DURET Jean [KORAL François, dit]. Pseudonyme VARLET Jean

Par Nicole Racine

Né le 19 septembre 1900 à Varsovie (Pologne), mort le 4 juillet 1971 à Paris ; économiste marxiste ; directeur du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT.

D’origine polonaise, fils de Maximilien Koral et d’Hélène Lipinska, François Koral fut nationalisé Français le 22 juillet 1938. Il avait vécu de 1909 à 1913 à Paris avec ses parents, puis était retourné avec eux en Pologne de 1913 à 1919. Il revint en France comme étudiant en avril 1919 et il passa sa licence à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris en 1921. À cette époque, il était en relations avec le militant communiste Vital Gayman et militait activement au groupe des Étudiants communistes de la 5e section de la Fédération de la Seine du Parti communiste sous le nom de Lipinski. Il participa à la fondation de la CGTU.
En septembre 1922, Jean Duret, délégué par la 5e section de la fédération de la Seine du PC, fut désigné comme rapporteur d’une résolution sur la politique du front unique au congrès de Paris du PC (octobre 1922). J. Duret appartenait alors à la fraction D. Renoult du PC (centre droit) qui était hostile à la tactique de front unique préconisée par le Comité exécutif de l’Internationale. Il fut désigné comme membre de la délégation française au IVe congrès de l’Internationale (Moscou, novembre 1922) pour y représenter avec Renoult le centre droit.

Duret fit l’objet d’une mesure d’expulsion de France pour son activité révolutionnaire et se réfugia dans la clandestinité. On signalait encore sa présence en décembre 1923 lors d’une réunion de la 14e section du PC de la Seine. Il partait pour l’URSS le soir même du jour où lui fut notifié l’arrêté d’expulsion.

Il passa les années 1924-1928 à Moscou ; il avait alors le titre de professeur agrégé d’histoire de l’Université de Moscou. Il se maria en secondes noces, à la fin décembre 1927 à Moscou avec Yvette Delage. Il sollicitait à ce moment des autorités françaises une autorisation de séjour à Paris afin de soutenir une thèse en Sorbonne. Autorisé le 8 février 1928 à séjourner trois mois en France, il y arriva le 15 avril ; il lui était permis de résider à Paris, à titre d’essai, par voie de sursis trimestriel. Il choisit de faire une thèse sous la direction d’Albert Mathiez, « Les Commissaires aux accaparements sous la Terreur à Paris ». En juillet 1928, il était employé avec sa femme par la Représentation commerciale de l’URSS (dont il sera licencié en février 1931 pour avoir refusé de retourner dans ce pays). Il se tenait alors éloigné de l’activité militante. Il fut exclu du Parti communiste en 1932.

Après son éloignement du PC, Jean Duret publia Le Marxisme et les crises dans la collection « Les Documents bleus » chez Gallimard ; il collabora à l’ouvrage de H. Lefebvre et N. Guterman, Morceaux choisis de Marx en donnant une étude sur « Marx économiste » ; il publia également Paul Lafargue, théoricien du marxisme aux ESI en 1933 (sous le pseudonyme de Jean Varlet). Jean Duret qui professait à l’Institut supérieur ouvrier de la CGT se rapprochait des milieux planistes. Avec Lucien Laurat, il fit partie du Bureau d’études économiques de la CGT (créé en mars 1934). Il participa, en 1934-1935, au cycle de conférences organisé par l’ISO afin de montrer la nécessité du Plan de la CGT. Dans « Sens et portée du Plan », il soulignait le rôle historiquement révolutionnaire du Plan : le mouvement syndical d’avant-guerre avait été éclairé par le « mythe » de la grève générale qui affirmait le caractère de classe du mouvement ouvrier et son indépendance ; la tâche du syndicalisme, aujourd’hui, était d’apparaître comme le seul élément constructeur capable de mettre fin à la crise. Jean Duret avait collaboré à la Tribune des fonctionnaires (qui publiait le Plan belge et de nombreux articles favorables au Plan), notamment au numéro d’avril 1934. Proche de Jouhaux, il écrivit avec M. Harmel un livre sur la CGT (1937) dans lequel il s’attacha à faire connaître le Plan de la CGT. J. Duret collabora aussi à l’hebdomadaire Vendredi qui désirait donner une tribune à la CGT.

Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Duret resta à la CGT que quitta L. Jouhaux en décembre 1947. J. Duret quitta en 1948 le SFIO à laquelle il avait adhéré. Représentant la CGT au Conseil économique (1947-1958) puis au Conseil économique et social (1959-1971), il dirigea le Centre d’études économiques de la CGT Directeur politique des Cahiers internationaux, fondés en janvier 1949, il y écrivit de nombreux articles qui s’inscrivaient dans la ligne des analyses économiques du Parti communiste. Il enseigna à l’École pratique des Hautes Études. Dans les dernières années de sa vie, il s’éloigna un peu du débat politique, tout en restant membre de la CGT. Après sa mort, la CGT déclara : « C’est un militant dont le sens de l’humain, la bonté et la modestie ne peuvent masquer la très grande valeur, que la CGT vient de perdre. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23493, notice DURET Jean [KORAL François, dit]. Pseudonyme VARLET Jean par Nicole Racine, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 18 février 2022.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Le Marxisme et les crises, Gallimard, 1933, 255 p. — Karl Marx, Morceaux choisis, Introduction par Henri Lefebvre et N. Guterman, Gallimard, 1934, 463 p. (Marx économiste, par Jean Duret). — Sens et portée du plan, préface de Bothereau. Centre confédéral d’éducation ouvrière (10 décembre 1935), 39 p. (Publications de l’Institut supérieur ouvrier, XII). — Le Problème de la hausse des prix, cours donné à l’Institut supérieur ouvrier en 1936-1937 sur l’économie française et le plan de la CGT, Librairie syndicale, s.d., 40 p. (Publications de l’Institut supérieur ouvrier, XXV). — Les Trusts en France, cours professé à l’Institut supérieur ouvrier (1937-1938), Centre confédéré d’éducation ouvrière, 1939, 96 p. (Publications de l’Institut supérieur ouvrier. XXXIII). — Léon Jouhaux, La CGT, ce qu’elle est, ce qu’elle veut, avec la collaboration de M. Harmel et J. Duret, Gallimard, 1937, 191 p.

SOURCES : Fonds Jean Duret, Arch. dép. de Seine-Saint-Denis (362 J), inventaire en ligne. — Arch. J. Maitron. — Arch. Jules Humbert-Droz, I. Origines et débuts des partis communistes des pays latins 1919-1923, textes établis et annotés par S. Bahne, Dordrecht, D. Reidel, 1970, XLIV, 655 p. — R. Wohl, French communism in the making 1914-1924, Stanford University Press, 1966, 530 p. — G. Lefranc, Essai sur les problèmes socialistes et syndicaux, Payot, 1970, 272 p. — L’Humanité, 6 juillet 1971. — Le Monde, 6 juillet 1971. — « Avant-propos » de J. Bruhat à la réédition de J. Duret, Le marxisme et les crises, Les Introuvables, Éditions d’Aujourd’hui, 1977.

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