DUSSARTRE Jeannette [DUSSARTRE Marie-Jeanne, épouse CHARTREUX, dite]

Par Nathalie Viet-Depaule

Née le 11 mai 1923 à Limoges (Haute-Vienne) ; employée ; militante jociste, responsable fédérale (1942) puis permanente nationale (1944-1947) de la JOCF ; membre du bureau de la Haute-Vienne puis du bureau national du Mouvement de la paix ; déléguée régionale puis nationale des cadres CGT ; membre du comité fédéral du Parti communiste.

Née dans le quartier des Ponticauds dans une famille d’ouvriers en chaussure qualifiés, aînée de deux enfants, Jeannette Dussartre fit toute sa scolarité à l’école laïque. Ayant obtenu le brevet élémentaire en 1939, elle entra à La Fauvette limousine puis, comme jeune auxiliaire, aux Articles d’argent de Paris (ancêtres des chèques postaux) qui s’étaient repliés à Limoges à cause de la guerre et en repartirent dès la signature de l’Armistice. Après son licenciement d’une mégisserie où elle était employée, et quelques semaines dans une fabrique de produits de beauté, elle retrouva une place dans la fonction publique au service des statistiques.
Sa conversion au catholicisme, à l’âge de dix-huit ans, puis la découverte de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) infléchirent le cours de sa vie. Devenue responsable fédérale en 1942, elle eut désormais pour objectif de s’engager totalement, d’être « toute à tous, ne rien faire à moitié », écrit-elle dans son autobiographie, Destins croisés. Vivre et militer à Limoges, parue en 2004. Elle rompit ses fiançailles et accepta en 1944 de faire partie de l’équipe nationale de la JOCF dont le siège était à Courbevoie. Elle avait la charge de la région Centre, Haute-Vienne, Indre, Loir-et-Cher, à laquelle s’ajouta en 1946 la responsabilité d’une nouvelle structure, la Fédération nationale des jeunes travailleurs (FNJT). Ce cumul de mandats finit par ébranler sa santé et elle dut faire un séjour de convalescence dans une maison religieuse de Saint-Pélagiberg (Suisse), où elle rencontra René Delécluse*, permanent de la JOC. Leur inclination réciproque ne les détourna finalement pas de leur volonté de rester libres pour se consacrer à l’essor de la Jeunesse ouvrière chrétienne.
Jeannette Dussartre regagna Limoges en octobre 1947, bien décidée à poursuivre son engagement à la JOC. Mais, dès son retour, elle rencontra chez sa mère, membre du MPF dans la cité HLM des Coutures, l’équipe de mission ouvrière que Joseph Rousselot*, aumônier JOC et du MPF, avait mise en place grâce à son obstination auprès de l’évêque. Composée de prêtres et de jeunes femmes laïques, qui avaient fait le choix de devenir ouvrières, cette mission s’était implantée dans différents quartiers de la ville. Jeannette Dussartre trouva sa place dans l’équipe du Masgoulet-Coutures aux côtés d’Henri Chartreux*, prêtre-ouvrier, et de Paulette Morel*, revenue de Paris après un bref passage à la Mission de France féminine. Elle vécut de ménages, de services rendus aux uns et aux autres, se lia avec des chrétiens en recherche comme Jacques Dumas-Primbault* ou Jean Poublan*, responsable départemental de l’Union des chrétiens progressistes (UCP), qui se réunissaient autour de prêtres-ouvriers et assistaient aux rencontres animées par les dominicains Henri Desroche*, Marie-Dominique Chenu* ou Henri Féret*. Elle s’engagea au Mouvement de la paix (elle était membre du conseil communal de Limoges) et accepta de représenter en 1948 la Haute-Vienne au IIe congrès de la Fédération démocratique internationale des femmes à Budapest.
En 1949, son amie Lucienne Champion*, qu’elle avait connue au secrétariat général de la JOCF, la rejoignit à Limoges et s’intégra à l’équipe du quartier du Masgoulet-Coutures. Ensemble, elles participèrent à la campagne de signatures pour l’appel de Stockholm. Jeannette Dussartre, qui était devenue déléguée du Limousin, participa au IIe congrès mondial des Partisans de la paix en octobre 1950 à Varsovie. Elle poursuivit son militantisme pour la paix tout en mesurant progressivement la répression du progressisme chrétien. Très touchée par la crise des prêtres-ouvriers de 1954, voyant ses démarches pour trouver du travail se solder par des échecs, elle profita de l’examen ouvert d’employée de bureau pour entrer, en 1955, à la Direction régionale de la Sécurité sociale (DRSS), au service du personnel.
Ayant retrouvé un statut de salariée, elle ne se départit pas de son militantisme et rejoignit les structures syndicales de la CGT, devenant notamment déléguée du personnel du cadre C au plan régional et national. Elle continua jusqu’au délitement de l’équipe, en 1962, à faire partie des chrétiens du quartier qui se retrouvaient autour de la parution d’un bulletin, Libres rencontres, dont le premier numéro parut en 1959 et le dernier en 1961. Jeannette Dussartre militait au syndicat CGT de l’Union générale des fédérations des fonctionnaires, au Mouvement de la paix (membre du bureau du conseil départemental de la Haute-Vienne, puis du bureau national), contre la torture et pour la paix en Algérie (notamment au centre départemental de coordination des actions pour la paix immédiate) et au Parti communiste auquel elle avait demandé son adhésion (après la répression policière du 8 février 1962 de la manifestation contre l’OAS qui avait fait neuf morts au métro Charonne) pour « rejoindre ceux qui, sur le terrain, ne tirent de leur lutte aucun profit personnel ». Elle devint secrétaire de la cellule Lasvergnas en 1964 puis entra, l’année suivante, au comité fédéral. Elle fut de tous les combats politiques à Limoges, que ce soit pour la paix au Vietnam ou les campagnes électorales. En 1983, lorsque l’Institut régional CGT d’histoire sociale se créa à Limoges, Jeannette Dussartre en fit partie en tant qu’archiviste. En retraite à partir de 1984, poursuivant inlassablement ses engagements, elle rejoignit l’Union syndicale CGT des retraités et fut élue au conseil départemental.
Elle s’était mariée en 1976 avec Henri Chartreux, qui avait choisi en 1954 de ne pas quitter son emploi à l’Économat de la SNCF et avait mis fin à ses fonctions sacerdotales.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23537, notice DUSSARTRE Jeannette [DUSSARTRE Marie-Jeanne, épouse CHARTREUX, dite] par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : « Lulu », Limoges, Destins croisés, 1991, 76 p. — Destins croisés, Henri Chartreux, supplément au Cheminot limousin, 24, mai 1993, édité en collaboration avec l’Institut d’histoire sociale de la CGT. — Une cité et des hommes, 1er épisode : supplément au Cheminot limousin n° 35, 1995 ; 2e épisode 1998. — Le pays d’où je viens..., brochure à partir d’entretiens faits en 1986, 1989, 1995 de Marie Dussartre, née Roche, sd. — D’une rive à l’autre, brochure, 1998. — Marie, ouvrière en chaussures, brochure, 2000. — Destins croisés. Vivre et militer à Limoges, Karthala, 2004.

SOURCES : Arch. CAMT de Roubaix, 1991005/0018, 19930002-0003 à 0005, 1994005-22. — Jean Desailly, Prêtre-ouvrier. Mission de Paris 1946-1954, L’Harmattan, 1997. — Michel Fiévet, René Delécluse Routard de l’absolu, préface de Pierre Pierrard, postface de Jacques Delors, Bry-sur-Marne, La Toison d’or, 2004. — Correspondance avec Jeannette Dussartre-Chartreux.

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