LEVALTIER Marcel alias Pierre

Par Eric Panthou

Né le 3 septembre 1894 à Caluire-et-Cuire (Rhône), mort en déportation le 25 février 1945 à Hambourg (Allemagne) ; agent de maîtrise chez Michelin ; secrétaire du syndicat CGT de la maîtrise ; résistant ; déporté.

Fils d’Adrien Louis et de Jeanne Tissier, Marcel Levaltier se maria le 26 janvier 1924 à Marseille (Bouches-du-Rhône) avec Élise Jeanne Alasia.
Il fut incorporé dans l’armée en septembre 1914, réformé en janvier 1915 pour myopie forte et surdité. Il était lors de son incorporation mécanicien-tourneur.
Il devint agent de maîtrise chez Michelin à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) à une date qu’on ignore.

Il se syndiqua à la CGT au moment des grèves avec occupation de juin 1936 qui constituèrent chez Michelin un véritable bouleversement puisqu’aucune grève n’avait eu lieu ici depuis 1920. La grève déboucha non seulement sur un puissante section ouvrière forte de bientôt 6000 adhérents fin 1936 mais aussi sur la création d’une section des agents de maîtrise, agents techniques, dessinateurs et employés dont Marcel Levaltier devint le secrétaire. La section ouvrière et des agents de maîtrise relevaient du syndicat unique des produits chimiques de Clermont et environ, réunissant d’autres sections syndicales comme Bergougnan notamment.
Pour la direction Michelin mais aussi pour la population clermontoise et les ouvriers Michelin, le fait qu’une partie des techniciens, agents de maîtrise et plus encore d’ingénieurs fasse grève ou se regroupe à la CGT constitue un choc ou une très grande surprise.
La section ouvrière était aux mains des militants communistes, ce qui n’était pas le cas de la section des agents de maîtrise. La presse ne fit pas état de tensions ou conflits entre les deux sections, ce qui n’était pas le cas avec le syndicat des techniciens CGT contrôlé par le militant pivertiste Pierre Bernard. Ici, contrairement à Paris, les techniciens n’ont pas tous rejoints la fédération d’industrie et donc n’ont pas tous intégrés le syndicat des produits chimiques.
Mais début 1937, Hélène Marret, déléguée ouvrière CGT Michelin écrit au secrétaire de la section ouvrière, Robert Marchadier, où elle signale que les agents que la maîtrise, chefs d’ateliers et moniteurs, pourtant adhérents à la CGT « nous tire dans les jambes tant qu’elle peut ». Seul Levaltier, secrétaire de la section Maîtrise, est considéré comme sincère selon elle.

Levaltier fut la principale figure de la CGT non ouvrière chez Michelin de 1936 à la guerre. Il représenta la section des agents de maîtrise au moment des conflits ou dans les négociations. Ce fut le cas après une grève générale en septembre 1936 entraînant en réaction l’occupation de la préfecture par les non grévistes menés par des Croix-de-Feu et futurs cagoulards. Levaltier fit partie de la délégation reçue le 9 septembre 1936 mettant fin au conflit. Il siègea à la commission départementale de conciliation aux côtés de 4 autres représentants ouvriers CGT chimie.
Le 22 octobre 1937, il fait partie des signataires de la convention collective de travail pour l’industrie du caoutchouc de Clermont-Ferrand. Il signe pour la section CGT Michelin, agents de maîtrise, agents techniques, dessinateurs et employés, aux côtés de Chassagne, Rivallier, Sautarel et Viallis.

Au congrès UL du 18 juillet 1937 le syndicat des produits chimiques représente 11000 des 3000 adhérents mais n’a droit qu’à 5 siège sur 40. Levaltier est élu à cette Commission administrative aux côtés d’Antoine Prugne, Joseph Mazuel de chez Bergougnan, Vedeux et Robert Marchadier.

En janvier 1938 se tient selon la CGT "La grandiose assemblée générale des syndiqués des usines Michelin” où pour la 1ére fois ouvriers et agents de maitrise et employés sont réunis dans une même AG. La section ouvrière est forte de 7781 cartes distribuées depuis le début de l’année. Levaltier intervient au nom de la maîtrise. Levaltier est encore le seul employé présent aux côtés de 4 ouvriers reçus le 18 janvier 1938 par la direction Michelin suite à la découverte du scandale de la Cagoule qui éclabousse la famille Michelin. "Est-il exact que vous ayez versé 10 millions au CSAR ? Est-il exact que la Maison Michelin ait coopéré dans ses usines à la formation des groupes d’auto-défense ?

Lors du Congrès des Syndicats des Produits chimiques de Clermont-Ferrand début février 1938, Levaltier insiste sur l’union étroite entre ouvriers et collaborateurs, indiquant que les ex CFTC rejoignent nombreux la CGT. Il dénonça la semaine suivante la prétention de la direction Michelin, via Morisot, à imposer le syndicat professionnel français à discuter du contrat collectif des collaborateurs des produits chimiques. Lors du 14ème congrès national de la fédération des produits chimiques, il préside l’une des séances en avril 1938.

La rupture avec la section ouvrière intervient au moment du pacte germano-soviétique. Lors du conseil syndical de la CGT Michelin le 15 octobre 1939, Levaltier, qui est devenu secrétaire général, reçoit l’approbation unanime des présents pour la position personnelle qu’il a prise lors de la réunion commune de la Commission exécutive de l’UD et de la commission administrative de l’Union Locale du 6 octobre. Ce jour là, l’instance a condamné le pacte germano-soviétique. Levaltier reçoit par là-même le soutien de Syndicats, l’hebdomadaire de la tendance anticommuniste menée par René Belin.

Avant de rejoindre la Résistance en 1944, Levaltier a soutenu la Charte du Travail et fut élu le 3 août 1941 lors de sa réunion constitutive au bureau du groupe des Amis de "Au Travail !", le journal des syndicalistes appuyant René Belin ; preuve une nouvelle fois que le « double jeu » chez certains syndicalistes ne signifiait nullement approbation de la politique vichyste .

Il rejoignit le Réseau NAP (noyautage des administrations publiques) puis les FFI à compter du 1er mai 1944. Il habitait alors 1 rue des Jacobins à Clermont-Ferrand. Il fut arrêté le 31 mai 1944 et déporté par le convoi du 28 juillet 1944 au départ de Compiègne à destination du camp de concentration de Neuengamme ; Matricule 39912. Il fut ensuite affecté au Kommandos d’Hamburg-Blohm et Voss (travaux de déblaiement et de constructions navales).

Il a été reconnu Mort pour la France, - Mention « Mort en déportation » arrêté du 12/12/1994, homologué forces françaises combattantes (FFC), déportés et internés de la résistance (DIR). Il a été homologué forces françaises de l’intérieur (FFI) pour la période du 1er au 31 mai 1944. Il a reçu la Médaille de la résistance (JO 21/09/1960).
Son nom figure sur le Tableau commémoratif de la Confédération Générale du Travail et sur la plaque commémorative déportés de Neuengamme à Clermont-Ferrand. Sa tombe se situe à la Nécropole Nationale "Le Struthof" à Natzwiller (Bas-Rhin).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235383, notice LEVALTIER Marcel alias Pierre par Eric Panthou, version mise en ligne le 10 décembre 2020, dernière modification le 10 décembre 2020.

Par Eric Panthou

SOURCES : AVCC Caen, AC 21 P 477 040, dossier Marcel Levaltier (nc). — SHD Vincennes GR 16 P 369134, dossier Marcel Levaltier (nc). — “Les Amis de Au Travail. Clermont-Ferrand”, Au Travail !, n°38, 23 août 1941. — L’Action, journal de la CGT Michelin, n°9, juillet 1937. — Historique de l’organisation syndicale, [1951], p. 2. Archives Henri Verde, section C.G.T. Michelin. — Archives Robert Marchadier, conservée par Eric Panthou. — “Michelin à Clermont-Ferrand”, Syndicats, 30 novembre 1939. — La Montagne, 17 janvier 1938. — “Union des syndicats du Puy-de-Dôme”, Syndicats, 12 octobre 1939. — L’Humanité, 15 avril 1938 . — Journal officiel de la République française, 5 août 1939. — FMD. — Arch. dép. du Rhône, 1 RP 1210. Registres matricules - Registre matricule n° matricules 1001-1500-Lyon Central. Certification de validation des services, campagnes et blessures des déportés et internés de la résistance, fiche de Marcel Levaltier (en ligne). — Idem. Certificat d’appartenance aux FFI pour Marcel Levaltier (en ligne). — MémorialGenweb.

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