MEUSNIER-DESSAIGNES Jean François Silvain

Par Gauthier Langlois

Né le 4 octobre 1807 à Montluçon (Allier), mort le 20 février 1868 à Monaco ; propriétaire à Néris-les-Bains (Allier) ; montagnard impliqué dans des insurrections républicaines de l’Allier en 1849 et 1851 ; proscrit exilé à Guernesey sous le Second Empire.

Son nom est orthographié suivant les sources Meunier-Dessaigne ou Meusnier-Dessaigne(s), son prénom Silvain, Sylvain ou Jean-Silvain. C’était le fils de Gilbert François Meusnier-Dessaignes (vers 1757-1830), notaire à Montluçon et de Catherine Marie Meillet. Il fit sans doute des études de droit pour suivre les traces de son père car il est qualifié plus tard, par sa veuve, d’ancien notaire. Mais sous la monarchie de Juillet il était propriétaire à Néris-les-Bains, station thermale voisine de Montluçon. Il y vivait en concubinage avec une ancienne modiste, de deux ans sa cadette, Jeanne Marie Juliette Brochaud, elle aussi originaire de Montluçon. Il régularisa sa situation en l’épousant, le 11 août 1841. À cette occasion le couple légitima leur quatre enfants nés hors mariage sous le nom de leur mère : François Silvain né en 1835, Marie-Caroline née en 1837, François Julien Hubert né en 1839, Michel Julien né en 1840. Par la suite naquirent encore deux filles : Anne Marie en 1844 et Marie Hortense en 1851.

Sous la Seconde République Silvain devint un proche des représentants Montagnards de l’Allier et était considéré par les autorités comme le principal chef des républicains de Montluçon et de son arrondissement. Il fut de plusieurs mouvements défendant la république démocratique et sociale dont l’insurrection paysanne de la Brande des Mottes : suite à la tentative de constitution d’un gouvernement provisoire par les députés montagnards, le 13 juin 1849, Philippe Fargin-Fayolle, dit Sommérat appela à Chapelaude (Allier) à prendre les armes. Le plan était de soulever et rassembler un maximum de paysans, de marcher sur Montluçon puis Paris pour apporter aux Montagnards l’appui de la province et défendre une République démocratique et sociale. Dans la nuit du 14 au 15 les insurgés firent sonner le tocsin dans plusieurs villages. Obéissant à ce signal leurs partisans se levèrent et entraînèrent avec eux de nombreux paysans qui formèrent deux colonnes et se dirigèrent vers le point de ralliement appelé la Brande des Mottes. Mais à l’annonce de l’échec des Montagnards les insurgés finirent par se disperser. Silvain, arrêté et emprisonné, comparut avec quarante-deux co-accusés, dont Victor Vincent dit Bizet, devant la cour d’assise de Riom (Puy-de-Dôme). Tous furent acquittés sauf leur chef Sommerat qui fut condamné à 5 ans déportation à Belle-Île.

En 1851 il fut condamné pour sa participation à l’insurrection de Commentry. Celle ci-était décrite ainsi par le procureur de Riom : « Le 7 octobre 1851, l’exécution d’un mandat d’arrêt contre un nommé Martin, impliqué dans la procédure relative au banquet donné le 5 du même mois au représentant Sartin, souleva à Commentry, arrondissement de Montluçon (Allier), un attroupement de douze cents ouvriers qui attaquèrent la gendarmerie. Cette rébellion, qui, le lendemain 8, s’attaqua aux magistrats venus sur les lieux pour instruire, ne céda qu’à l’arrivée de nombreux renforts de troupes. »

Absent à la naissance de sa fille Marie-Hortense, le 20 novembre 1851, il était sans doute en prison ou plus probablement en fuite.

Suite au coup d’État du 2 décembre 1851, il fut condamné à « Algérie plus », c’est à dire à la déportation dans un bagne algérien. La Commission mixte de l’Allier motiva cette décision par le commentaire suivant : « Conspirateur émérite. Condamné dans l’insurrection de Commentry. Principal chef de Montluçon. Suffit à lui seul pour pervertir et soulever un arrondissement »>.

Cependant, son dossier de pension indique qu’il s’était exilé volontairement à Guernesey ce qui suppose qu’il s’était enfui. Il revint sans doute en France après l’amnistie de 1859 et s’installa probablement à Paris où sa famille résidait dans les années 1860-1870. Il mourut à Monaco où il effectuait sans doute une cure. Sur son acte de décès il est qualifié d’homme de lettres. Comme on ne connaît aucune œuvre sous son nom, il avait du écrire sous un pseudonyme ou dans des journaux.

Son épouse Marie Juliette et sa fille cadette Marie-Hortense habitaient à Paris dans les années 1870. La fille se maria, le 7 juin 1877 à Paris (XXe arr.) avec Étienne Élisée Sagnol, pasteur protestant. La mère, au titre de veuve de proscrit, obtint une pension de 200 francs suite à la loi de réparation de 1881. Elle s’installa alors en banlieue parisienne dans une petite maison qu’elle louait rue Saint-Denis à Courbevoie. Elle y vécut modestement de sa pension et de l’aide de sa fille Marie-Hortense et d’un de ses fils. Elle n’avait plus alors de nouvelles de ses quatre autres enfants, dont l’un, marin, était sans doute mort en mer. Vivant isolée, elle fut victime d’une bande de voleurs qui l’assassinèrent le 14 janvier 1891. L’affaire fit la une des journaux en raison du caractère sordide du crime, de la modestie de la somme volée et de la jeunesse des principaux accusés. Les journaux rappelèrent à cette occasion les malheurs qui avaient déjà frappé la famille : l’assassinat impuni de la mère et de la tante de la veuve près d’un demi-siècle plus tôt dans l’Allier, la disparition de certains de ses enfants, l’exil de son mari suite au coup d’État.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235381, notice MEUSNIER-DESSAIGNES Jean François Silvain par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 24 décembre 2020, dernière modification le 24 décembre 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives de l’Allier, Acte de naissance, Acte de naissance de l’épouse, Acte de mariage. — Archives de Monaco, Acte de décès. — Archives nationales, BB/30*/402/1 ; F/7/*/2592 ; F/15/3979 (dossier de pension). — Iouri Tchernoff, Associations et sociétés secrètes sous la deuxième république, 1848-1851, Paris, F. Alcan , 1905, p. 364. — Geneanet. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Meunier-Dessaigne - Jean Sylvain », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — L’année criminelle, 1891.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément