PÉDOYA Joseph [Ernest, Joseph, Henri, Antonin]

Par André Balent

Né le 14 mars 1870 à Montseron (commune de Durban-sur-Arize, Ariège), mort à Montseron (Ariège) le 15 juillet 1944 ; propriétaire à Montseron ; maire de Montseron ; résistant ; abattu par erreur par des membre des maquis la Crouzette (Ariège)

Joseph Pédoya appartenait à une famille de notables ariégeois. Son père (Jean-Antoine [Giovanni Antonio Pedoia] 1803-1875) et son oncle (François [Francesco Pedoia], 1798-1874) étaient originaires de Cuasso al Monte (province de Varese, Lombardie, Italie). Artistes, il s’étaient établis en Ariège où entrepreneurs en maçonnerie, peintres et décorateurs ils laissèrent de nombreuses œuvres picturales réputées en particulier dans des églises de l’Ariège, de l’Aude, de la Haute-Garonne, du Gers, du Tarn-et-Garonne, des Hautes-Pyrénées et des Landes. Ils devinrent des notabilités cossues et furent naturalisés Français. Jean-Antoine acquit une propriété à Montseron, alors rattachée à la commune de Durban-sur-Arize et érigée en commune autonome en 1892. Joseph Pédoya fut le dernier de ses nombreux enfants.

Un cousin germain de Joseph, Gustave (1838-1938) fit une brillante carrière militaire et politique. Ayant accédé au grade de général de brigade, il commença une carrière parlementaire en devenant député de la circonscription de Saint-Girons (Ariège) à l’occasion d’une élection partielle en 1909. Il fut réélu en 1910 et 1914 et ne de représenta pas en 1919. Radical-socialiste, il reprit du service en 1914 et fut nommé en 1914 gouverneur militaire de Grenoble (Isère), fonction qu’il exerça jusqu’en 1915. Il dut ensuite président de la commission parlementaire de la Défense. Gustave Pédoya fut un des témoins du mariage de Joseph Pédoya en 1898. Il était à ce moment-là général de brigade à Lyon (Rhône).

Joseph Pédoya était le fils de François-Antoine et de son épouse Bénédictine Dejean âgée de quarante et un ans en 1870. Il se maria le 12 janvier 1898 à Montseron avec Marie, Joséphine Seguy âgée de dix-sept ans, originaire du Camp Negre [« Cap Negre » sur l’acte de mariage] (commune de Montegut, Ariège). Elle était la fille de Jean, Casimir Séguy, entrepreneur, cinquante ans et de Victorine, Noémie, Marie Durrieu, quarante ans. Le couple eut treize enfants nés entre 1898 et 1922.

Propriétaire à Montseron, Joseph Pédoya était, lors de son mariage, déjà maire de son village natal récemment érigé en commune autonome.

En 1944, Joseph Pédoya que l’on peut supposer être de la mouvance radicale, comme son cousin germain, le général Pédoya, ancien député de l’Ariège était réputé « résistant » (Delpla, (op. cit., 2019, p. 134, p. 459). Un peu comme le sénateur radical de l’Ariège et ancien ministre, Paul Laffont du Mas-d’Azil ou le docteur Charles Labro, de la même localité, proche de Montseron. Ces deux notables de la gauche très modérée qui aidaient la Résistance et, en particulier les deux maquis du col de la Crouzette, celui de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles), — Voir : Sánchez Herrero Bruno — et les FTPF — Voir : Plaisant René et Szwarc Henri — furent assassinés le 13 juillet 1944 par des hommes de main de la police allemande de Saint-Girons affiliés au PPF (Parti populaire français) de Jacques Doriot. Le chef charismatique des FTPF de la Crouzette, Plaisant agissait de concert avec les Espagnols de l’AGE. Il fut alors décidé d’exercer des représailles contre les collaborationnistes. Claude Delpla a expliqué que les « conseils de guerre » mis en place par les maquis, comme celui de la Crouzette, exerçaient une justice qu’il a qualifiée de « militaire ». Les décisions prises, dans l’urgence, par ces maquis (FTPF et AGE de la Crouzette auxquels s’étaient joint le maquis (AS) de La Bastide-de-Sérou) aboutirent certes à l’exécution de collaborationnistes coupables d’actions contre les maquis ou de dénonciations. Mais elles furent à l’origine de « bavures », erreurs manifestes des exécutants ou dénonciations inspirées par des vengeances personnelles. Joseph Pédoya fut victime de l’une d’entre elles qui relevait du premier cas de figure. Élérika Leroy (op. cit., 1998, p. 53-54) a bien montré que les six maquisards (trois FRTP et trois gerrilleros chargés d’arrêter un collaborationniste de Montseron se trompèrent de cible. Ils pénétrèrent, en soirée dans la maison de Joseph Pédoya. Un des membres du « commando » résistant, Charles Dougnac, a confié le 14 mars 1997 à Élérika Leroy que le 15 juillet au soir, Pédoya et sa famille « faisaient un repas, un samedi soir. L’Espagnol [autre résistant, de l’AGE] a donné un coup d’épaule dans la porte (…) le vieux, le père Pédoya a voulu se lever et l’autre lui a envoyé une rafale de Sten (…) on nous avait dit : ‘‘faites attention car tous ceux que vous allez arrêter sont armés’’. » Le résistant vida un chargeur entier de mitraillette dans son ventre. Les maquisards s’aperçurent rapidement de leur erreur fatale et demandèrent où résidait le collaborationniste qu’ils recherchaient. Ils s’emparèrent donc de l’intéressé et de son fils qu’ils conduisirent au maquis. Treize personnes furent exécutées à la suite de ces expéditions au col de Rille, entre Rimont et le col de la Crouzette. Son nom ne figure pas sur le monument aux morts de Montseron où seules sont inscrites les victimes de la Première Guerre mondiale.

Le fils de Joseph Pédoya, René Joseph Pédoya a obtenu le titre d’interné résistant. Il y a deux dossiers à son nom au Service historique de la défense : à Vincennes (cote GR 16 P 462792) et à Caen (cote AC 21 P 656580). Il avait été « évadé de France » ayant gagné les forces alliées par l’Espagne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235066, notice PÉDOYA Joseph [Ernest, Joseph, Henri, Antonin] par André Balent, version mise en ligne le 3 décembre 2020, dernière modification le 16 janvier 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 4 E 1106, état civil de Durban-sur-Arize, acte de naissance de Joseph Pédoya et mention marginale ; 4 E 4551, état civil de Montseron, acte de mariage de Joseph Pédoya ; 64 J 23, fonds Claude Delpla, listes manuscrites de fusillés, abattus et morts en action. — Claude Delpla, Il y a 50 ans (21 et 22 août 1944) ... Bataille de Rimont et de Castelnau-Durban ... L’Ariège était libérée, Saint-Girons, Imprimerie Barat, 1994, 39 p. [p. 28]. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, 514 p. [p. 134, 159]. — André Laurens, Une police politique sous l’occupation La Milice française en Ariège 1942-1944, Nîmes, Lacour, 1997, 253 p. [p. 190, note 62]. — Élérika Leroy, Les résistants et l’épuration. Aspects de la répression contre les collaborateurs dans le Midi toulousain 1943-1953, Mémoire de maîtrise, dir. Pierre Laborie, université de Toulouse-Le Mirail, 1998, 200 p. [p. 54]. — Sites Mémoire des hommes et MemorialGenWeb consultés le 3 décembre 2020. — Courriel de Kaddour Allag (Archives départementales de l’Ariège), 3 décembre 2020.

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