MOREU Marcel, André [pseudonyme dans la Résistance : Benoît]

Par Jean-Marie Guillon

Né le 31 octobre 1918 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 12 juillet 2011 à Beaurecueil (Bouches-du-Rhône) ; tailleur ; communiste ; résistant.

Marcel Moreu
Marcel Moreu
Photographie anthropométrique, 4 décembre 1941

Fils d’André Moreu et de Blanche Cordier, il était l’ainé des cinq enfants de la famille. Son père, décorateur étalagiste, aurait assuré aussi la gérance d’un café, mais, en 1941, le couple tenait une teinturerie dans le quartier d’Endoume. Nicolas Terrana, de Marignane, militant de la Jeunesse communiste (JC), qui était en liaison avec René Moreu, responsable départementale la JC, et fréquentait la famille, affirme que les parents avaient un magasin de tailleur pour hommes, boulevard Bompart, près de la place Saint-Victor. Il s’agit peut-être d’une confusion avec l’atelier de Marcel Moreu qui exerçait effectivement comme tailleur. Son frère René Moreu était l’un des responsables départementaux de la JC. Marcel affirma qu’il n’y militait pas, mais la police trouva chez lui trois ouvrages « marxistes » (dont le titre n’était pas indiqué). Il entretint des relations avec Nicolas Terrana alors qu’il était mobilisé comme tailleur pendant la guerre à la base aérienne de Marignane. Il s’était marié à Marseille le 29 avril 1939 avec Georgette Richiardone et était père de deux enfants lorsqu’il fut le arrêté le 12 novembre 1941. Il habitait alors chez ses beaux-parents, quartier Montolivet. Son pseudonyme, Benoît, et sa fonction de responsable départemental de l’appareil technique furent repérés en mars 1941 lorsque la direction clandestine de la JC fut décapitée par la répression, mais il ne fut pas alors identifié. C’est lors d’un interrogatoire que l’un des inculpés lâcha que Benoît était le frère de René Moreu, qui, lui, avait été arrêté en janvier à Nice avec Edgar Manguine et qui avait été condamné à trois mois de prison. Marcel Moreu fut arrêté fin octobre ou début novembre 1941. Dans son interrogatoire, il minimisa son engagement en affirmant qu’il n’était entré à la JC qu’après l’arrestation de son frère et en réaction à celle-ci. Il aurait été sollicité par Jean-Louis Guillaume qui avait succédé à Pierre Georges à la tête de l’organisation, et par Albert Mencarelli, mais son rôle se serait borné à acheter à deux reprises du papier – dix kilos – à l’imprimerie du Petit Marseillais, fin mars, à se procurer de l’encre et à aider Charles Mattmuller, cordonnier, son agent de liaison, à déménager la ronéo chez Charles François. Il aurait cessé toute activité après les arrestations opérées peu après. Son affaire étant instruite par le tribunal maritime de Toulon, il fut écroué dans la prison maritime de cette ville, inculpé d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État et jugé le 5 décembre 1941. Il fut condamné à quinze ans de travaux forcés et dix ans d’interdiction de séjour. Il resta à la prison de Toulon jusqu’au 15 octobre 1943. Il était en cellule avec deux autres communistes marseillais, louis Scotto di Rinaldi et Paul Deguihem. Ils furent transférés à la centrale d’Eysses (Lot-et-Garonne) où il était employé comme tailleur. Avec les autres prisonniers d’Eysses, ils furent déportés en Allemagne, via le camp de Compiègne d’où ils partirent le 18 juin 1944. Marcel Moreu fut envoyé au camp de Dachau, kommando de Blaichah (Bavière) qui travaillait pour BMW. La date de son retour n’est pas connue, son nom n’apparaissant dans le livre-mémorial de la Fondation de la Déportation.
Il avait été dénoncé nommément avec son pseudonyme Benoît et son appartenance à la JC dans une édition spéciale de Rouge-Midi de juillet 1942 avec d’autres militants liés ou soupçonnés d’être liés au groupe dissident de Joseph Pastor comme Lucien Nédélec*. Il lui était reproché une "grave faute d’indiscipline" et "une tentative d’escroquerie se couvrant d’un soi-disant mandat du CC."

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235560, notice MOREU Marcel, André [pseudonyme dans la Résistance : Benoît] par Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 13 décembre 2020, dernière modification le 4 avril 2021.

Par Jean-Marie Guillon

Marcel Moreu
Marcel Moreu
Photographie anthropométrique, 4 décembre 1941

SOURCES : SHD Toulon, registre d’écrou de la prison maritime 90 162. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 1260 W 1. — Site de l’Amicale d’Eysses (Eysses. fr) sous le nom erroné de Moreau. — Site Mémoire des hommes SHD Vincennes GR 16 P 430932 et Caen AC 21 P 601216 (à consulter). — Nicolas Terrana, Marignanais d’adoption, Français de cœur, souvenirs des années terribles, la Résistance et la déportation, Paris, Éditions des Écrivains Associés, 1998. — SHD, Vincennes, GR 16 P 430932 (nc). — AVCC, Caen, AC 21P 601216 (nc).

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