DE THONEL d’ORGEIX Emmanuel, Marie, Charles

Par André Balent

Né le 31 octobre 1884 à Montpellier (Hérault), mort à Thil (Haute-Garonne) le 31 juillet 1944 ; résistant ; assassiné par la Milice et les Allemands

Emmanuel de Thonel, marquis d’Orgeix appartenait à une famille de la noblesse ariégeoise (Comté de Foix). La famille de Thonel acquit par héritage la seigneurie du village d’Orgeix, un village de la zone axiale de la haute chaîne des Pyrénées dans la vallée de l’Oriège, un affluent de l’Ariège. Le 30 août 1817, Jean-François de Thonel, grand-père d’Emmanuel de Thonel, reçut de Louis XVIII le titre de marquis d’Orgeix. Maître de forges, il fut conseiller général du canton d’Ax-les-Thermes (Ariège) de 1833 à 1848. Le père d’Emmanuel, Charles-François de Thonel d’Orgeix (1846-1910) fut officier de cavalerie. Maire d’Orgeix, il fut élu en 1891 conseiller général (droite) d’Ax-les-Thermes et conserva peu de temps ce mandat car l’élection fut annulée. Il fut conseiller d’arrondissement d’Ax-les-Thermes de 1889 à 1891. Il s’était marié le 28 septembre 1881 à Toulouse (Haute-Garonne) avec Jeanne, Gabrielle Delpech de Saint-Guilhem (âgée de vingt-cinq ans en 1884) dont les parents étaient propriétaires du château de Thil (Haute-Garonne) où vécut ensuite son fils Emmanuel. En 1884, Charles-François de Thonel était capitaine au 9e régiment de Chasseurs, en garnison à Montpellier (Hérault). Il était officier d’ordonnance du général commanndant le 16e corps d’armée (Montpellier). Emmanuel de Thonel d’Orgeix se maria le 31 juillet 1913 à Saint-Germain-en Laye (Seine-et-Oise/Yvelines) avec Marie, Agnès, Henriette, Yvonne Jourdain de Thieulloy (Verdun, Meuse, 1890 — Toulouse, Haute-Garonne,1982). Le couple eut quatre enfants, deux garçons et deux filles, nés entre 1913 et 1918. Un neveu d’Emmanuel de Thonel, Christian de Thonel (1927-2019), fut un sculpteur et peintre surréaliste. Sur son acte de naissance et dans certaines publications on le qualifie de « comte ». Il s’est vu attribuer également le titre de « marquis » d’Orgeix qu’il ne porta jamais. Lors du conseil de révision, il avait une instruction de niveau 3 ("possède une instruction primaire plus développée"). À cette date, il était déclaré "sans profession". De fait, il vécut du revenu de ses propriétés, en particulier de celles héritées de sa mère en Haute-Garonne.

Déclaré bon pour le service militaire (Montpellier et Lodève,Hérault), il ft incorporé le 8 octobre 1905 au 4e régiment de Chasseurs d’Afrique. Chasseur de 2e classe, il devint brigadier le 13 avril 1906 et maréchal des logis le 17 septembre 1906. Du 8 octobre 1905 au 21 septembre 1906, c’est à dire la totalité du service militaire, il participa, d’après sa fiche du registre matricule, à des "campagnes en Algérie". À la fin du service militaire, il se retira à Bizerte (Tunisie) où il résida jusqu’en juillet 1908. Il habita ensuite le château familial d’Orgeix (Ariège). À partir du 15 octobre 1913, après son mariage, il habitait à Paris, avenue de la Motte-Piquet. Mais, à la veille de Grande guerre, à partir du 27 juillet 1914, il avait déclaré habiter à nouveau à Orgeix.

Réserviste, Emmanuel de Thonel d’Orgeix était rattaché au 1er régiment de Hussards de Montpellier et Béziers. Il effectua plusieurs périodes dans cette unité de cavalerie. Mobilisé en août 1914, il quitta l’Hérault pour la Lorraine le 4 août 1914. Il fit toute la première partie de la guerre dans cette unité qui dut, à partir de 1915 , abandonner les chevaux pour les tranchées. Le 9 octobre 1916, de Thonel d’Orgeix
passa au 81e régiment d’Artillerie, puis, le 1er mars 1918, au 500e régiment d’Artillerie ; Il fut démobilisé le 22 février 1919. Emmanuel de Thonel d’Orgeix reçut la médaille de la Victoire et la médaille commémorative de la Grande guerre.

En 1919, de juin à à octobre, il vécut dans la Somme, à Hangest-en-Santerre. Mais, le 8 octobre 1919, il résidait avec sa famille à Thil, au château de l’Arsenne. À partir de novembre 1929, il partagea sa résidence entre Thil et Orgeix.

Au printemps de 1944, il résidait au château de l’Arsenne, à Thil, qui était propriété de sa mère. Thil est une commune de la basse vallée de la Save, affluent de la Garonne, au nord-ouest de Toulouse, à proximité du Gers.

À la fin du mois de juillet 1944, les maquis étaient très actifs dans la région de Toulouse. Le château de l’Arsenne à Thil où résidait Emmanuel de Thonel et sa famille devint, après le 6 juin, le PC du bataillon de la Save (ou bataillon Voisin, du nom de son chef, Camille Voisin) du Corps franc Pommiès, formation de l’ORA (Organisation de Résistance de l’armée) implantée dans toute la R 4. Des dénonciations ont permis aux Allemands de localiser le maquis près du château de l’Arsenne. Dans la nuit du 30 au 31 juillet 1944, les Allemands furieux de la destruction d’un train de munitions à Blagnac (Haute-Garonne) par seize hommes de la brigade « Magny » du bataillon de la Save du CFP commandé par Camille Voisin attaquèrent cette formation en investissant le château et ses abords. Ils étaient au nombre de 400 — 150, d’après Delperrié de Bayac, op. cit., qui a sans doute eu accès aux dépositions du procès des miliciens à Toulouse ou des Allemands à Bordeaux et donne un chiffre plus vraisemblable — et étaient accompagnés par des éléments de la Milice (une cinquantaine d’après Delperrié de Bayac) et un groupe de GMR qui s’efforcèrent prudemment de se tenir en dehors du combat qui suivit au château de l’Arsenne. Il a été dit que les officiers du maquis, Camille Voisin et son adjoint Pierre Camus, avaient été tués par les Allemands lors de la dispersion du maquis cantonné au château et, principalement, à proximité dans le bois d’Emmanuel de Thonel. De fait, passant la nuit soit à L’Isle-Jourdain, soit à Ségoufielle, deux localités du Gers, à la limite de la Haute-Garonne, ils se rendaient tous les matins au maquis. Le 31 juillet, vers 4 heures 30, leur automobile fut stoppée par un poste allemand établi à un carrefour à proximité de l’abbaye de Sainte-Marie-le Désert, entre Bellegarde-Sainte-Marie et Thil. Les deux hommes furent abattus par les Allemands et non par de miliciens comme on l’a écrit parfois. Lorsque les Allemands et les miliciens — un convoi de sept véhicules — arrivèrent au château de l’Arsenne, ils subirent des pertes importantes car les entrées étaient piégées par le maquis par des bombes placées aux entrées. Cessant de résister à un ennemi supérieur, les maquisards se retirèrent. Jean-Michel Maulik, grièvement blessé, put s’enfuir, se cacher dans les bois environnants puis gagner une ferme où il put se faire soigner. Au cours de l’attaque, Emmanuel de Thonel (appelé « comte d’Orgeix » par les maquisards) fut tué de façon atroce par les miliciens, selon la version la plus courante, plutôt que par les Allemands. Il a été assommé au bas de l’escalier du château. Il reçut une balle dans la tempe. Son corps fut ensuite jeté dans un puits au fond du parc du château. Les 1er et 2 août, Allemands évacuèrent leurs morts puis pillèrent le château de l’Arsenne qu’ils firent sauter et brûlèrent. Le corps d’Emmanuel de Thonel fut découvert le 18 août (le 30 août d’après Delpérrié de Bayac, op. cit.). Il fut inhumé à la chapelle familiale au cimetière d’Orgeix (Ariège). Il fut déclaré mort pour la France. Il y a un dossier à son nom, non consulté, au titre des « internés résistants » au SHD de Vincennes (cote 16 P 181553). Son nom figure sur les monuments aux morts de Thil et d’Orgeix (Ariège).

Une partie des miliciens qui participèrent à l’attaque du château de l’Arsenne, dûment identifiés, furent jugés en 1945 par la Cour de justice de la Haute-Garonne. Les officiers et soldats allemands le furent lors d’un procès à Bordeaux (Gironde).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235670, notice DE THONEL d'ORGEIX Emmanuel, Marie, Charles par André Balent, version mise en ligne le 15 décembre 2020, dernière modification le 21 mars 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Hérault, 5 Mi 58/6, état civil de Montpellier, acte de naissance d’Emmanuel de Thonel d’Orgeix et mention matricule ; 1 R 1178, registre matricule, f° 1188 (Montpellier-Lodève). — Jacques Delperrié de Bayac, Histoire de la Milice 1918-1945, Paris, Fayard, 1969, 698 p. [p. 465]. — Jean Estèbe, Toulouse 1940-1944, Paris, Perrin, 1996, 358 p. [p. 119]. — Camille Henry, Colette Lallement, Jacques Voisin (enfants de Camille, Sylvain Voisin), « Le bataillon Voisin. Région de Toulouse 1943-1945 », Comité pour la mémoire de la brigade Alsace-Lorraine, [Comebal.free.fr], PDF, 12 p. — Site MemorialGenWeb, consulté le 14 décembre 2020. — Mémoire des hommes, site consulté le 14 décembre 2020. — Site histoire-patrimoine-saveetgaronne, consulté le 14 décembre 2020. — Geanet.org consulté le 14 décembre 2020.

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