KIWKOWIEZ Estera

Par Daniel Grason

Née le 15 mai 1903 à Lipno (Pologne), morte en juillet 1943 à Auschwitz (Pologne) ; militante de la Main-d’œuvre immigrée ; internée à Drancy ; déportée à Auschwitz ; victime de l’antisémitisme.

Fille de Icek et de Sura Perelmuter, était mariée et mère d’un enfant. De nationalité polonaise, Estera Kimkowiez orthographiée Kimkowicz par la police était titulaire d’une carte d’identité d’étrangère valable jusqu’au 8 avril 1943.
Estera travaillait dans la confection chez Pilain 98 boulevard Pereire à Paris (XVIIe arr.) et au 4 rue d’Enghien à Paris (Xe arr.), entreprises qui travaillaient pour les autorités allemandes. Elle vivait au 6-8 rue de la Corderie à Paris (IIIe arr.), mais habitait pour des questions de sécurité chez son frère à Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis).
Le gouvernement de Vichy, promulgua le 3 octobre 1940 un Statut des juifs, qu’il aggrava le 2 juin 1941. Les Juifs devaient notamment se faire recenser. Une ordonnance allemande du 29 mai 1942 était rendue publique le 1er juin, à compter du dimanche 7 juin le port de « L’Étoile Juive » de couleur jaune était obligatoire.
Militante la Main-d’œuvre immigrée, elle a été repérée, lors de filatures d’inspecteurs de la BS1 chargée de réprimer l’activité communiste. Elles eurent lieu du 6 au 8 mars 1943, les inspecteurs C. et A. filèrent des militantes et militants de la MOI..
« Bertrand sort de chez lui à 8 h 25 par les rues de la Justice et du Surmelin, il prend le métro à Pelleport, change à République et descend à Église de Pantin. Sur la place du marché il rencontre “Gamine” Majner il est 9 h 05. En sa compagnie et tout en discutant, il circule rue de Paris, rue Delisy et arrive au métro. Ensemble ils l’utilisent et descendent à République où ils se séparent il est 9 h 45. »
« “Gamine” prend la direction Pont de Sèvres et descend à la Muette où rue de Boulainvilliers à 10 h 15 elle rencontre “Louisette”. Signalement de “Louisette” 16 ans, 1,55 m, cheveux châtains foncés, coiffure relancée en avant pour retomber de façon ondulée sur le cou, figure non fardée, teint [illisible], vêtue d’un manteau couleur brique, une fleur au [illisible] de couleur blanche [illisible] rouge, jambes nues, socquettes rouges, souliers bas noirs de forme [illisible]. Elle porte un foulard de couleur rouge agrémenté de motifs blancs. Elle met des gants rouges. »
« Elles prennent ensemble le métro à la Muette direction … descendent à Buzenval. Elles circulent rue d’Avron entrent dans une pâtisserie puis prennent l’autobus rue des Maraîchers. Elles descendent place Gambetta et se séparent à 11 h 30. 
“Gamine” prend l’avenue Gambetta, marche rue de la Bidassoa où elle rentre aux Bains douches. Elle sort à 12 h 15, prend la rue de la Bidassoa, rue des … où elle se met à manger un casse-croûte tout en marchant lentement. Elle passe rue Charles Renouvier, rues Stendhal, Bagnolet, boulevard de Charonne. Elle prend le métro à Charonne où à cause de l’arrivée immédiate d’une rame elle est perdue de vue. Il est 13 h 25. »
« En prenant le métro à ce moment direction Nation nous descendons à place de la Nation où après avoir attendu un moment nous voyons arriver à 14 h “Le Rouquin” accompagné de “Radeau”. Ils prennent le boulevard Diderot suivit par les inspecteurs C. et L. »
« À 14 h “Le Rouquin” se séparent de “Radeau” au carrefour Reuilly-Diderot. Nous continuons à suivre personnellement “Le Rouquin”. Il suit le boulevard Diderot, s’arrête à l’angle de la rue Crozatier et stationne de 14 h à 14 h 30 semblant attendre quelqu’un. »
« Il prend alors la rue Chaligny, la rue du Faubourg Saint-Antoine où il attend environ 10 minutes et suit le Faubourg [illisible] flâne, s’arrête aux boutiques, contemple les étalages. Il entre aux magasins L… puis circule avenue Ledru Rollin, place Voltaire, avenue Parmentier, passage Bellay, rue Popincourt où il est perdu de vue, il est 15 h 45. »
« Après s’être séparé de “Gamine” au métro République, “Bertrand” reprend le métro direction Lilas et descend à Pelleport. Il prend la rue du Surmelin où il entre au coiffeur. Il est 9 h 50. Il sort à 11 h achète du pain boulevard Mortier et entre chez lui à 11 h 10. »
« Il sort à 13 h 50 prend le métro à Pelleport par l’itinéraire habituel, change au Père Lachaise et descend à Barbès la rue du Faubourg Poissonnière et rencontre à 14 heures 30 “Boulotte”, ils se séparent à 14 h 45. »
La filature se poursuivit le 7 mars 1943. « “Bertrand” sort à 8 heures 30 et par le trajet habituel se rend au métro Pelleport, change à République et descend à la porte de Charenton, il retrouve “Gamine” et une jeune fille que nous appellerons “Charenton” ». Signalement de “Charenton” 18 ans, 1,60 m, assez forte corpulence, cheveux châtains très peu fardés, manteau bleu marine avec martingale portant deux boutons, bas chair, souliers bois noirs à talons décolletés. Ils discutent quelques minutes puis “Bertrand” et “Charenton” s’éloignent en direction de Charenton. »
« “Gamine” prend le métro à 9 h 30 elle change à République et gare de l’Est et descend à la porte de la Villette à 10 h 40. Elle prend l’autobus 50 et descend à la mairie d’Aubervilliers. Elle prend ensuite les rues du Moutier, Hertaux et pénètre au n° 1 rue des Sablons au 1er ou au 2ème étage à 11 heures. À 15 heures n’étant pas ressortie, en raison des lieux déserts nous jugeons plus prudents de lever la surveillance. »
Les filatures se poursuivirent, le 8 mars 1943, huit résistantes et résistants étaient filés : “Charonne”, “Paulette“, “Basfroi”, “Diderot”, “Gamine”, “Juive” et “Dallery”.
« “Bertrand” sort de chez lui à 8 heures 15, prend la rue de la Justice, Surmelin, Darcy, Haxo, avenue Gambetta où à l’angle de la rue Henri de Bouillon il stationne quelques instants, reprend l’avenue Gambetta et avenue de la porte des Lilas. Il entre au café Le Métro, dans une boulangerie et prend le métro, change à République et [prend] la direction porte de Charenton descend à Ledru Rollin. À l’angle de la rue de Charonne où il rencontre à 9 h 15 un jeune homme que nous appellerons “Charonne”, 20 ans, 1,65 m, nu tête, chevelure châtain foncé, par la raie sur le côté gauche, légèrement ondulée, visage entièrement rasé, teint mat, figure traits fins, porteur de lunettes à montures d’écaille légère. Il porte autour du cou un cache col de couleur [illisible] agrémenté de motifs triangulaires : vert, rouge, bleu. Pardessus gris à ceinture dont les deux extrémités sont pendantes, pantalon bleu, souliers jaunes. »
« À 9 heures 40, il entre au n° 22 rue Basfroi, 2ème étage à droite, dans la porte gauche de la cour [il rencontra] Pauline accompagné d’un autre homme que nous dénommons “Basfroi”, “Diderot” qui sort du n° 20. »
«  Dans ce logement, ils tiennent une réunion d’où il ressort un individu [à] 11 heures 40. Signalement de “Basfroi” : 20 ans, 1,70 m, nu tête, cheveux châtains clair, coiffure entièrement rasé, teint pâle, corpulence moyenne, pardessus bleu marine à martingale, pantalon bleu, souliers noirs. »
« À 11 heures 50 à cette adresse, sortent ensemble “Bertrand » et “Charonne”. Ils prennent la rue de Charonne boulevard Voltaire, rue des Boulets où à 12 h 05 devant le n° 28 ils rencontrent “Gamine”. Ensemble ils circulent rue des Boulets, Picpus, boulevard Diderot où ils se reposent sur un banc. »
« “Bertrand” prend note de renseignements que lui transmet “Gamine”. Ils circulent ensuite rue de Picpus, avenue Dorian et arrivent place de la Nation où ils prennent ensemble le métro direction Pont de Sèvres et descendent à République. À l’angle du boulevard Saint-Martin ils se séparent. “Bertrand” et “Gamine” prennent le boulevard Magenta. “Charonne” circule boulevard Saint-Martin, passage Meslay, passage du Pont aux Biches, rue Notre-Dame de Nazareth où il pénètre au n° 31 – 4ème étage, 2ème porte à gauche. Il est 12 heures 45. »
« À 11 heures 55 de la rue Basfroi n° 22 sortent “Pauline” accompagnée d’une jeune fille que nous dénommerons “Juive”. Signalement de “Juive” 20 ans, 1,60 m, corpulence moyenne, cheveux châtains rejetés en arrière, visage eu fardé, visage dur, manteau marron forme droite. Elle porte l’insigne israélite. »
« Ensemble elles circulent rue Basfroi avenue Ledru Rollin. À 12 heures 30 “Juive“ revient rue Basfroi accompagnée d’un jeune homme que nous appellerons “Dallery”. Signalement de “Dallery” : 22 ans, 1,70 m, corpulence moyenne, cheveux châtains foncé plaqués assez long, pardessus gris avec une ceinture, porte l’étoile. Ils causent un moment, puis “Juive“ rentre au n° 22 rue Basfroi. “Dallery” pénètre au n° 48 rue Basfroi 4ème étage, 1ère porte droite à 12 heures 40. »
Estera Kimkowiez a été arrêtée par des inspecteurs des Renseignements généraux. Internée au camp de Drancy sous le matricule n°1116, elle était le 18 juillet 1943 dans le convoi n° 57 à destination d’Auschwitz. Elle y a été gazée.
Son nom a été gravé sur le mur des noms au Mémorial de la Shoah au 17 rue Geoffroy l’Asnier à Paris IVe arrondissement, dalle n° 25, colonne n° 9, rangée n° 1.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article234757, notice KIWKOWIEZ Estera par Daniel Grason, version mise en ligne le 28 novembre 2020, dernière modification le 29 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 125. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Éd. Romillat, 1992, pp. 116-127. – Site internet Mémorial de la Shoah.

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