LASSALAS Ernest, Auguste [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 8 avril 1860 à Paris (IVe arr.) ; mort le 29 avril 1941 à Paris (XIXe arr.) ; menuisier, ébéniste ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Ernest Lassalas se maria le 11 août 1883 à Paris (XIe arr.) avec Sophie Dret.
Depuis la mi-1891, il occupait, au numéro 38 rue de la Compans, un petit logement de deux pièces, situé au troisième étage d’une « dépendance » isolée, tout au fond d’un long jardin. Il était marié et père de cinq enfants, — un garçon de trois ans et quatre fillettes dont l’aînée avait neuf ans et demi en 1894.
En 1893, revenant de Londres, Ernest Lassalas avait participé à l’été à la campagne abstentionniste lors des élections législatives.
Le 2 septembre 1893, il assistait une réunion publique au préau de l’Ecole, rue Ramponeau, tenue à l’occasion de cette campagne. La police signalait que pendant cette assemblée, avec les frères Wagner, Barthélémy et Guillemard, il était allé coller de nombreux manifestes des dynamiteurs et du Père Peinard dans les XIX et XXème arrondissements. Lassalas aurait ramené de Londres, 500 « Manifestes des dynamiteurs » qu’il affichait partout avec les frères Wagner, Mürch et Alban.
Le 24 septembre 1893, il assistait à une soirée familiale, rue des Abbesses, parmi une trentaine d’anarchistes.
Il figurait sur une liste d’anarchistes du 18 décembre 1893, avec cette note : « Grand ami de Francis, a fait avec lui un récent voyage à Londres. Anarchiste militant. » Cela lui valut d’être sur une liste d’anarchistes résidant à l’étranger.
On le trouvait également sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893.
Lassallas exerçait le métier de menuisier. Il avait travaillé chez différents patrons, mais toujours très régulièrement. Depuis la mi-décembre 1893, il était sans ouvrage. Sa femme, malgré ses nombreuses occupations, travaillait à la maison pour une fabrique de brosserie.
Le 1er janvier 1894, à 5h1/4 du matin, il avait été arrêté au 38 rue Compans, lors d’une rafle suivant l’attentat d’Auguste Vaillant à la Chambre des députés. Mme Lassalas, interrogée par la presse, fit le récit de l’arrestation de son mari : « Je ne sais pas pourquoi ils ont arrêté Ernest, nous dit-elle tristement. Que peut-on lui reprocher ? Il doit y avoir erreur. D’ailleurs, j’ai l’espoir qu’ils me le ramèneront demain. Ils me l’ont promis. Et répondant à nos questions : Jamais mon mari ne s’est occupé de politique il a toujours travaillé avec énergie et rentrait très régulièrement à la maison. Le samedi soir seulement, il allait « faire sa partie » au cabaret du coin. C’était sa seule distraction. Le commissaire de police a paru étonné de trouver ici un ou deux numéros de la Révolte, et du Père Peinard. Ernest aime beaucoup lire et il lui est arrivé d’acheter ces journaux-là, mais il leur préférait le supplément du Petit Parisien. » Lassalas avoua qu’il était en relation avec le comité anarchiste de Londres et était inculpé d’association de malfaiteurs.
Son arrestation plongea sa famille dans la misère, comme le raconta La Gazette : « Lassalas laisse malheureusement une femme et cinq enfants, dont l’aîné n’a pas neuf ans, que son arrestation a plongés dans la plus profonde misère. Avant-hier, toute la famille qui n’avait pas mangé depuis vingt-quatre heures se présentait chez M. Amat, commissaire de police du quartier et la femme Lassalas lui faisait part de sa détresse. Le commissaire de police n’ayant aucun fonds disponible pour secourir les indigents les renvoya à la mairie. Là, la femme Lassalas assura que non seulement, au bureau de l’Assistance on ne lui a rien donné, mais qu’elle a été brutalement mise à la porte. En attendant que l’Assistance dite publique veuille bien « assister », la commissaire s’est adressé à son chef hiérarchique, le préfet de police, qui a empêché toute la petite famille de mourir de faim en envoyant un premier secours. »
Il fut relâché le 13 janvier 1894.
Il était de nouveau arrêté le 4 mars 1894. Lors de cette dernière arrestation, le bijoutier Eugène Margaret qui était présent, avait injurié les agents et avait crié "Vive l’anarchie !", il avait également été appréhendé. Lassalas avait été libéré le 9 mars.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894, avec la mention « dangereux ».
Le 29 avril 1895, l’indicateur Bornibus notait que Lassalas, Guillon et Paul Menier prenaient pension dans un restaurant, marchand de vins, rue Lepic, en face de la rue des Abbesses. De nombreux autres compagnons y prenaient leur repas.
Le 6 mai 1895, Bornibus précisait que Lassalas avait pour maîtresse une sage femme, Mme Navau, demeurant 22 rue Custine, qui était « entretenue » par un vieux propriétaire du Mans. Il s’agissait de l’une des sœurs Navau. L’autre sœur était la compagne de Guillon.
Le 16 mai 1895, selon Bornibus, Lassalas prétendait que les agents de police allaient jusque chez sa maîtresse, rue Coustou.
Le 27 mai 1895, énervé de se voir surveillé par deux agents en civil, il avait frappé l’un d’eux. Amené au commissariat il avait accusé l’agent de l’avoir insulté et frappé - faits confirmés par les compagnons Guillon et Pegon qui l’accompagnaient - tandis que le commissaire affirma qu’il ne s’agissait pas d’un agent mais d’un simple quidam et qu’ils avaient de la chance de ne pas être tombés sur la police « qui leur auraient brûlé la cervelle ». Guillon aurait répondu : « Vous viendrez dans la rue m’insulter grossièrement et vous verrez si j’hésiterais à en faire autant, quant à des revolvers, ceci n’est pas fait pour nous effrayer. »
Lassalas travaillait à cette époque dans l’atelier de Pégon.
Le 30 juin 1895, Lassalas annonça que l’affaire de coups pour laquelle il avait été conduit au commissariat de police, n’aurait pas de suite. Le 30 même jour, Mme Navau avait accouché d’un petit garçon, déclaré sous les prénoms de Emile Henry.
Le 14 juillet 1895, Lassalas ne travaillait plus chez Pégon, rue Coustou. Guillon y était toujours. Guillon ne vivait plus avec Mme Navau, la sœur de la maîtresse de Lassalas. Il avait pour nouvelle compagne la belle sœur d’un concierge de la cité Véron.
Le 11 novembre 1895, Lassalas ne travaillait pas, il fréquentait toujours Mme Navau, rue Custine et cherchait « par tous les moyens possibles à vivre à ne rien faire » selon Bornibus. Sa maîtresse se prétendait très habile pour les avortements et affirmait qu’elle ne refuserait plus de les pratiquer pour se procurer des ressources.
Le 16 février 1896, Lassalas assistait avec sa compagne Mme Navau à une conférence de Barrucand à la salle Coquet, boulevard de Clichy, sur le pain gratuit. Il travaillait de nouveau chez Pégon.
Le 10 avril 1896, l’indicateur Coste notait que deux permanences étaient tenues durant la période électorale, une 10 rue Coustou où travaillait Lassalas et l’autre chez Constant Martin, 4 rue Joquelet. Les compagnons qui avaient quelques remarques à faire au sujet du manifeste que le groupe de Montmartre avait l’intention de publier, pouvaient s’adresser à une des permanences.
Sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1896, il était toujours considéré comme « dangereux » et habitait 27 rue des Fêtes. Sur celui de 1901, il demeurait 12 rue des Lilas.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°304.299.
A la fin de sa vie, il demeurait 82 rue de la Villette.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235480, notice LASSALAS Ernest, Auguste [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 12 décembre 2020, dernière modification le 12 décembre 2020.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
Le Père Peinard 21 janvier 1894 — Archives Nationales F7/12507 et 12508 — Archives de la Préfecture de police Ba 78, 80,1500, 1509 (anarchistes résidant à l’étranger) — Notice Ernest Lassalas du Dictionnaire des militants anarchistes — Le Radical et L’Intransigeant 4 janvier 1894 — Le Petit Parisien 14 janvier 1894 — Le Gaulois 15 janvier 1894 — Le Petit journal 5 mars 1894 — Le Radical 6 mars 1894 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Archives de Paris. Etat civil.

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