SERELMAN Victor, Hans, Jakob, dit Hans

Par Annie Pennetier

Né le 22 juillet 1898 à Berlin (Allemagne), mort en action le 19 juin 1944 à Eysus, près d’Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques)  ; médecin-chirurgien  ; communiste allemand ; combattant des Brigades internationales ; résistant FTPF.

Fils de Gabor Serelman et de Rosa Conseroffsky, Hans Serelman naquit à Berlin dans une famille juive allemande. Il participa à la Première guerre mondiale au sein de l’armée austro-hongroise. Il était membre du Parti communiste allemand depuis 1922.
Médecin chirurgien, il exerçait en Saxe à Niderlungwitz. En 1934, pour avoir tenté de sauver une parturiente en lui transfusant son propre sang, il fut accusé d’avoir « contaminé le sang de la race allemande » et purgea une peine de sept mois d’internement dans un camp de concentration, vraissemblablement Dachau ou celui de Sachsenburg ; il dut sa libération à une vague de protestations. À l’issue de son incarcération, en septembre 1935, il décida de quitter l’Allemagne nazie, rejoignant la Tchécoslovaquie puis l’Autriche. Il gagna l’Espagne en pleine guerre civile, où volontaire, il s’engagea en avril 1937 dans les Brigades internationales comme médecin du bataillon « Thälman » ; il participa à de nombreux combats et notamment à l’évacuation de l’hôpital de Benecasim en avril 1938 ; il était officier-médecin. Il essaya de partir en bateau pour le Mexique mais en vain. Suite à la Retirada, la police française l’arrêta et l’interna dans les camps des Pyrénées-Orientales (Saint-Cyprien, le Barcarès), Basses-Pyrénées-Pyrénées-Atlantiques (Gurs) et d’Ariège (Le Vernet). À Gurs, il soigna les internés et laissa de nombreuses statistiques sur la réalité du camp. Il y avait rencontré Elizabeth Kuchler, fille du linguiste Walter Kuchler, qu’il épousa le 5 mars 1941 ; elle était alors hébergée dans une famille de Bordes, commune au sud de Pau (Basses-Pyrénées). Il se cacha dans une famille protestante à Jurançon commune limitrophe à celle de Pau .
Hans Serelman fut incorporé au 6e GTE Groupe de Travailleurs Étrangers en Haute-Vienne où en 1943 dans un chantier d’une commune forestière du Limousin, il travaillait à la fabrication du charbon de bois. Il correspondait avec Madame Manuel de Cognac-le-Froid (Cognac-la-Forêt, Haute-Vienne), proviseur du lycée de jeunes filles de Limoges, retraitée, qui avait organisée à l’automne 1939, l’accueil de 556 réfugiés alsaciens (listes nominatives conservées) et qui l’aidait dans ses démarches administratives pour faire venir sa femme car lui ne pouvait obtenir sa mutation pour les Basses-Pyrénées. Dans une lettre datée du 21 août 1943, écrite en très bon français, Hans Serelman indiquait que les obstacles à sa mutation étaient levés depuis ses pourparlers avec l’administration de Bellac (Haute-Vienne) et qu’il était prêt à accepter n’importe quel travail à Cognac-le-Froid mais un contrat lui était indispensable pour envisager le rapprochement du couple. De plus, É1izabeth avait pris en charge la fille du philosophe allemand Paul-Louis Landsberg (1901-1944), arrêté à Pau au printemps 1943 et dont l’épouse Madeleine, son amie connue au camp de Gurs, malade lui avait confiée leur fille Monique, âgée de deux ans ; le père de la petite fille mourut au camp de concentration d’Oranienburg et sa mère de maladie. Le couple Serelman l’adopta.
Hans Serelman, sous le pseudonyme Victor, rejoignit la résistance dans les Basses-Pyrénées, en décembre 1943, et devint le médecin du maquis de la forêt du Bager d’Oloron, appelé Guy Môquet, dirigé par Étienne Martin, FTP, alias commandant Valmy, qui regroupait de très jeunes gens d’Oloron-Sainte-Marie.
Dans le cadre de l’ordre de mobilisation suivant le débarquement du 6 juin 1944, le 9 juin 1944 à Escot, les maquisards attaquèrent un convoi de ravitaillement allemand sur la ligne ferroviaire Pau-Canfranc. Son déraillement, le pillage par les résistants et les populations locales ainsi que l’arrestation du chef de convoi, un sous-officier allemand, par un maquisard du maquis du Bager Guy Môquet, provoquèrent des représailles. Alors que le militaire allemand était détenu à la ferme de la famille Arroues à Eysus, près d’Oloron, le 19 juin 1944 à l’aube, les résistants furent réveillés par des armes automatiques, des fusils lance-grenades et une mitrailleuse allemande qui faucha les résistants : Hans Serelman, Karl Max déserteur allemand faisant office de cuisinier du camp, et les résistants français Yves Fontan et Jean-Romain Lanette-Vergez. Robert Laborde-Rebolle réussit à s’échapper mais fut abattu le 22 juillet à Saint-Pée. Les Allemands mirent le feu à la ferme et tabassèrent Jean Arroues et son voisin voulant connaitre les noms des responsables et leur imposant de brûler les trois corps, ce qu’ils refusèrent ; c’est au lance-flamme allemand que leurs cadavres se consumèrent, la dépouille de Karl Max étant emmenée par ses compatriotes.
Hans Serelman repose au carré militaire du cimetière d’Oloron-Sainte-Marie. Il a été reconnu Mort pour la France et homologué FFI.
Son nom est gravé sur le Mémorial de la Shoah, ainsi qu’à Oloron-Sainte-Marie sur le monument de la Résistance et de la déportation.
Elizabeth Kuchler-Serelman rentra en Allemagne en 1947 avec sa fille adoptive Monique et épousa un soldat américain. Michel Martin, professeur d’histoire, fils d’Etienne Martin (commandant Valmy) et Konstantin Seifert, professeur d’histoire à Iéna en Allemagne (dont le père avait été sauvé à la naissance par Hans Serelman) retrouvèrent la trace de Monique Moro domiciliée aux États-Unis, à San Francisco qui découvrit mieux son père adoptif en venant en 2012 à Oloron-Sainte-Marie.
Le 19 juin 2004, une cérémonie eut lieu sur le site de ce drame où une stèle a également été érigée. La famille d’Hans Serelman put rencontrer des survivants, notamment Hervé Estanguet qui avait donné l’alerte à l’arrivée des soldats allemands.
Michel Martin en fit le récit dans son livre « Du Bager à Marie-Blanque ». Il a également fait connaitre l’itinéraire de Hans Serelman dans un film documentaire qui a été diffusé sur France 3 en janvier 2010 Sur les traces du médecin allemand des maquisards.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article234677, notice SERELMAN Victor, Hans, Jakob, dit Hans par Annie Pennetier, version mise en ligne le 29 novembre 2020, dernière modification le 12 janvier 2021.

Par Annie Pennetier

Elisabeth Serelman

SOURCES : SHD, Vincennes, GR16P 545319 (nc). — Résistance Basses-Pyrénées, témoignage de Joseph Arroues, « Mon père ce héros de l’ombre ». — Documents et correspondances d’Hans Serelman et d’Elizabeth Serelman avec Mme Gabrielle Manuel, communiquées par Sylvie Debuchy-Ménétrier, sa petite-fille. — Sud Ouest, 28 janvier 2010 .— Michel Martin, Résistances en Haut-Béarn, Atlantica, 2000 . — MémorialGenweb.

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