Tavernier) et Robert Desnos. De Desnos on pouvait y lire Ce cœur qui haïssait la guerre (sous le pseudonyme de Pierre Andier) et Le Legs (sous le nom de Lucien Gallois), qui commençait par :
« Et voici, Père Hugo, ton nom sur les murailles ! / Tu peux te retourner au fond du Panthéon / Pour savoir qui a fait cela. Qui l’a fait ? On. / On c’est Hitler, on c’est Goebbels... C’est la racaille, / Un Laval, un Pétain, un Bonnard, un Brinon, / Ceux qui savent trahir et ceux qui font ripaille, / Ceux qui sont destinés aux justes représailles / Et cela ne fait pas un grand nombre de noms. »
Fin 1943, il obtenait une carte de scénariste et mettait en chantier différents projets de scénarios.

S’il est difficile de juger du niveau d’efficacité des coups de main donnés par Desnos et Verdet, on sait néanmoins que fin 1943-début 1944 des "taupes" infiltrèrent les organisations clandestines : Agir et Combat furent ainsi démantelées.
Dans la matinée du 22 février 1944, Desnos fut arrêté chez lui par trois agents de la Gestapo. Quelques minutes plus tôt, il avait reçu un appel de son journal l’informant qu’on le recherchait. Voulant sans doute protéger sa femme, il ne tenta pas de fuir. On l’emmena au siège de la Gestapo, rue des Saussaies. Il fut interrogé à plusieurs reprises, la première fois violemment, puis incarcéré la prison de Fresnes, cellule 355. André Verdet avait été pris le même jour que Desnos.
Selon Marie-Claire Dumas, la raison précise de l’arrestation de Desnos est difficile à définir. Si la présence d’un réfractaire au STO dans son appartement aurait pu peser dans la balance, Desnos lui-même affirma plus tard que ce n’en était pas la cause. On sait qu’il ne taisait pas son hostilité au nazisme, faisant figure de "grande gueule", sans pour autant évoquer son action dans la Résistance. Croyant en l’imminence d’un débarquement allié, il voulait éveiller les esprits.

Ses prises de positions publiques contre l’occupant, les collaborateurs parisiens et le gouvernement de Vichy lui avaient attiré la haine d’intellectuels d’extrême-droite et d’Alain Laubreaux, journaliste à Je suis partout. Ce dernier gardait rancune à Desnos d’une correction qu’il lui avait infligée. Marie-Claire Dumas [qui a édité et préfacé un grand nombre d’ouvrages consacrés à l’auteur] parle d’une gifle donnée par le résistant à l’antisémite en avril 1942.
Est-ce que c’est au même événement (dans une version déformée et théâtralisée) que fit référence la romancière Gaëlle Nohant dans le livre qu’elle consacra au poète en 2017 ? Elle évoquait un affrontement qui aurait eu pour cadre la brasserie Lipp en 1936. Alors que Desnos et d’autres journalistes dînaient avec Léon Blum, Laubreaux aurait insulté Blum et Desnos. En guise de réponse, Desnos lui aurait écrasé la tête sous une assiette de choucroute fumante "de la part des pédérastes surréalistes et des juifs". Quel que soit le degré d’authenticité de la dernière anecdote, Desnos était connu pour être un bagarreur capable d’en venir aux mains avec ceux qu’il trouvait odieux. De toute évidence Laubreaux avait croisé son chemin une fois de trop.
A Flöha, Desnos confia plus tard à son camarade de déportation André Bessière, jeune résistant de dix-sept ans : « J’ai trop déblatéré sur les Allemands, sur les collabos, sur le gouvernement de Vichy, sur les idolâtres du Maréchal et j’ai même tapé sur la gueule d’un baveux... un journaliste bien connu, grand cireur de pompes des boches. »

Le 20 mars 1944, il était transféré au Frontstalag 122, camp d’internement de Compiègne-Royallieu et point de départ des trains pour les camps de concentration en Allemagne. Dans le bâtiment A6, il était le matricule 29 803. Il y retrouva André Verdet et rencontra André Bessière. Avec les autres prisonniers il organisa des jeux-spectacles et des conférences sur le surréalisme. Il écrivit le poème Sol de Compiègne.
Youki fit preuve d’une volonté tenace pour revoir son compagnon. Elle effectua trois voyages en train de Paris à Compiègne. Le dernier trajet dura 12h du fait du bombardement des voix ferrées. Elle réussit à lui faire passer des colis de vivres et même à le voir le 20 avril.
Le 26 avril, on rassemblait les prisonniers pour désigner ceux qui seraient déportés le lendemain.
C’était le début d’une interminable succession de transferts et d’immatriculations pour le poète, l’amenant à traverser trois pays et cinq camps...

A 6h45 du matin, Desnos, Verdet et Bessière marchaient en colonne vers la gare de Compiègne parmi presque 1700 déportés. Youki se tenait devant le pont traversant l’Oise avec d’autres parents de détenus pour leur dire un dernier au revoir. Les prisonniers furent parqués à cent par wagon et menacés par les gardiens : « Évasion sévèrement réprimée... (…) Un évadé, dix fusillés choisis dans le wagon ; deux, tout le wagon fusillé. » (d’après le témoignage de Bessière).
Dans ce convoi, il y avait également Marcel Paul, cadre clandestin du Parti communiste, Robert Darsonville, responsable FTP de la région Île-de-France, le député François Beaudouin, le journaliste Rémy Roure, André Boullouche, délégué militaire de la France Libre pour Paris et sa région, et Ernest Gimpel, adjoint du précédent.
Au mois de mai, Le Veilleur du Pont-au-Change, signé Valentin Guillois, allait paraître en France dans un second volume de L’Honneur des Poètes, sous-titré Europe. Desnos y appelait à la lutte générale contre le nazisme : « Je vous salue sur les bords de la Tamise / Camarades de toutes nations présents au rendez-vous, / Dans la vieille capitale anglaise, / Dans le vieux Londres et la vieille Bretagne, / Américains de toutes races et de tous drapeaux, / Au-delà des espaces atlantiques, / Du Canada au Mexique, du Brésil à Cuba, / Camarades de Rio, du Tehuantepec, de New York et San Francisco. / J’ai donné rendez-vous à toute la terre sur le Pont-au-Change. »

Après quatre jours de voyage marqués par la soif, la faim et la mort des plus faibles, le convoi I. 206 arriva le 30 avril au soir en Pologne à la gare d’Auschwitz-marchandise. Les déportés furent d’abord entassés dans les baraques du camp Canada de Birkenau, près du complexe chambre à gaz-crématoire IV. Après avoir été tatoués (Desnos reçut le matricule 185 443) et passés à la désinfection, ils furent transférés quelques jours plus tard au camp BIIb de Birkenau.
Le 12 mai, un train transportait 1561 d’entre eux vers le camp de Buchenwald (Allemagne), à plus de 600 km, où ils arrivèrent deux jours après.
Si plusieurs hypothèses coexistent pour tenter d’expliquer l’envoi d’un convoi de déportés politiques vers un camp d’extermination polonais avant de le rediriger vers l’Allemagne, on sait que les SS n’avaient pas l’habitude de tatouer des déportés destinés à la chambre à gaz. Toujours est-il que la postérité nomma ce convoi « Convoi des Tatoués ».

Au KL Buchenwald, les prisonniers furent une nouvelle fois soumis à la désinfection, immatriculés et entassés, pour la plupart, au Block 57 du petit camp. Interné au Block 56, Desnos portait le matricule 53 236.
Selon la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 1000 de ces déportés partirent le 24 mai à environ 250 km de là pour le camp de Flossenbürg, à 800 m d’altitude, au nord-ouest de Nuremberg (Bavière). Desnos en était. Il ne s’opposa pas à cette affectation, bien qu’il aurait pu obtenir d’être gardé à Buchenwald comme André Verdet. Cette fois il porta le matricule 9 632.
Au KL Flossenbürg, les déportés travaillèrent dans la carrière de granit et les usines avant d’être répartis dans divers Kommandos. 618 d’entre eux perdirent la vie.

Le 2 juin eut lieu un nouveau départ pour un nouveau convoi : environ 190 déportés du « Convoi des Tatoués » étaient membres du Kommando de travail de Flöha, camp annexe de Flossenbürg situé à plus de 200 km, au nord de Chemnitz (Saxe). Ce camp abritait une usine de textile reconvertie dans la fabrication de fuselages d’avions Messerschmidt 109. Robert Desnos était peu capable de réaliser des travaux d’atelier. Il y effectua donc des tâches de balayage et de maintenance.
André Bessière était son voisin de paillasse. Le poète put écrire trois lettres à Youki (en juin et juillet 1944, puis en janvier 1945). Les déportés devaient écrire (ou faire écrire) leurs lettres en allemand. Youki lui fit parvenir des colis de vivres.

Les conditions de vie étaient dures à Flöha (appel à 4h du matin, travail de 6h à 18h, couvre-feu à 21h après l’interminable appel du soir), mais le sadisme des kapos les rendaient extrêmes, ainsi que les conflits entre déportés français et déportés russes et polonais, la faim, les maladies (dysenterie et tuberculose) et les poux. Selon Bessière, Desnos arrivait à plaisanter de tout, catégorisant les poux selon leur taille, en allant du simple soldat jusqu’au gradé SS.
En mars 1945, Desnos jeta de la soupe brûlante au visage d’un favori des kapos qui servait une ration trop petite. En représailles, il fut battu, fouetté et ses lunettes furent cassées.
Pour ses camarades il organisa des séances d’oniromancie (interprétation des rêves, consultation "clé des songes" mensuelle, comme il faisait pour ses émissions de radio d’avant-guerre) et de chiromancie (lecture des lignes de la main). Durant l’automne 1944, il écrivit des poèmes surréalistes sur de petits papiers carrés qu’il gardait dans une boîte en fer. Il envisageait une nouvelle œuvre, Le Cuirassier nègre.

Dans Paris libéré, on applaudissait au même moment son poème Le Veilleur du Pont-au-Change lors d’une soirée d’hommage aux poètes de la Résistance, donnée au Théâtre français en présence du général De Gaulle.
Le 14 avril 1945, Flöha était approché par l’armée américaine. Les Allemands évacuèrent le camp, lançant quelques 700 déportés dans une « marche de la mort ». 56 d’entre eux, à bout de forces, furent massacrés. Au bout de deux semaines ils n’étaient plus que 300. Desnos, atteint de dysenterie, fut agressé par des déportés russes. Il perdit la boîte contenant ses écrits.
Début mai, les survivants atteignaient le camp de Theresienstadt (Terezin), en Tchécoslovaquie, accueillant les déportés évacués des camps allemands. Les troupes allemandes avaient fui devant l’armée soviétique. C’est la Croix-Rouge qui gérait à présent le camp. Quelques mois plus tôt, les 18 000 Juifs internés à Terezin avaient été déportés et massacrés à Auschwitz-Birkenau.

Comme une épidémie de typhus touchait les 14 à 20 000 prisonniers de Terezin, on dirigea les survivants de Flöha vers la Petite Forteresse. Desnos avait contracté la maladie. On le transporta à l’infirmerie, puis à l’hôpital militaire russe vers le 20 mai.
C’est dans la nuit du 3 au 4 juin, qu’un infirmier tchèque, Josef Stuna, reconnut le nom de Desnos, sur la liste des malades d’une baraque de l’hôpital auxiliaire. Il connaissait ses poèmes. Lui et son assistante, Alena Tesarova, demandèrent en français :
« - Connaissez-vous le poète Desnos ?
Le déporté épuisé répondit :
- Oui oui ! Robert Desnos, poète français ! C’est moi... C’est moi ! »
Desnos mourut le 8 juin à 5h30.
Joseph Stuna s’arrangea pour que la dépouille du poète fût incinérée individuellement. Ses cendres furent recueillies et confiées avec la monture de ses lunettes à l’aumônier français de Terezin, puis transmises à l’ambassade de France à Prague.
Sa mort fut annoncée le 1er juillet par le journal tchèque Svobodné Noviny. Le 14 juillet, Youki en était informée par une traduction de l’article, nouvelle confirmée par la presse française le 6 août.

Après la guerre naquit une légende autour d’un "dernier poème" de Desnos que Joseph Stuna aurait retrouvé sur lui. Publié dans la presse française, le texte ressemblait à J’ai tant rêvé de toi, que l’auteur avait écrit inspiré par Yvonne George en 1926. Pourtant, selon André Bessière et Marie-Claire Dumas, à Terezin il n’aurait été en capacité ni matérielle ni physique d’écrire un poème. Anne Egger, qui lui consacra une biographie, confirma qu’il n’y eut pas de "dernier poème".

Le 24 octobre 1945, les obsèques de Robert Desnos eurent lieu à Paris, à l’église Saint-Germain-des-Prés. Ses cendres furent déposées au cimetière Montparnasse dans le caveau de famille.
Dans le long hommage qu’il fit paraître pour son camarade dans Les Lettres Françaises, Paul Éluard écrivit : « Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues. »

En 1960, Louis Aragon publia dans Les Poètes un poème dédié à Desnos, Complainte de Robert le Diable, dont Jean Ferrat enregistra une version mise en musique en 1971. Les mots d’Aragon choisis par le chanteur pour composer le refrain vibrent du mélange de lyrisme, de récit historique et de l’évocation de l’intimité entre les deux anciens surréalistes :
« Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne »

Desnos inspira un grand nombre d’œuvres, parmi lesquelles on peut citer la pièce de théâtre Robert Desnos, matricule 185 443, montage de textes du poète réalisé par Élisabeth Serman, qui fut représentée à Paris au théâtre du Renard en mai 2000, et au musée Jean Moulin.

En février 2006, le maire du XIe arrondissement de Paris inaugura une plaque commémorative sur l’immeuble où il était né au 32, boulevard Richard Lenoir.

Le site « Mémoire des Hommes » mentionne Robert Desnos dans sa partie Titres, homologations et services pour faits de résistance comme membre du réseau de résistance « Agir ». Une cote contient des informations le concernant au Service historique de la Défense de Vincennes (GR 16 P 179990).
La partie Base des morts en déportation (1939-1945) précise qu’une cote au Service historique de la Défense de Caen contient également des renseignements sur lui (AC 21 P 443 240).
Il fut médaillé de l’Ordre de la Libération à titre posthume (décret du 3 août 1946, publication au JO le 13 octobre 1946).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article234637, notice DESNOS Robert, Pierre [Pseudonymes dans la clandestinité : VALENTIN ; Valentin GUILLOIS ; CANCALE ; Lucien GALLOIS ; Pierre ANDIER] par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 3 décembre 2020, dernière modification le 6 décembre 2020.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Robert Desnos en 1927
Robert Desnos en 1927
Desnos y publia certains de ses premiers poèmes.
La revue du groupe surréaliste dans laquelle Desnos fut rédacteur.
Le pamphlet collectif contre André Breton de 1930
Premier volume de L’Honneur des poètes, 1943
Dernière photo connue de Desnos en 1945 à Terezin
Plaque commémorative au 32, boulevard Richard Lenoir, Paris, XIe arr.
Plaque commémorative au 19, rue Mazarine, Paris VIe arr.
L’anthologie coordonnée par Marie-Claire Camus (Gallimard, 1999)

ŒUVRE CHOISIE :
[Revues et ouvrages collectifs] La Tribune des jeunes, revue bi-mensuelle, n°1, 15 février 1918 (Archives Gallica, BNF). — La Révolution surréaliste, Librairie José Corti, 1929, réédition : Jean-Michel Place, 1975. — L’Honneur des poètes, Éd. de Minuit, 1943, réédition : Le Temps des Cerises, 2016. — L’Honneur des poètes II. Europe, Éd. de Minuit, 1944. —
[Roman] Le Vin est tiré, 1ere édition 1943, réédition Gallimard, 1992 (L’Imaginaire, 273). —
[Recueils poétiques] Fortunes (contenant notamment Siramour et The Night of loveless nights), Gallimard, 1945 (coll. Poésie) ; Corps et biens (contenant Rrose Sélavy, A la mystérieuse et Les Ténèbres), Gallimard, 1968. — Destinée arbitraire (contenant État de veille, Le Bain avec Andromède, A la caille, Ce cœur qui haïssait la guerre, Gallimard, 1975 (coll. Poésie, 112). —
[Récits surréalistes] Deuil pour deuil, Éditions du Sagittaire, 1924 ; La Liberté ou l’amour, Éditions du Sagittaire, 1927, réédition : La Liberté ou l’amour ! suivi de Deuil pour deuil, Gallimard, 1962 (coll. Blanche), réédition : Gallimard, 1982 (coll. L’Imaginaire, 90). — Nouvelles Hébrides et autres textes (1922-1930), Gallimard, 1978, réédition : Nouvelles Hébrides. suivi de Dada-Surréalisme 1927, Gallimard, 2016 (coll. L’Imaginaire, 688). —
[Film] L’Étoile de mer, réalisé par Man Ray, 1928. —
[Écrits sur le cinéma] Cinéma, Gallimard, 1966 (coll. Blanche), réédition : Les Rayons et les ombres. Cinéma, Gallimard, 1992 (coll. Blanche). —
[Écrits sur la musique] Les Voix intérieures : Chansons et textes critiques, L’Arganier, 2005 (coll. Traverses). —
[Écrits sur la peinture] Écrits sur les peintres, Flammarion, 2011 (Champs arts, 1015). —
[Autres textes] « Troisième Manifeste du Surréalisme », 1930. — De l’érotisme, Éditions Cercles des Arts, 1953, réédition : De l’érotisme (considéré dans ses manifestations écrites et du point de vue de l’esprit moderne). précédé de Voici venir l’amour du fin fond des ténèbres par Annie Le Brun, Gallimard, 2013 (coll. L’Imaginaire, 636). —
[Ouvrages traitant de la vie de Desnos (liste non-exhaustive)] André Bessière, Destination Auschwitz avec Robert Desnos (préface de Marie-Claire Dumas), L’Harmattan, 2001 (coll. Mémoires du XXe siècle). — Marie-Claire Dumas (dirigé par), Robert Desnos, L’Herne, 1987. — Anne Egger, Robert Desnos, Fayard, 2007 (coll. Histoire). — Gaëlle Nohant, Légende d’un dormeur éveillé, Éd. Héloïse d’Ormesson, 2017 (roman).

SOURCES : Robert Desnos, Œuvres (édition établie par Marie-Claire Dumas), Gallimard, 1999 (coll. Quarto). — Youki Desnos, Les Confidences de Youki, Fayard, 1999. — Dominique Orlowski (sous la direction de), Buchenwald par ses témoins : Histoire et dictionnaire du camp, Éditions Belin, 2014. — « La vie et l’œuvre de Robert Desnos » in Robert Desnos, Corps et biens, Gallimard, 1968 (collection Poésie). — Article de France Info du 17 août 2017 : « Légende d’un dormeur éveillé (...) ». — Dominique Fessaguet, « Le Manifeste surréaliste et ses rapports avec l’inconscient », publié dans Topique n°115, 2011/2, pp. (113-119). — Claude Lecomte, « Histoire Matricule 185 443 », L’Humanité (en ligne), 21 juin 2001 (inspiré du livre d’André Bessière. Destination Auschwitz avec Robert Desnos). — Jacqueline Patouet, « La poésie œil-de-bœuf ironique. Sur Robert Desnos », publié dans L’en-je lacanien n°14, 2010/1 (pp. 76-86). — Thierry Lefebvre, « La mort parfumée des poux. Petite archéologie de la publicité pharmaceutique radiophonique. Suivi d’un Historique des spécialités de C. et A. Salacrou », publié dans Revue d’Histoire de la Pharmacie n°336, 2002 (pp. 650-651). — Thierry Lefebvre, « Desnos et la publicité pharmaceutique », publié dans Revue d’Histoire de la Pharmacie n°355, 2007 (p. 428). — Le Serment n°307, bulletin bimestriel de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos, mai-juin 2006 (p. 2). — Récit de Marie-Claire Dumas dans le cadre du Partenariat Comenius tchèque, slovaque et français sur les pas de Robert Desnos, de Royallieu à Terezin, 1944-1945 (29 mai 2013). — Site consacré à Giorgio de Chirico. — Musée de la Résistance en ligne. — Site « Paris révolutionnaire ». — Registre des naissances de Paris, Xe arrondissement, 1900, Acte n°2858 : Robert, Pierre Desnos. — État signalétique. — Site de l’association des Amis de Robert Desnos. — Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — Service international de recherches à Arolsen. — Site de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos. — Mémoire des Hommes, SHD Vincennes, GR 16 P 179990 (nc) ; SHD Caen, AC 21 P 443 240 (nc).

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