BERNARD Antoine, Edmond

Par Eric Panthou

Né le 18 mai 1899 à Saint-Vallier (Saône-et-Loire), mort début mars 1950 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; ouvrier Michelin puis manoeuvre ; militant syndical, délégué CGT ; membre du Parti communiste (PCF) ; résistant au sein du Front National (FN) ; interné.

Fils de Joseph, employé de chemin de fer puis mineur, et d’Alphonsine, née Bardy, Antoine Bernard était marié depuis le 17 mai 1931 avec Jeanne Coudarcher. Le couple était sans enfant et habitait 2 rue Meissonnier puis 10 rue Saint Cirgues à Clermont-Ferrand. Il était pensionné de guerre à 10% et détenteur de la médaille coloniale.
Ouvrier Michelin depuis 1922 il avait pris sa première carte syndicale alors qu’il était mineur de fond à Auzat-sur-Allier (Puy-de-Dôme).
Chez Michelin, il adhéra à la CGTU, alors clandestine, puis à la CGT réunifiée à l’automne 1935 ouis au PCF en janvier 1936. Il fut élu délégué de l’atelier Z en 1937, réélu en 1938 et 1939. En décembre 1939, comme la majorité des autres délégués membres de la section Michelin du syndicat des Produits chimiques, il a refusé de répondre au questionnaire UD en décembre 1939 demandant aux délégués CGT Michelin de dénoncer le pacte germano soviétique et déclarant ne jamais avoir été membre du PCF. Le syndicat fut à la suite de ce vote dissout.
Il ne travaillait plus chez Michelin en 1940, sans doute renvoyé fin 1939 ou début 1940 comme plusieurs dizaines d’autres ex cadres syndicaux ou militants communistes. Il fut embauché alors comme manoeuvre à la Société des Brevets du Centre, rue des Portes d’argent, à Clermont-Ferrand.
Le 16 décembre 1940, il fut proposé comme individu pour une mesure d’internement dans un camp surveillé par commissaire au préfet après examen approfondi de son action. Il faisait partie de la liste de personnes faisant de la propagande communiste à Clermont-Ferrand remise la veille au commissaire par un informateur. Toutes mériteraient d’être internées selon cette personne. Mais la mesure ne fut pas mise en application.
Membre du Parti communiste clandestin, il fut parmi les premiers à réorganisé le Parti localement. Il était considéré comme le contact à Clermont-Ferrand fin 1940 d’[Étienne Néron123856], le responsable département du Parti durant cette période. Antoine Bernard était le responsable de la diffusion de L’Humanité clandestine et de toute la presse et littérature clandestine du Parti.
Son arrestation intervint quelques semaines plus tard, le 22 février 1941, suite à une longue enquête sous la direction du commissaire spécial, M. Fritz, sur la propagande communiste dans le secteur de Clermont-Ferrand.
Il fut inculpé et écrou pour reconstitution de parti dissous et détention et distribution de tracts communistes. Il avait remis une dizaine de fois 5 à 6 paquets de tracts communistes à Marcel Floret, selon les aveux d’un autre militant arrêté. Bernard a été trouvé porteur du tract « Quelques conseils pour l’édition et la diffusion du matériel du Parti » et d’un papier portant l’inscription « cotisation janvier »

Il a comparu avec 12 autres militants ou sympathisants communistes devant le tribunal militaire de la 13éme division, poursuivis pour tentative de réorganisation de leur parti dans la région du Puy-de-Dôme et plus spécialement à Clermont-Ferrand.
Il fut condamné à quatre ans de prison. Le tribunal a ajouté vingt ans de privation des droits civils, civiques et de famille pour lui et plusieurs autres inculpés. Il a purgé sa peine à la maison d’arrêt puis la prison militaire de Clermont-Ferrand puis à la prison de Bergerac (Dordogne). Bénéficiant d’une remise de peine de 9 mois, il a été libéré le 24 mai 1944. Il se fixa alors à Langeac (Haute-Loire) comme manoeuvre chez un maçon, venant régulièrement voir son épouse à Clermont-Ferrand. C’est lors d’une de ses venues qu’il fut arrêté en vertu d’un arrêté du 15 juin 1944 en vue de son internement au camp de Saint-Sulpice (Tarn).
Il fut arrêté le 11 juillet 1944 et interné à la Maison d’arrêt de Clermont-Ferrand, les transferts vers les camps d’internement étant interrompus. Suite à sa requête d’une demande de mise en liberté, le Commissaire des RG donna un avis favorable le 25 juillet 1944, estimant qu’il était en règle avec le STO et n’avait pas fui au maquis quand il aurait pu. Il fut ainsi libéré le 26 août, la veille du départ des troupes allemandes de la ville.
Miné par la maladie, il continua après la Libération à servir son Parti. Selon l’article que l’hebdomadaire départemental du Parti lui consacra à son décès, plusieurs milliers de personnes auraient assistées à ses obsèques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235655, notice BERNARD Antoine, Edmond par Eric Panthou, version mise en ligne le 15 décembre 2020, dernière modification le 15 décembre 2020.

Par Eric Panthou

SOURCES : Archives Henri Verde, CGT Michelin. Délégués n’ayant pas répondu au questionnaire. — Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 296 W 75 le commissaire chef de la sûreté au préfet, 27 février 1941. — Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296 W 75 le commissaire chef de la sureté au préfet, 27 février 1941. — Le Moniteur, 26 février 1941 et 22 juillet 1941. — Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 900 W 84, dossier internement Antoine Bernard. — SHD Vincennes, GR 16 P 50900, dossier résistant d’Antoine Bernard (nc). — "Antoine Bernard est mort, son exemple demeure", La Voix du peuple, 11 mars 1950.

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