DURIF Robert, Jean, dit DORMANS Jean

Par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule

Né le 25 mai 1899 à Chantilly (Oise), mort le 21 août 1947 à Landinhac (Cantal) ; militant communiste ; instituteur à Orly de la fin des années vingt à 1936 ; créateur et animateur d’organisations en faveur de l’enfance.

Fils d’un électricien, Robert Durif ne fut incorporé au 102e régiment d’infanterie que le 19 avril 1918, quelques mois avant l’Armistice. Libéré avec le grade de sous-lieutenant le 23 mars 1921 et rappelé le 7 mai de la même année, il finit d’accomplir ses obligations militaires le 26 juin 1921.

Aussitôt Durif fréquenta les milieux communistes et adhéra au groupe "Clarté". Il assura le secrétariat d’une commission des secours au peuple russe jusqu’au 3 juin 1922. Instituteur à l’école d’Arcueil-Cachan (Seine, Val-de-Marne), Durif prit le pseudonyme de Dormans et, sous ce nom, milita activement aux Jeunesses communistes du XIVe arr. de Paris. Le congrès de la 4e Entente des JC (région parisienne), réuni le 5 novembre 1922, l’élut secrétaire de la commission d’éducation. François Chasseigne lui succéda à cette dernière fonction en mars 1923. La 4e Entente délégua Dormans au congrès des JC tenu à Lyon les 20 et 21 mai 1923. Le 10 juin, il fut élu secrétaire du comité régional de la Seine de la Fédération sportive du travail. Ses activités furent aussi intenses pendant l’année 1924. La justice l’inculpa pour propagande antimilitariste le 18 mars 1924. En avril, le Parti communiste lui confia la gérance du journal le Jeune camarade, organe des Pupilles communistes. Trois mois plus tard, on fit appel à lui comme directeur de l’orphelinat ouvrier « L’Avenir social ». Cette institution avait été créée en 1906 par Madeleine Vernet, pédagogue proche des milieux libertaires et pacifistes. Au début de l’année 1923, les communistes étant devenus majoritaires au conseil d’administration, elle abandonna ses fonctions. Les pupilles quittèrent Epône pour Mitry-Mory (Seine-et-Marne) et deux ans plus tard pour La Villette-aux-Aulnes (Seine-et-Oise). Pour assurer cette fonction, Durif prit un congé d’un an pour convenances personnelles. C’est sans doute à l’occasion du dernier déménagement de l’Avenir social (qui deviendra l’Orphelinat ouvrier) qu’il abandonna ses fonctions en août 1925. L’Éducation nationale refusa pendant plusieurs années de le réintégrer.

Le 17 avril 1924 à Nanterre, il avait épousé Gilberte Lesage (voir Gilberte Durif). Deux filles naquirent de cette union : une en 1925 et l’autre en 1930 à Orly. Durif quitta le domicile de ses parents, 127 avenue du Maine, pour habiter officiellement de 1924 à 1926 à Sceaux. Le Parti communiste lui confia la direction de la liste communiste de Sceaux aux élections municipales de mai 1925.

Sa fiche de police indique son appartenance au comité central du Parti communiste élu au congrès de Clichy (17-21 janvier 1925). En fait il était seulement membre de la commission des « Classes moyennes » auprès du comité central.

Privé d’emploi, Durif postula à un poste d’auxiliaire au ministère des Finances puis à un poste de rédacteur à la Caisse des dépôts et consignations avant d’être nommé instituteur à Orly en mai 1927. Il quitta alors Puteaux et vient habiter allée du Lac à Orly. Tout en restant membre du Parti communiste, il eut moins de responsabilités. Il n’avait pas été réélu secrétaire du comité régional de la Fédération sportive du travail en mars 1926.

Partisan des méthodes actives, sa pédagogie s’inspirait de l’œuvre de Célestin Freinet. Il se consacra aux enfants d’Orly, animant avec dynamisme un patronage laïc, un club sportif, créant la colonie municipale. Les notes de deux conférences qu’il prononça en 1934 permettent de comprendre son action. Évoquant les « Écoles de plein air » en faisant référence à l’œuvre d’Henri Sellier, maire socialiste de Suresnes et aux idées du docteur Paul Carton, il appelait de ses vœux la création d’une école avec « deux classes de plein air (80 enfants) ; une classe de perfectionnement de plein air (15 à 20 enfants), un jardin d’enfants (3 à 5 ans, 20 enfants) ». L’école se transformerait en patronage municipal le jeudi. L’autre conférence était consacrée au patronage qu’il préférait appeler « les Jeudis de plein air du stade d’Orly ». Il expliquait qu’il n’avait pu réaliser son projet que grâce au soutien de l’Association amicale des anciens élèves et développait ses thèmes : usage de la culture physique ; amélioration de l’hygiène en liaison avec le dispensaire ; utilisation des moyens naturels que sont l’air, l’eau, le soleil ; alimentation rationnelle et concluait sur la nécessité d’une « mystique du naturisme ». C’est cette nécessité de mettre les jeunes en contact avec la nature qui le conduisit à participer à partir de 1932 à l’Œuvre parisienne des enfants à la montagne et à entraîner des jeunes d’Orly dans les fermes auvergnates, avec le soutien de la Caisse des écoles. [Louis Conlombant, directeur d’école dans le XIIIe arr., avait fondé cette Œuvre en 1906 avec l’aide de l’Association amicale des anciens élèves de l’École normale de la Seine et la collaboration d’instituteurs du Cantal.]

En 1937, le médecin de l’Œuvre, le docteur Kula, travaillait pour le dispensaire d’Orly en coopération avec le couple Durif et une infirmière, Madame Bedou (bulletin annuel, 1937, p. 34).

Même après son départ d’Orly en 1936, Durif continua pendant deux ans à aider ces associations.

Instituteur dans le XIVe arr. de Paris, il participa à la création de la Fédération de l’Enfance et, en 1937, présida l’Association des instituteurs cinéastes amateurs. La même année, il organisa la première classe verte grâce à l’Œuvre parisienne des enfants à la montagne fondée par Louis Conlombant.

Officier de réserve, blessé en juin 1940, il partit en Angleterre pour combattre de la France libre. À son retour en France en août 1945, épuisé par les épreuves de la guerre, il reprit avec la même intensité son action en faveur de l’enfance et fonda l’Association des directeurs des colonies laïques. C’est en se rendant en vélo sur les lieux d’une colonie qu’il mourut le 21 août 1947 dans le Cantal, à l’âge de quarante-huit ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23503, notice DURIF Robert, Jean, dit DORMANS Jean par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 septembre 2020.

Par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. J. Maitron, fiche Batal. — Renseignements fournis par Huguette Bazile, fille de Durif. — Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule, Itinéraires orlysiens, Éditions de l’Atelier, 1995.

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