BAYLE Aurélie, Sylvina née CARTON

Par Daniel Grason

Née le 20 mai 1908 à Rumilly-en-Cambrésis arrondissement de Cambrai (Nord), morte à une date inconnue ; riveteuse ; internée aux Tourelles à Paris (XXe arrondissement).

Fille de François Félix Carton, trente-trois ans, journalier et de Marie Boulanger, vingt-neuf ans, ménagère. Elle épousa le 19 novembre 1927 Louis Bayle en mairie de Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine).
Aurélie Bayle vivait au 5 rue Sainte-Marie à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Elle travaillait comme riveteuse aux établissements Chausson près de chez elle. Mariée, son mari employé à la Société des transports de la région parisienne (STCRP) était prisonnier de guerre en Allemagne.
Trois inspecteurs de la BS1 tambourinèrent le 10 octobre 1943 à 23 heures à la porte de son logement, et se présentèrent. Une femme policière la fouilla, elle ne portait sur elle ni objets ni papiers suspects. Elle était connue de la police pour des faits qui dataient de 1924.
Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police pour interrogatoire, les policiers lui demandèrent ce qu’était devenu Georges Mandy « membre d’une organisation terroriste de la région parisienne » qu’elle hébergea à son domicile ainsi que « d’autres membres de cette organisation. » Elle fut sommée de s’expliquer.
Elle répondit avoir fait la connaissance de Mandy « dans un cinéma, à Asnières, en décembre 1941. Il est devenu mon ami en avril 1942. Dans les premiers jours de novembre, mon ami est parti travailler en Allemagne. Il en est revenu en juin 1943.  »
Aurélie Bayle affirma avoir « rompu toute relation », et ajouta « Toutefois, nous sommes restés bons camarades. Il venait de temps en temps à la maison », il lui arrivait même parfois de coucher chez moi. »
Elle s’était étonnée « qu’il ne reparte pas travailler en Allemagne, je lui ai, à plusieurs reprises, posé la question, à laquelle il a répondu : « cela ne te regarde pas, tu n’as pas à t’en faire, je suis réformé. »
Elle précisa aux policiers que de retour d’Allemagne il possédait 8.000 francs environ. Elle connaissait deux camarades de Georges Mandy : « l’un d’eux était instituteur, car il donnait des cours à ma fille Denise. » L’autre était venu « une fois ou deux  » mais ne rentra pas.
Sur photographie elle reconnue Duboc ainsi qu’un algérien Taleb Aaich. Les policiers firent monter la pression, dressèrent des portraits peu avantageux de Mandy et de ses camarades, ils voulaient en savoir davantage.
Elle affirma ignorer que « Georges Mandy, ainsi que les camarades que j’ai pu connaître par son intermédiaire, étaient membres d’une organisation terroriste de la région parisienne. Il n’y a jamais eu ni armes ni tracts à mon domicile. Je n’ai jamais fait partie d’aucune organisation politique. »
Dans une note du 30 décembre 1943 les inspecteurs des Renseignements généraux estimaient qu’Aurélie Bayle avait hébergé Georges Mandy et ses camarades en connaissance de cause « dont elle n’ignorait pas l’activité subversive. » Elle a été internée le jour même, à la caserne des Tourelles à Paris XXe arrondissement en application du décret du 18 novembre 1939, et des instructions du Secrétaire d’état à l’Intérieur du 13 août 1942.
Un voisin d’Aurélie Bayle, Paul L… écrivit à la fin mars 1944 au Préfet de police de Paris. Il écrivait qu’Aurélie Bayle tout comme son mari prisonnier de guerre n’avaient jamais pris part à « quelque action politique que ce soit ». Il relevait : « de même que son conjoint, elle n’a jamais pris part à quelque action politique que ce soit et n’est nullement communiste ; l’inculpation ne pouvait être que la suivante : « À hébergé un réfractaire nommé Mandy Georges demeurant à La Garenne-Colombes.  » Le motif est entièrement faux attendu que ledit Mandy n’a jamais élu domicile chez madame Bayle à qui il a simplement rendu quelques rares visites. » Ce voisin informait le Préfet qu’il hébergeait la fille âgée de seize ans du couple Bayle.
Aurélie Bayle matricule n° 1244 a été libérée du camp d’internement des Tourelles le 17 août 1944. Elle témoigna devant la commission d’épuration de la police, déclara  : « J’ai été arrêtée le 10 octobre 1943 à mon domicile où une surveillance était déjà établie. »
« Après avoir été gardée huit jours à la Brigade Spéciale, j’ai été transférée à la prison de Fresnes, section allemande. Remise à la disposition de la Brigade spéciale, j’ai été conduite au camp des Tourelles d’où j’ai été libérée par les F.F.I. le 16 août 1944. »
Le couple Bayle divorça le 12 avril 1946. Aurélie se remaria le 3 juillet 1948 avec Alexis Fernand Ragon en mairie d’Asnières (Seine, Hauts-de-Seine).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235061, notice BAYLE Aurélie, Sylvina née CARTON par Daniel Grason, version mise en ligne le 3 décembre 2020, dernière modification le 3 décembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BS carton 44 (transmis par Gérard Larue), 1 W 504-12947, 77 W 735-240352. – Bureau Résistance (pas de dossier). – Un camp d’internement en plein Paris : les Tourelles 1940-1945, Louis Poulhès, Éd. Atlande 2019, p. 258. – État civil numérisé AD Nord 3 E 7006 acte n° 28.

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