DEBONS Claude (Darthez)

Par Michel Gorand, Jean-Paul Salles, Bernard Thièry

Né le 16 mai 1949 à Firmi (Aveyron), militant des Comités d’Action Lycéens (CAL) en Mai 1968 à Rodez, des Cercles Rouges issus de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (JCR) dissoute, puis de la Ligue Communiste et de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LC/LCR) de fin 1968 à 1993, membre de la direction de ville de Toulouse de 1970 à 1975, puis du CC de la LCR de 1980 à 1984 ; militant de la CFDT de 1971 à 2003, secrétaire général de l’Union Professionnelle Régionale CFDT des cheminots de Paris Saint-Lazare de 1978 à 1988, secrétaire général adjoint (1992-2000) puis secrétaire général de la Fédération Générale des Transports et de l’Équipement (FGTE-CFDT) de 2000 à 2003, un des animateurs de « CFDT en lutte » ; adhérent de la CGT depuis 2004 ; co-fondateur d’AC ! (Agir ensemble contre le chômage) et membre de son collectif national (1993-1996) ; co-fondateur d’ATTAC et membre de son CA (1998-2000) ; co-initiateur, en 2004, de l’Appel des 200 contre le Traité constitutionnel européen et coordinateur des collectifs du « Non de gauche » puis des collectifs antilibéraux (2005-2006) ; co-fondateur du Parti de Gauche (PG) en 2008 qu’il quitte en 2011, co-fondateur de la revue Les Temps Nouveaux (2010-2012), membre du Front de Gauche (FDG) (2009-2014) et de Gauche Unitaire (GU) (2011-2015) jusqu’à leurs dissolutions respectives.

La maison familiale où il a passé son enfance était située à quelques centaines de mètres des vestiges des premiers haut-fourneaux installés en France en 1828, au lieu-dit La Forézie à Firmi (Aveyron). Son père, René Debons était menuisier-charpentier dans une petite entreprise du bâtiment puis, à son retour de captivité en Allemagne (guerre 1939-1945), il a travaillé aux Houillères de Decazeville ; sa mère, Simone Viargues, était couturière. Son grand-père maternel était mineur de fond et viticulteur, sa grand-mère s’occupait du foyer et du potager. Le grand-père paternel était chaudronnier à l’usine et sa grand-mère charcutière.
Claude Debons a gardé le souvenir de la grève dure des mineurs du bassin houiller de Decazeville en 1961, avec occupation durant 66 jours, que vécut son père, syndiqué Force ouvrière (FO). Cette grève contre la fermeture des mines témoignait d’une identité et d’une fierté ouvrières très fortes qui le marquèrent profondément. Après ses études primaires à Firmi, Claude Debons, qui était fils unique, effectua à partir de 1960 quatre années d’études au lycée technique de Decazeville où il a assumé ses premières responsabilités comme délégué de classe. Après le BEPC, il devint pensionnaire (et toujours délégué de classe) au lycée Foch à Rodez de 1964 à 1968, où il obtint son baccalauréat de Sciences expérimentales. C’est là qu’il participa à Mai 68, aux manifestations, assemblées générales, défilés, à sa première « grève » avec occupation du lycée, à ses premières prises de parole devant 1500 participants. Il y découvrit, selon lui, non seulement le bouillonnement des idées et le bouleversement des rapports de forces, mais aussi la transfiguration des individus dans l’action collective par la prise d’initiatives et de responsabilités. Il participa, au côté de Jacques Serieys, à l’animation des Comités d’action lycéens (CAL), et prit ses premiers contacts avec les syndicats ouvriers. Il rencontra Jean-Louis Chauzy, alors maoïste, futur responsable de la CFDT Midi-Pyrénées, puis président du Conseil économique et social régional. Le 20 mai 1968, il avait été élu avec Jacques Serieys représentant du CAL du lycée Foch à la coordination locale des Comités d’action lycéens de Rodez (La France des années 68, p.735). « Mai 68 a changé la trajectoire de ma vie » dira-t-il.

De 1968 à 1971, il poursuivit ses études à l’Université de Toulouse en histoire, économie et philosophie, jusqu’au niveau du DUEL (Diplôme universitaire d’études littéraires). Il milita à l’UNEF de 1968 à 1971 et fut sidéré par la cartellisation en fractions politiques rivales. Il adhéra à la fin de l’année 1968 aux Cercles rouges, rassemblés autour du journal Rouge, dont le premier numéro sortit le 18 septembre 1968. Ils avaient pris la suite de la JCR dissoute en juin 1968. Son pseudonyme fut « Volski », brièvement, puis « Darthez ». Intégré tout d’abord dans une cellule universitaire de la Ligue Communiste (créée en avril 1969), où il fut accompagné dans sa formation politique par Michel Garcia (Cahuzac), fils de républicains espagnols et antifasciste déterminé ; il rejoignit ensuite la cellule SNCF-PTT avec Gilles Da Ré et Georges Malet (Labeurthe). On lui doit un rapport daté du 30 octobre 1970, synthétisant l’activité de la cellule SNCF de Tarbes, en lien avec celle de Toulouse (papiers Kermiche CERMTRI). En effet, peu après 1968, la section de Toulouse de la LC, pôle fort dans la région, envoyait des militants étudiants en renfort dans les villes moyennes de la région. Il participa ainsi un temps à l’intervention ouvrière sur Tarbes. Il était également membre de la Direction de Ville (DV) et de la direction du Service d’ordre de la LC (puis de la LCR) à Toulouse, de 1970 à 1975. Il côtoya Antoine Artous (Anthony) avant son départ pour Paris, Joël Trottard (Kerzanet), Jacques Giron (Lanceau), Marc Péral (Kémal), Jean-Pierre Millet (Bertin), Jean-Paul Fontvieille (Galli)*, Gilles Marquet (Lautrec), Claude Bégué, Marcel Leroux (Trividic), Michel Garcia (Cahuzac), Jacques Serieys (Ezéquiel), Jacques Barsony, Bernard Cholet.... ainsi que Pierre Cours-Salies (Dietzgen) à Tarbes et Pau, Lucien Sanchez dans le Tarn, Bernard Chamayou (Noé) à Tarbes, Daniel Laplace (Paco) à Agen. Il sympathisa avec Jules Fourrier, ancien député du Front populaire, déporté à Mauthausen, désormais militant de la LC/LCR.
Debons participa au congrès de fondation de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en décembre 1974. La Ligue communiste avait été dissoute le 27 juin 1973 après l’attaque du meeting d’Ordre Nouveau à la Mutualité (Paris) le 21 juin 1973. Il fit aussi partie en 1972-1974 d’une cellule clandestine de six personnes (trois hommes et trois femmes) de soutien à la lutte antifranquiste en Espagne et d’aide logistique à la branche politique de l’ETA (VIe assemblée) qui se détachait du nationalisme pour rejoindre la IVe Internationale. Dirigée par Gilles Adisson de Tarbes, elle comprenait aussi Daniel Laplace (Paco), par ailleurs professeur d’espagnol, Claude Bégué, Sonia Casagrande, Jacqueline Pons (Grenelle), et assurait les passages de frontière de dirigeants clandestins (Petxo, Imanol…) et le transport en Euskadi de publications (Zutik notamment) imprimées à Bordeaux sous la responsabilité de Maurice Mainhagu. Dans un livre sur la LCR espagnole, une organisation créée au début de l’année 1971, Martí Caussa, un de ses dirigeants, expliquait le rôle important de la LCR française et de la IVe Internationale, dans la naissance et le développement de cette organisation (Caussa et Martinez, 2014, p.25). Au cours de cette période, en décembre 1973, un commando de la branche militaire de l’ETA, décidait d’éliminer par un attentat spectaculaire l’amiral Carrero Blanco, successeur désigné du caudillo Franco, ce qui accéléra la fin de la dictature. Il s’impliqua également dans des initiatives de solidarité avec le peuple vietnamien contre la guerre américaine au travers des manifestations comme des attaques de la société Honeywell Bull et du consulat du Vietnam à Toulouse. De même il prit part aux initiatives de solidarité avec le peuple chilien à la suite du coup d’État du Général Pinochet contre l’Unité Populaire de Salvador Allende.

Entré en 1971, comme auxiliaire, aux PTT (Centre de chèques postaux puis Centre de tri postal) à Toulouse Claude Debons adhéra à la CFDT où il prit des responsabilités locales. Pour lui, la CFDT c’était Eugène Descamps, Gilbert Declercq, Frédo Krumnow, Mai 68, puis les luttes de Lip... Il participa à la longue grève des PTT de 1974 au Centre de tri postal de Toulouse où il fut, avec Jourdan du CERES et Gilles Da Ré, l’un des porte-parole de la CFDT lors des assemblées générales au côté de Marceau Gaillagot, emblématique leader de la CGT. Cette imprégnation ouvrière lui avait fait prendre ses distances avec les tentations « guévaristes » et juger erronée la dénonciation sans nuances du Programme commun d’Union de la gauche en 1972 par la LCR. Après la grève, craignant que sa carrière d’auxiliaire ne soit écourtée par la répression, il prépara plusieurs concours administratifs qu’il réussit. Ainsi en 1975-76, il vécut un intermède d’une année comme secrétaire d’intendance universitaire à Rouen avec la fonction de directeur adjoint de la cité universitaire du Panorama à Mont-Saint-Aignan, où il se syndiqua au SGPEN – CGT (la CFDT n’existait pas et la FEN était considérée comme le syndicat de l’administration). Il en profita, avec son directeur nommé Le Flanchec, militant CGT également, pour s’opposer victorieusement devant le Tribunal administratif de Rouen au licenciement par la direction du CROUS d’un ouvrier d’entretien, délégué CGT. Il fit partie de la cellule cheminots de la LCR, et connut Michel Kermiche, cheminot, Michelle Ernis, institutrice, Jean-Claude Laumonnier, infirmier, et Jacques Desfaudais, fonctionnaire.
En octobre 1976, il entra à la SNCF comme Dessinateur au Service de l’Équipement à la Direction régionale de Paris Saint-Lazare et adhéra à nouveau à la CFDT. Sa formation politique et syndicale acquise précédemment l’amena à prendre rapidement des responsabilités locales : secrétaire de la section syndicale de la Direction régionale puis, à partir de 1977, secrétaire général du syndicat des cheminots CFDT de Paris Ouest Rive Droite, ainsi que membre du bureau de l’Union Professionnelle Régionale (UPR-CFDT) de Paris Saint-Lazare. En 1978, Claude Debons devint secrétaire général de cette UPR et le resta jusqu’en 1988, entouré d’une équipe particulièrement dynamique, composée de Marie-Jo Robion, Jacques Geay, Daniel Binet, Roger Ramos, Jean-Claude Guérin, Jacques Le Polotec, Guy Lucas… Il participa aux nombreuses actions unitaires à la SNCF durant toute cette période avec la Branche cheminots de la Fédération Générale des Transports et de l’Équipement (FGTE-CFDT) animée par Michel Gorand. Il anima aussi la cellule SNCF Saint-Lazare de la LCR, participa à la branche cheminots de la LCR animée par Yves Salesse (Boris) et à la Commission nationale ouvrière (CNO) animée par Daniel Desmée (Raymond). Dès cette année 1978, son syndicat prit position au congrès confédéral de Brest contre le « recentrage » confédéral impulsé par Edmond Maire. Il fut aussi membre du bureau du Comité régional Transport et Équipement CFDT de l’Ile-de-France de 1978 à 1990. Durant cette période, il siégea dans différentes délégations du personnel et dans différents comités d’établissement au niveau local et régional.

En 1980 il participa à des initiatives de solidarité avec Solidarnosc ainsi qu’à un voyage de soutien politique et matériel en Pologne. Il y retrouva d’autres syndicalistes, britanniques et suédois, ainsi que Jean-Robert Suesser de la LCR et Jacqueline Heinen membre du secrétariat de la IV° Internationale, pour rencontrer des dirigeants de Solidarnosc. Il s’impliqua, avec Jacques Le Polotec et Serge Acher, dans la longue (93 jours) grève victorieuse des nettoyeurs de la gare Saint-Lazare en 1981 comme responsable. Il devint permanent syndical de la FGTE CFDT à partir de 1982 jusqu’en 1988, puis à nouveau, de 1992 à 2003. Par ailleurs il fut élu au Comité central de la LCR de 1980 à 1984, pour la tendance C animée par Yves Salesse, qui prônait une approche réaliste du « tournant ouvrier ». Il assura alors le compte rendu des débats du CC à Toulouse. Il participa dans cette période à un stage de la IV° Internationale en Autriche — un cycle complet consacré aux révolutions du XX° siècle (russe, chinoise, cubaine, yougoslave), aux États ouvriers bureaucratisés et à la révolution politique — animé par des leaders venus de divers pays européens (Ernest Mandel de Belgique, Charles-André Udry de Suisse, Livio Maitan d’Italie, Tariq Ali de Grande-Bretagne) et par des dirigeants de la LCR, Janette Habel, Jean-Pierre Beauvais, Catherine Samary, Daniel Bensaïd, chacun et chacune étant spécialiste d’un secteur particulier, Catherine Samary de la Yougoslavie, Jean-Pierre Beauvais et Janette Habel de l’Amérique latine. Il continua de siéger dans différentes commissions nationales de la LCR (Commission ouvrière, commission syndicale CFDT) jusqu’en 1990. Il y plaida pour que l’on accorde la priorité au mouvement de masse et à la construction d’une alternative politique crédible.

Cependant dès le milieu des années 1980 l’engagement syndical important de Claude Debons prit le pas sur son engagement politique à la LCR qui s’acheva en 1993. Lors de la grève des cheminots de l’hiver 1986-1987 il fut le coordonnateur régional CFDT à Paris Saint-Lazare. De 1986 à 1990, il siégea au conseil puis au bureau de l’Union Régionale Interprofessionnelle CFDT Île-de-France aux côtés d’autres militants de la gauche syndicale comme Serge Roux et Marie-Thérèse Patry (Santé), Claire Villiers et Noël Daucé (ANPE), Dominique Guibert et Christian Nicolas (SGEN), Jeanne Couderc et Annick Coupé (PTT), Michel Carvou et Christian Cottet (Métallurgie), Jean Paul Halgand (Caisse d’Épargne), Jean Arnould (UD 95). Il y côtoya Marie-Noëlle Thibaut, secrétaire de l’UD75 et future romancière sous le nom de Dominique Manotti. Élu en 1990 au Secrétariat national de la Fédération Générale des Transports et de l’Équipement (FGTE-CFDT) dont Aimé Buttard était le secrétaire général et Michel Pernet et Jean Zaoui secrétaires généraux-adjoints, il s’impliqua dans le secteur action revendicative. À partir de mars 1992, il devint Secrétaire général adjoint de la FGTE, en remplacement de Gérard Boussac, aux côtés de Michel Pernet, nouveau Secrétaire général, et de Gérard Balbastre, l’autre Secrétaire général-adjoint. Il était chargé de l’action revendicative. À partir de cette date et jusqu’en 2003, il siégea au Conseil National de la confédération CFDT. La FGTE, y combattait la stratégie confédérale accommodante avec le néo-libéralisme et défendait une stratégie alternative à partir de son expérience des nombreuses luttes dans les transports et des dynamiques de dérèglementation et de concurrence qui y étaient à l’œuvre.

Claude Debons étant favorable à un syndicalisme ouvert sur tout ce qui bouge dans la société, il participa fin 1993 à la création d’Agir ensemble contre le chômage (AC !) et à l’animation des marches de chômeurs en 1994 ; il était le responsable du journal La Marche qui paraissait alors. De 1993 à 1997, il fit partie du collectif national AC ! animé notamment par Claire Villiers (CFDT ANPE), Christophe Aguiton (SUD PTT), Hubert Constancias (MNCP), Richard Dethyre (APEIS). En 1994-1995 il participa également au lancement de la Convention pour une Alternative Progressiste (CAP) animée par des rénovateurs communistes. Les responsabilités de Claude Debons au sein de la FGTE-CFDT où il était chargé de l’action revendicative, l’amenèrent à s’impliquer fortement dans l’animation des conflits routiers de 1992 (quinze jours) avec Michel Sallabert (où ils négocièrent avec les ministres Jean-Louis Bianco, Martine Aubry et Georges Sarre), de 1996 (trois semaines) et de 1997 (quinze jours) avec Joël Le Coq. Il participa aux négociations nationales qui débouchèrent notamment sur la conquête de la retraite à 55 ans pour les conducteurs routiers. Il négocièrent à cette occasion avec deux Ministres des transports (Bernard Pons en 1996 puis Jean-Claude Gayssot en 1997). De 1991 à 2001, il représenta la FGTE-CFDT au Conseil National des Transports. En novembre-décembre 1995, la FGTE CFDT soutint le mouvement social contre le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale et participa aux manifestations avec les organisations de la gauche syndicale sous la banderole « CFDT en lutte ! » en contradiction avec la position confédérale. En 1996, Claude Debons participa à la création de l’association et du journal Tous Ensemble regroupant une opposition de gauche au sein de la CFDT, initiative prise à la suite des déclarations de Nicole Notat et de la Confédération pour s’opposer au mouvement social. D’autres camarades, notamment libertaires (Michel Desmars, Henri Célié, Christian Mahieux), choisirent la rupture et fondèrent Sud-Rail. En 1996 également, il participa à la création des États généraux du mouvement social, animés par Pierre Bourdieu. La même année, à l’initiative de la FSU animée par Michel Deschamps, se mit en place une éphémère coordination du « syndicalisme de lutte » avec Louis Viannet pour la CGT, Annick Coupé et Gérard Gourguechon pour Sud-Solidaires, Monique Vuaillat du SNES… ; il y représenta la « CFDT en lutte ».

En 1997 il participa à la création, initiée par Jacques Kergoat, de la Fondation Copernic. Il devint membre de son bureau en 2004. En 1998, il participa à la création d’ATTAC impulsée par la direction du Monde Diplomatique  ; il représentait la FGTE-CFDT au conseil d’administration comme membre fondateur. Il participa également à la création de RESSY (Recherche, Société, Syndicalisme) regroupement de chercheurs et de syndicalistes CGT, CFDT, FSU, SUD. Ces divers engagements amenèrent Claude Debons à participer aussi à la création de diverses revues : Alternative syndicale en 1983 (avec Daniel Richter…), Collectif en 1987 (avec Serge Volkoff…), Tous Ensemble en 1996 (CFDT en lutte), mais également à écrire dans d’autres revues, notamment Critique communiste (LCR, sous le pseudonyme de Julien Néouvielle), Utopie critique (avec Gilbert Marquis), Politis (dirigée par Bernard Langlois). D’autre part, il coordonna le livre Routiers, les raisons de la colère (Éditions de l’Atelier, 1997) et contribua à Données et arguments AC ! (Syllepse 1994), Les perspectives de la protestation (Syllepse, 1998) et Travail salarié et conflit social (PUF, 1999). À partir de 1998, Claude Debons s’impliqua dans le mouvement Altermondialiste et participa aux Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre (2002) et Mumbay (2004) et aux Forums européens de Florence (2002), Paris-Saint-Denis (2003) et Londres (2004).

Lors du congrès fédéral de La Bresse en mai 2000, Claude Debons fut élu secrétaire général de la FGTE-CFDT succédant à Gérard Balbastre. Il était entouré des responsables de branches et secteurs : Joël Le Cocq (Route), Hervé Alexandre (Aérien), Denis Andlauer (Cheminots), Jean-François Rupert (Équipement), Michèle Loup (Égalité-Mixité), Bruno Dalberto (International), Daniel Gascard (Environnement)… Il fit intervenir dans les sessions de formation fédérales des économistes et spécialistes des transports pour élargir la réflexion stratégique : Guillaume Duval, Michel Husson, Patrice Salini, Patrick Hamelin, Georges Ribeill…
Il s’impliqua aussi dans l’action syndicale internationale et participa notamment à divers congrès de fédérations syndicales des transports en Allemagne (GdED, Ver.di), Italie (CGIL) et Espagne (CC.OO) et aux congrès de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) à Zagreb en 2001 et de la Fédération internationale des travailleurs des transports (ITF) à Vancouver en 2002. Il siégea au conseil de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) animée par Doro Zinke de Ver.di (Allemagne). En 2003, la FGTE CFDT soutint le mouvement contre la réforme des retraites Sarkozy-Fillon. Ayant de bonnes raisons de penser que la direction de la CFDT accepterait les grandes lignes de cette réforme, ce qui pour lui serait une trahison des intérêts des salariés, il rencontra discrètement, avec Bruno Dalberto, Denis Andlauer et Éric Thouzeau, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibaut*, pour préparer la rupture qui s’annonçait. Il quitta ses responsabilités syndicales CFDT en novembre 2003 lors du départ collectif de la CFDT décidé au congrès extraordinaire des Cheminots CFDT suite au lâchage de la lutte par François Chérèque et la confédération CFDT. Il rejoignit la CGT et devint brièvement membre de l’espace Europe-International de la confédération où il eut le temps de défendre la nécessité d’un positionnement critique de la CGT face au projet de Traité constitutionnel européen. D’autres militants rejoignirent Solidaires ou la FSU. Tout au long de son engagement dans la CFDT, il a combattu la dérive vers le « social-libéralisme » impulsée par Edmond Maire et poursuivie et amplifiée par Nicole Notat et ses successeurs jusqu’à la rupture finale. Il fut un des animateurs de l’opposition de gauche dans la centrale avec Michel Pernet, Bruno Dalberto et Hervé Alexandre (FGTE), Guy Robert, Étienne Adam et Michel Gigand (Basse-Normandie), Jean-Claude Aparicio, Jacqueline Giraud-Eyraud et Gilles Marcel (PACA), René Defroment, Jo Chapuis et Raymond Vacheron (Auvergne), Monique Couteaux (Enseignement privé), Michel Angot (Interco), Danièle Dardour et Dominique Guibert (SGEN 75 et 94), Claire Villiers et Noël Daucé (ANPE), Jean-Paul Halgan (Caisse d’Épargne), Pierrre Vanbeughen et Vladimir Nieddu (Lille), cherchant à ouvrir la voie d’un syndicalisme d’action et de transformation qui affronterait les nouveaux défis de la mondialisation capitaliste, du déclin des « bastions ouvriers » et de l’éclatement du salariat, tout en évitant les impasses de l’accompagnement du libéralisme ou de la protestation incantatoire. D’autres organisations adoptaient une démarche critique distincte : Finances (Jean-Marie Pernot), SGEN (Jean-Luc Villeneuve). Le 8 mai 2004, il a fait partie des « Cinquante voix de la résistance » à intervenir lors de la grande fête organisée pour le 50° anniversaire du Monde diplomatique.

Il prit sa retraite professionnelle de la SNCF le 1er juin 2004, à cinquante-cinq ans, comme cadre de la fonction Équipement. Cette même année, il fut candidat aux élections européennes de Juin sur la liste Gauche populaire et citoyenne (PCF et mouvement social) conduite par Francis Wurtz et Hamida Bensadia en Ile-de-France. Il joua ensuite un rôle actif à la fondation Copernic auprès de son président Yves Salesse. En 2004, ils initièrent ensemble avec Roger Martelli, Christian Picquet, Éric Coquerel, Pierre Zarka, Clémentine Autain, Francis Wurtz notamment, l’Appel des 200 contre le Traité constitutionnel européen. Il fut un des animateurs de la coordination des collectifs pour le "non" lors du Référendum français du 29 mai 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, qui se sont rebaptisés par la suite Collectifs du 29 mai, devenus ensuite collectifs anti-libéraux. Au cours de cette période, il multiplia meetings et réunions publiques dans toute la France. Il fut la cheville ouvrière de la coordination des collectifs antilibéraux (2006-2007) en faveur d’un programme et d’une candidature unitaires pour les prochaines élections présidentielles de 2007. Les ambitions partidaires contraires de la LCR et du PCF, qui maintinrent les candidatures d’Olivier Besancenot et Marie-George Buffet, mirent en échec cette perspective.
Refusant l’éclatement de la gauche de transformation, il participa en 2007 au lancement de « Maintenant à gauche » mais la profondeur de la fracture des présidentielles empêchera toute nouvelle dynamique unitaire. Dès lors il répondit favorablement à la demande de Jean-Luc Mélenchon pour préparer le lancement d’un nouveau parti après sa sortie du Parti socialiste. Avec Marc Dolez, Éric Coquerel, François Delapierre, Jacques Rigaudiat, Pascale Le Néouanic, Robert Spizzichino, Charlotte Girard, Alexis Corbières… il participa à la fondation du Parti de Gauche et au grand meeting de lancement avec Oskar Lafontaine (Die Linke) en 2008, puis à la constitution du Front de Gauche avec le PCF et Gauche Unitaire. Il fut candidat aux élections européennes de 2009 dans le grand Sud-Est sur la liste Front de Gauche conduite par Marie-Christine Vergiat. Avec Jacques Rigaudiat, il fonda en 2010 la revue Les Temps nouveaux en référence à Die Neue Zeit, la revue de la gauche de la social-démocratie allemande dans laquelle écrivaient Karl Kautsky, Rosa Luxembourg, Friedrich Engels, Karl Liebknecht. Le sous-titre « Mouvement social et lutte politique » indiquait l’ambition de dépasser la coupure du social et du politique pour contribuer à la reconstruction de perspectives d’espoir. Y participaient notamment des responsables syndicaux CGT, FSU, Solidaires, des militants politiques et associatifs, des universitaires et chercheurs. Au bout de deux ans et quatre numéros la publication s’arrêta faute de moyens. Il démissionna du Parti de Gauche en 2011, en désaccord avec le fonctionnement autocratique du parti et avec une stratégie inspirée des révolutions latino-américaine qu’il jugeait inadaptée à notre pays. Il rejoignit alors la Gauche Unitaire (GU), le mouvement fondé par Christian Picquet, Alain Faradji, Francis Sitel, Michelle Ernis, Céline Malaisé, issu du courant unitaire du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Il y retrouva Françoise Lamontagne, Gérard Bohner, Annick Monot, Claude Michel et de jeunes camarades, certains ayant exercé des responsabilités à l’UNEF. Il participa au bureau de GU et s’impliqua dans le conseil national du Front de Gauche. Après l’éclatement du Front de Gauche en 2014 et la dissolution de la GU en 2015 dont la majorité des militants rejoignit le PCF, il se mit en retrait d’un engagement politique partidaire. En 2020, toujours adhérent à la CGT, il participe à toutes les manifestations sociales pour la justice et l’égalité et soutient des organisations humanitaires (Amnesty International, Médecins sans Frontières, Secours Populaire). Il souligne avec force que son engagement n’a valu qu’inscrit dans une démarche collective.

ŒUVRE : -articles dans les revues Alternative syndicale, Collectif, Tous Ensemble, Critique communiste, Politis, Utopie critique, Les Temps nouveaux. — avec Hervé Alexandre, « Où va le CFDT », in Le Monde, 5 novembre 2003, p.19 ; « Ce qui se joue est un enjeu de société » à propos de la grève des cheminots in l’Humanité, 20-21-22 avril 2018. — Coordinateur du livre Routiers, les raisons de la colère, Éditions de l’Atelier, 1997 . — Contributeur aux livres Données et Arguments, brochure AC ! Syllepse 1994, Les perspectives de la protestation, Syllepse, 1998, et Travail salarié et conflit social, PUF, 1999.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article234805, notice DEBONS Claude (Darthez) par Michel Gorand, Jean-Paul Salles, Bernard Thièry, version mise en ligne le 29 novembre 2020, dernière modification le 29 janvier 2021.

Par Michel Gorand, Jean-Paul Salles, Bernard Thièry

Manifestation contre le chômage, Paris, 7 mars 1998. Claire Villiers (devant), de gauche à droite, Gérard Gourguechon, X, Annick Coupé, Louis Weber, Michel Deschamps, Claude Debons, E. Adam, X
Cortège "CFDT en lutte" lors d’une manifestation pour l’emploi à Paris vers 1998. Au centre Claude Debons.
Meeting à Dijon le 16 septembre 2010 contre la réforme des retraites
Manifestation des cheminots, novembre 2002 : Bernard Thibault, Didier Le Reste, Denis Andlauer, Claude Debons

SOURCES : Texte fourni par Claude Debons, novembre 2020 ; -Jacques Serieys, « Rodez en révolution », in Antoine Artous, Didier Epsztajn, Patrick Silberstein, La France des années 1968, Syllepse, 2008, p.727-741. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, PUR, 2005, voir page 120 (référence aux Papiers Michel Kermiche consultés au CERMTRI, Centre d’études et de recherche sur les mouvements trotskyste et révolutionnaires internationaux, Paris). — Denis Pingaud, La Gauche de la gauche. Contre-enquête, Seuil, 2000, p.76-78. — Hélène Adam et François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse et Arcane 17, 2019, notamment p.498, p.636. — Martí Caussa y Ricard Martínez i Muntada, eds, Historia de la Liga comunista revolucionaria (1970-1991), Madrid, La Oveja Roja, Coll. Viento Sur, 2014, 264 pages.

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