DURAND Thérèse [DURAND Marie-Thérèse, épouse ÉMORINE]

Par Éric Belouet

Née le 6 décembre 1924 au Creusot (Saône-et-Loire), morte le 31 mai 2016 au Creusot (Saône-et-Loire) ; vendeuse, correspondancière aux usines Schneider, puis salariée de l’Éducation nationale (surveillante, commis, secrétaire en chef) ; militante jociste du Creusot, permanente de la JOCF (1948-1949), syndicaliste SGEN-CFTC puis CFDT, militante du PS, membre de l’ACO.

Née d’un père monteur en locomotives aux usines Schneider du Creusot, proche de la CFTC, et d’une mère issue d’une longue lignée de paysans, ayant quitté la campagne pour suivre son mari, tous deux croyants et pratiquants, Thérèse Durand était la deuxième de trois filles qui reçurent une éducation religieuse et participèrent à un groupe de « Jeannettes », puis de Guides de France. Elle fréquenta l’école privée de filles Schneider et ses bons résultats lui permirent, contrairement à ses deux sœurs, de poursuivre ses études au-delà du certificat d’études primaires. Elle obtint ainsi le brevet élémentaire, puis le brevet d’enseignement primaire supérieur en 1940. En cette période de débâcle, son espoir de devenir institutrice ou professeur de mathématiques ne résista pas à l’arrivée des Allemands au Creusot. Après une année d’école ménagère, elle commença à travailler en octobre 1941 comme vendeuse dans une librairie en attendant d’avoir dix-huit ans, l’âge requis pour entrer aux usines Schneider. Elle parvint à s’y faire embaucher en janvier 1943 comme correspondancière à la direction.

En 1944, une amie du quartier fit connaître la JOCF aux trois sœurs Durand qui, séduites par ce mouvement, abandonnèrent les Guides de France pour y militer. Dès 1945, Thérèse Durand devint présidente de la section du Creusot et, l’année suivante, présidente de la fédération d’Autun, l’une des deux fédérations JOCF que comptait alors la Saône-et-Loire. Ses sœurs militèrent également à la JOCF jusqu’à leur mariage avec des jocistes

Thérèse Durand dira en 1998 que la JOC avait été pour elle une « formidable école de formation », ajoutant : « La JOC m’a fait prendre conscience de mon appartenance à une classe, à un monde, le monde ouvrier, qui avait une histoire, des valeurs et des lacunes, qui souffrait des injustices, du travail pénible, du mépris. Elle m’a appris à être fière de faire partie de ce monde qui porte en lui une grande valeur de solidarité. On lutte ensemble pour que le monde ouvrier soit moins écrasé, qu’il acquière des droits, qu’il soit respecté, représenté partout, écouté. C’est le mouvement ouvrier que la JOC m’a fait découvrir, la lutte collective, en mettant ses dons au service de tous. Et puis, dans JOC il y a le "C". Comment le faire coïncider avec le « O », cohabiter avec le "O" ?? Chrétien et Ouvrier. Là, il ne s’agissait plus de religion, mais de foi. Ce n’était plus un catalogue de préceptes, mais une adhésion à un Dieu d’Amour. C’était essayer de vivre l’évangile dans sa vie de tous les jours. L’institution Église était loin. Elle l’est encore souvent. La JOC a éclairé ma jeunesse et orienté toute ma vie d’adulte. »

Depuis 1945, la JOCF faisait paraître le magazine Sillage, d’apparence très moderne, qui connaissait un certain succès auprès des jeunes ouvrières. En 1948, les responsables jocistes estimèrent toutefois qu’il serait possible d’augmenter encore les ventes en envoyant une propagandiste de ce magazine faire le tour des sections. Ils confièrent cette responsabilité à Thérèse Durand qui quitta alors son emploi chez Schneider en mai 1948 pour devenir permanente. Pendant un an et demi, elle sillonna la France pour essayer de développer la vente et soutenir les sections, mais était officiellement rattachée à la province jociste de l’Est en raison de son origine creusotine. Pour alléger un peu sa tâche, on lui adjoignit par la suite deux permanentes, Marinette Duran* et Geneviève Néolet*.

Thérèse Durand quitta sa fonction de permanente le 30 septembre 1949 pour se marier avec Jean Émorine, lui aussi originaire du Creusot, un scout « à l’esprit ouvert » [témoignage de l’intéressée], ouvrier tourneur et délégué syndical. Le couple quitta Le Creusot pour s’installer à Montcenis (Saône-et-Loire), commune de 2 000 habitants où il avait fait construire une maison, et trois enfants naquirent de cette union (1950, 1953 et 1957). Mais en 1958, son mari, âgé seulement de trente-trois ans, mourut subitement, la laissant seule avec trois enfants en bas âge. Placée dans l’obligation financière de reprendre un emploi, elle se fit embaucher en janvier 1959 comme surveillante dans un lycée du Creusot et conserva pendant douze ans ce travail qu’elle n’aimait guère mais qui lui permettait d’avoir les mêmes vacances que ses enfants. Par la suite, ceux-ci étant devenus indépendants, Thérèse Émorine entreprit d’améliorer sa situation professionnelle et fut admise, en septembre 1971, à un concours de commis et affectée à l’intendance d’un LEP au Creusot. Enfin, un autre concours lui permit de terminer sa carrière comme secrétaire en chef. Elle partit à la retraite en septembre 1986.

Tout au long de son parcours à l’Éducation nationale, Thérèse Émorine milita à la CFTC puis à la CFDT, plus particulièrement au SGEN dont elle appartint longtemps au bureau départemental. Elle participa également à l’Union locale, composée pour une large part de métallurgistes, et, sur le plan national, apporta sa contribution à la branche des non-enseignants du SGEN dans le but de faire prendre en compte leurs problèmes spécifiques. Après 1986, elle participa, toujours sur le plan national, à un groupe de travail et de réflexion sur les retraites.

Dans les années 1970, le militantisme syndical de Thérèse Émorine se doubla d’un engagement politique. Proche du PS, auquel elle n’adhéra jamais, elle fut élue en 1971 conseillère municipale de Montcenis (Saône-et-Loire).

En 2008, Thérèse Émorine était toujours membre de l’ACO qu’elle avait, avec son mari et d’anciens jocistes, contribué à créer au Creusot au début des années 1950. À la fin des années 1990, elle s’était également investie à « Solidarité services », une association intermédiaire pour l’insertion ou la réinsertion des chômeurs.

L’une de ses sœurs épousa Bernard Loiseau* (décédé en 2006), militant jociste devenu permanent de la CFDT, puis suppléant du député PS André Billardon* et enfin député lui-même (1992-1993).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23485, notice DURAND Thérèse [DURAND Marie-Thérèse, épouse ÉMORINE] par Éric Belouet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 juin 2022.

Par Éric Belouet

SOURCES : Témoignage de l’intéressée, 19 février 1998, réactualisé par téléphone le 6 mars 2008. — Renseignements communiqués par Madeleine Romarie.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément