DURIX Jean, Claudien

Par André Caudron

Né le 1er,octobre 1917 à Charlieu (Loire), mort le 3 février 1985 à Juvisy-sur-Orge (Essonne) ; maçon ; militant de la JOC (1933) et du syndicat CGT du bâtiment ; responsable de l’action catholique clandestine du secteur de Berlin (1943-1944) ; secrétaire général du MLO (1951-1966), directeur technique de VVF (1967-1979).

Fils d’un maçon et d’une couturière, Jean Durix, qui avait une sœur jumelle, travailla lui aussi comme maçon à l’âge de treize ans, malgré son peu d’attrait pour ce métier qu’exerçaient plusieurs membres de sa famille. « Chaleureux et gai », il faisait partie d’une société sportive, pratiquant gymnastique et basket, quand il entra à la JOC en 1933. L’année suivante, avec trois camarades et l’aide de l’abbé Verdellet, jeune prêtre de paroisse, il lançait la section jociste de Charlieu, bientôt rattachée à la fédération de Roanne (Loire). Il contribua à la création de cette fédération dont il fut l’un des responsables.

Il milita ensuite à Amiens pendant quelques années, prit sa carte au syndicat CGT du bâtiment et participa aux grandes grèves de 1936. Mobilisé en 1939, fait prisonnier par les Allemands, le caporal Durix se retrouva en 1940 au stalag III D, à Falkensee (Prusse). Il poursuivit son action dans les stalags en coordonnant, à Berlin, les Groupes d’amitiés, espaces d’entraide, de réflexion et d’actions, inspirés des principes de la JOC. Très réticent face aux « cercles Pétain » organisés dans les camps, il avait accepté néanmoins d’être transformé en travailleur civil, conformément au souhait de l’aumônerie clandestine. Il quitta le camp le 3 novembre 1943 pour assurer des responsabilités auprès des requis du STO, dans le mouvement d’action catholique du secteur de Berlin. Arrêté par la Gestapo le 25 septembre 1944, il fut transféré dans un autre stalag. Ses qualités d’entraîneur lui avaient valu d’animer les « groupes » inspirés par d’anciens jocistes et scouts. Figurant alors parmi les dix-huit militants capturés par la Gestapo, il fut envoyé en kommando disciplinaire puis transféré comme homme de peine à l’oflag de Lubeck.

Au printemps 1945, Jean Durix était de retour à Roanne. Le 27 juillet, il y épousa Anna Poux, modéliste dans une entreprise textile, qu’il avait connue à la JOC et dont il eut quatre enfants. Il milita au Mouvement populaire des familles (MPF), créé en son absence à partir de la LOC. La section de Roanne fut notamment à la pointe des services de machines à laver. Quand le MPF devint Mouvement de libération du peuple (MLP), il fut nommé membre de son comité national en décembre 1950. Peu après, avec sa compatriote Rosette Quiblier et les élus du Nord, il refusa de participer aux travaux de cet organisme et joua un rôle majeur dans la scission qui donna naissance au Mouvement de libération ouvrière (MLO).

Depuis son retour de captivité, il travaillait dans une entreprise du bâtiment de Roanne. Le Mouvement populaire des familles était devenu en 1950 le Mouvement de libération du peuple mais Jean Durix le quitta pour fonder le MLO. Il assura pendant quinze ans des responsabilités nationales dans cette organisation qui publiait le journal Vie populaire.

En 1970, le MLO allait fusionner avec le Centre de culture ouvrière pour se muer en Culture et liberté. Jean Durix était devenu directeur technique de VVF (Villages vacances familles) depuis 1967. Lors du congrès constitutif du MLO, tenu précédemment à Paris du 12 au 14 octobre 1951, il en avait été élu secrétaire général, fonction qu’il conserva pendant quinze ans. Orateur apprécié, sillonnant inlassablement le pays, il voulut engager son mouvement dans une « longue marche éducative » en veillant aux pratiques démocratiques et à la promotion humaine. Il mit en place une structure originale d’« adhérents collectifs », entourant le MLO d’une couronne de fédérations faites pour répondre aux aspirations diverses. Il était lui-même membre de l’équipe nationale des Associations populaires familiales (APF). En 1963, le MLO, agréé « d’éducation populaire », ajouta les stages de formation à la panoplie de ses moyens pédagogiques.

La question de la décolonisation préoccupait aussi vivement Jean Durix. Dès juin 1955, le MLO reconnaissait le droit des Algériens à l’indépendance et publiait l’année suivante un dossier sur la torture. Son siège, 15 rue de Chabrol dans le Xe arrondissement, fut plastiqué en 1960. Plus tard Jean Durix signa une lettre de chrétiens au président L.-B. Johnson contre la guerre du Vietnam, lettre publiée le 21 avril 1966 par Témoignage chrétien et Cité nouvelle.
Il était chevalier de la Légion d’Honneur (J.O. du 26 Mars 1978.

Jean Durix et sa famille avaient quitté Roanne, depuis 1958 pour Juvisy-sur-Orge. Le 2 janvier 1967, intéressé par le tourisme social, il devint directeur technique et des programmes de VVF (Villages vacances familles) dont le président était André Guignand* et qui totalisa bientôt soixante-cinq villages et gîtes. En 1970, Jean Durix, approuvant la fusion du MLO et du Centre de culture ouvrière, fut aussitôt nommé membre du conseil d’administration.

Sa retraite, survenue le 31 mars 1979, continua d’être active tant que sa santé le lui permît. À Juvisy-sur-Orge, il s’occupait d’une association locale de retraités, le club des Quat’saisons, et de la fédération des retraités de l’Essonne. Il fut appelé en 1983 au bureau du CODERPA (Comité départemental des retraités et personnes âgées). Dans sa commune, où une place et un espace culturel allaient plus tard porter son nom, il fut encore secrétaire général de l’Association pour la réhabilitation et l’amélioration de l’habitat (1979-1983) et trésorier de l’Atelier public d’aménagement (1980). De 1979 à 1983, il présida l’association Relais-Jeunes d’Athis-Mons (Essonne).

Membre du Parti socialiste, il ne prit pas le temps d’y militer.

La maladie de Charcot mit fin en juin 1983 à ce déploiement d’activités. Jean Durix subit avec courage la progression d’une paralysie qui devint totale. Il avait été, selon ses propres termes, « l’homme d’une seule femme, d’une seule foi, d’une seule solidarité ». Soigné à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il mourut le 3 février 1985 et ses obsèques eurent lieu à Roanne.
Il fut fait Chevalier de l’Ordre National du Mérite le 18 décembre 1974 et Chevalier de la Légion d’Honneur (J.O . du 26 mars 1978 ).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23507, notice DURIX Jean, Claudien par André Caudron, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 29 avril 2022.

Par André Caudron

Anna et Jean Durix lors de la remise de la Légion d’honneur à Jean Durix en 1978.

ŒUVRE : Jean Durix, directeur gérant de Vie populaire, bi-mensuel, et de la revue Études ouvrières, éditée par le Mouvement de libération ouvrière, publia de nombreux articles dans ces publications. — L’Algérien, cet homme, plaquette, 1957.

SOURCES : Jean Durix, Témoignages, brochure éditée par ses amis, 1985, 55 p. — Geneviève Poujol, Madeleine Romer, Dictionnaire biographique des militants, L’Harmattan, 1996. — Les Cahiers du GRMF, 4-6, 9-11, 13-15 (index), 1986-2006. — Sabine Rousseau, « Des chrétiens français face à la guerre du Vietnam (1966) », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 47, juillet-septembre 1995. — Notes de Bruno Duriez.

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