JOSSE Alice, Marie

Par Alain Prigent

Née le 6 octobre 1913 à Pédernec (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor) ; décédée le 23 août 1999 à Guingamp (Côtes d’Armor) ; employée de bureau ; proche du PC clandestin dans les Côtes-du-Nord en 1943 ; en lien avec Libération-Nord Bretagne en 1944.

Alice Josse était la fille de Francine Le Bras, couturière née le 25 février 1890 à Pluzunet, et Olivier Marie Josse, marin-pêcheur né le 6 décembre 1883 à Pabu. Après le décès de son père en février 1919, elle fut adoptée « pupille de la Nation », ainsi que son frère Roger et sa sœur Marie, par décision du Tribunal de Guingamp le 12 juin 1919. Sa mère, femme de ménage, s’installa depuis le début des années 30 dans le quartier de Saint-Jean en Grâces (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor), aux portes de Guingamp, avec les autres membres de la fratrie : Roger, né le 16 octobre 1915 à Guingamp, et Marie, née le 18 décembre 1916 à Guingamp. Selon son témoignage écrit, cité par le Centre culturel breton, Francine Josse couturière de formation, travailla dans divers hôtels de la côte à Saint-Malo avant son mariage. Après six ans de mariage, son époux Olivier, marin pêcheur, disparut en mer ─ son décès fut déclaré « constaté » par le Tribunal de La Rochelle le 1er septembre 1920 (Y. Toudic était inscrit au quartier maritime de Paimpol, N° 26154).
Veuve depuis le 22 février 1919, Francine Josse confia ses enfants à leur grand-mère, Marie, Louise Féjean, épouse Le Bras, ménagère à Pédernec, et partit, comme beaucoup de costarmoricains à Jersey où elle fut employée aux cultures saisonnières afin de subvenir aux besoins de la famille. Elle vivait avec ses trois enfants au début des années 30 dans le quartier de Saint-Jean en Grâces (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor), aux portes de Guingamp où elle travaillait comme femme de ménage.
Alice Josse était employée de bureau chez Capitaine à Guingamp en 1936. Elle fut en contact, dès l’automne 1939, avec Jean Devienne, militant de la SFIO, mobilisé à Guingamp, futur responsable du Front National, qu’elle avait rencontré dans le mouvement des auberges de jeunesse. Sa mère hébergea en 1942 les principaux responsables du PC clandestin, en particulier Louis Pichouron, pendant près de deux mois, et Marie Miry pendant trois semaines. Après la traîtrise de Renard, Francine Josse et sa fille Alice furent arrêtées le 19 août 1943, à onze heures du soir, par la SPAC (section de protection anticommuniste) dans le cadre d’une très vaste opération de démantèlement de l’organisation clandestine du PC clandestin. Incarcérée place de la Grille à Saint-Brieuc, Alice Josse fut relâchée trois semaines plus tard le 6 septembre 1943. La dizaine de femmes arrêtées dans cette affaire fut transférée à Rennes et à Angoulême avant d’être déportée le 13 mai 1944. Francine Josse fut enregistrée sous le matricule 38 894. Après une période de quarantaine, elle fut maintenue au camp où elle fut assassinée par gazage le 25 mars 1945 à Ravensbrück.
A sa sortie de prison Alice Josse fut embauchée chez Mathurin Branchoux à Guingamp comme secrétaire de bureau. Sans être formellement membre du réseau Libération Nord Bretagne, puis de l’AS (Armée secrète) que dirigeait M. Branchoux, elle aida ce dernier lors des perquisitions effectuées par les troupes d’occupation les 3 mai et 21 mai 1944 ─ en dissimulant des pièces compromettantes (Attestation de M. Branchoux du 3 août 1947).
A la Libération, en juin 1946, elle s’occupa du dossier de sa mère afin d’obtenir la régularisation de l’Etat-civil pour un « non-rentré » et la reconnaissance de la mention « Morte pour la France » (obtenue en octobre 1946). Un peu plus tard elle fit toutes les démarches pour que sa mère obtienne à titre posthume le statut de déportée résistante (reconnaissance fin juin 1955 : carte 2.00425960).
En 1951 Alice Josse engagea des démarches pour faire reconnaitre son activité d’internée résistante. L’enquête de gendarmerie montra, au début du mois d’avril 1951, le cloisonnement des structures de la Résistance guingampaise. Si André Le Guen, commerçant à Grâces, connaissait l’activité de résistance de leurs voisines, André Le Cun, pharmacien à Guingamp, membre du CLL (Comité local de Libération) et Jean Dathanat (Armée secrète), commerçant à Pabu, ignoraient totalement leur engagement.
En août 1963, domiciliée Cité Gourland à Guingamp, elle dépose un dossier afin d’obtenir une indemnisation pour persécution perpétrée par le régime national-socialiste allemand. En octobre 1973, elle réitère sa démarche auprès du Ministre des anciens combattants pour obtenir la carte d’internée résistante ouvrant de droits pour bénéficier d’un retraite anticipée. Employée aux établissements Guinde à Ploumagoar, elle sollicite en 1975 l’intervention des déportés communistes de Guingamp : Isabelle Duchemin et Ferdinand Omnès. Quelques temps plus tard elle s’adresse à Mme Giscard d’Estaing (2 mai 1975). Le 7 juillet 1978 un avis défavorable à l’attribution du statut d’interné résistante lui est adressé au motif que la durée durant laquelle elle a été internée est inférieure à trois mois. Elle fera ensuite intervenir le député socialiste Maurice Briand en 1982 sans succès.
La rue où Francine Josse et Alice Josse furent arrêtées est désormais dénommée Rue Francine Josse. Cette rue se trouve à trois cents mètres du stade de l’EAG (En Avant de Guingamp).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235557, notice JOSSE Alice, Marie par Alain Prigent, version mise en ligne le 13 décembre 2020, dernière modification le 13 décembre 2020.

Par Alain Prigent

Sources :
Arch. dép. Côtes d’Armor, 1043W32 ; ─État-civil des Côtes-du-Nord (naissances en ligne 1913) ; listes nominatives en ligne (1931 et 1936). ─Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 213W68, dossier de la Cour de Justice de Rennes, Procès Léon Renard, juin 1946 ; ─ Témoignage écrit par sa fille Alice Josse cité par le Centre culturel breton ; ─ Service des Archives de la Déportation à Caen, dossiers Francine Josse (AC 21 P 466 146) et Alice Josse (21 P 577 338) transmis en novembre 2020 par Tom Durand, descendant de la famille Josse. ─Bulletin municipal de Grâces, N°49, août 2015 (Reprise de la notice du Maitron) ; renseignements transmis par la mairie de Grâces.
─Christian Bougeard, Le choc de la deuxième guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’Etat, Rennes II, 1986 ; ─Marie Pierre et Pierre Klein, Les déportés des Côtes-du-Nord, livre mémorial, 2007 ; ─Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan Breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969 ─Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000 ; ─Alain Prigent, La SPAC contre le PCF clandestin, Les Cahiers de la Rés istance Populaire dans les Côtes-du-Nord, N°6/7, 1998.
─ Photo, Service des Archives de la Déportation à Caen.
─ Notes de Serge Tilly.

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