BOLO Charles, André

Par Bernard Geay

Né le 12 octobre 1916 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) , mort le 13 août 2003 à Nantes ; ouvrier horticulteur-paysagiste puis receveur dans les transports ; militant JOC et CFTC puis CFDT ; élu du personnel aux Transports Drouin à Nantes, secrétaire du syndicat CFTC des Transports routiers ; permanent à l’Union locale de Nantes à partir de novembre 1960 puis responsable du service juridique de l’UL (1963 – 1978), administrateur à la CARCEPT et à la Caisse primaire de Sécurité sociale de Nantes.

Charles Bolo en 1964.

Le grand-père paternel de Charles Bolo, également prénommé Charles, était officier de marine et son père, Ernest, expert-comptable. Sa mère, Lilian Smith, d’origine anglaise, était mère au foyer. La famille, bien connue à Nantes, était catholique pratiquante. Elle comptait douze enfants et Charles, né le 12 octobre 1916 à Nantes, était le sixième de la fratrie. Sa naissance permit à son père, mobilisé à la guerre, d’être renvoyé dans ses foyers.

Après le certificat d’études primaires obtenu à l’école privée, il entra en apprentissage d’horticulteur-paysagiste. Durant son enfance et son adolescence, il fut un grand sportif pratiquant l’aviron, mais aussi la natation et le basket. Dans les années 1930, il milita à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) où il rencontra Yves Bodiguel, Jean Raulo, Gilbert Declercq. En 1936, il se syndiqua à la CFTC et participa à la création du syndicat de l’horticulture ainsi qu’à la structuration de l’Union nantaise des syndicats chrétiens.

En octobre 1936, Charles Bolo partit au service militaire qu’il effectua au Maroc. En septembre 1939, il fut mobilisé dès la déclaration de guerre. Après l’entrée des troupes allemandes en France en mai 1940, il fut fait prisonnier le 12 juin 1940. Interné au stalag 17 en Autriche, il fut affecté dans un « kommando » de travail agricole à partir du 26 juillet 1940. Avec un camarade de captivité, Marcel Miniou, il parvint à s’évader le 8 mars 1943 et à traverser la frontière austro-hongroise. Parvenus en Hongrie, ils furent arrêtés à Gyor, à 40 kilomètres de la frontière, et envoyés en camp de rétention pour les ressortissants étrangers situé près du lac Balaton. Au bout d’un mois et demi de camp, Charles Bolo fut affecté à un emploi de jardinier chez un architecte à Gyöngyös, située à 75 kilomètres à l’est de Budapest. Logeant en ville chez une vielle dame, il était donc pratiquement libre de ses mouvements. Il noua une relation avec Marguit Brandt, la belle-fille de sa logeuse, née le 26 juillet 1911 et mère de deux enfants, Alex et Magda, dont le mari était décédé. Là-bas, il se maria avec elle le 23 novembre 1944. Fin 1944, l’Armée soviétique entra en Hongrie et investit Gyöngyös le 15 novembre 1944. Pendant trois jours, la ville fut livrée à la soldatesque et les viols furent systématiques. Comme pratiquement toutes les femmes, Marguit, ses deux sœurs et leur nièce furent violentées. Au printemps 1945, Charles Bolo fut rapatrié via Odessa (Ukraine) où il retrouva par hasard son frère Adolphe, lui aussi prisonnier de guerre depuis 1940. Adolphe et lui rentrèrent à Nantes à la mi-juin 1945. Aussitôt, Charles dut se rendre à Paris pour obtenir, non sans mal, le rapatriement de sa femme et de ses enfants à qui les autorités soviétiques avaient refusé le départ vers la France et qui avaient été renvoyés en Hongrie.

Après la guerre, Charles Bolo reprit d’abord son métier d’horticulteur. Par relation familiale, il fut ensuite embauché comme receveur aux Transports de voyageurs Drouin à Nantes en 1949. En 1953, il participa à la création de la section syndicale CFTC chez Drouin. La section fut tout de suite nettement majoritaire aux élections du personnel. Il fut élu délégué du personnel et au Comité d’entreprise. De nombreuses améliorations sociales furent obtenues dans l’entreprise les années suivantes. Responsable de la section syndicale Drouin, il devint également secrétaire du syndicat CFTC des transports routiers.

En novembre 1960, Charles Bolo fut sollicité pour être permanent à l’Union nantaise des syndicats chrétiens, qui devint Union locale CFDT en 1964. Il y eut la responsabilité du suivi des secteurs du bâtiment, de la nouveauté (commerce). Comme la grande majorité des militants nantais, il fut très favorable à l’évolution de la CFTC vers la CFDT. Ensuite, il prit en charge le service juridique de l’Union locale à partir de sa création en 1963, fonction qu’il occupa jusqu’à sa retraite en fin 1978 et dans laquelle il fut remplacé par Jeannette Mercier. À ce titre, il défendit de nombreux dossiers devant le conseil des Prud’hommes. Au congrès départemental des 30 novembre et 1° décembre 1963, il fut élu au Conseil de l’UD. Il siégea également à la CARCEPT (Caisse de retraite complémentaire et de prévoyance des transports) et fut administrateur à la Caisse primaire de Sécurité sociale de Nantes.

En tant que permanent syndical, Charles Bolo vécut Mai 68 en première ligne. Il en donna un bon aperçu dans le récit suivant : « 1968, je l’ai vécu passionnément ! [..] J’étais au service juridique à ce moment-là […]. On était en permanence rue de Bel-Air [siège nantais de la CFDT], on y était tout le temps, jour et nuit, parce qu’on avait institué des permanences de nuit pour le cas où il y aurait eu des coups durs. Il n’y avait plus d’essence, il fallait organiser le ravitaillement. Nantes était à la pointe, après Paris. Je me souviens, avec certains camarades et avec des copains de la CGT, on était à la Préfecture, on distribuait des bons d’essence [..]. La rue de Bel Air était une vraie fourmilière, les gars étaient fous, ils étaient transportés. […]. Fallait voir ça, jour et nuit, c’était continuel : des réunions, des meetings, il fallait être partout à la fois, c’était formidable. On avait installé des rétroviseurs au coin des fenêtres pour voir ce qui se passait dans les rues plus loin. Il y avait une ambiance terrible : ça c’était 68… »

En plus du syndicalisme, Charles Bolo eut également des engagements à l’Action catholique ouvrière (ACO) et, à partir de 1971, au Parti socialiste (PS).

De leur mariage, Marguit née Brandt et Charles Bolo eurent cinq enfants : Bernadette (1945), Lilian (1947), Béatrice (1948), Charles-Henri (1949) et Yvan (1951), ces deux derniers décédèrent en bas âge. La troisième fille du couple, Béatrice Bolo, épousa Alain Sécheresse (1950-2007), militant CFDT et délégué du personnel à la Biscuiterie nantaise (BN). Leur petit neveu, Pascal Bolo, fut secrétaire du syndicat départemental CFDT des finances, puis conseiller général PS, suppléant du député François de Rugy et adjoint au maire PS de Nantes depuis 2014 (réélu en 2020).

Marguit Bolo mourut le 15 janvier 1978. Charles Bolo décéda pendant la canicule d’août 2003. Ses obsèques furent célébrées le 16 août en l’église Saint-Médard du Vieux-Doulon à Nantes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235890, notice BOLO Charles, André par Bernard Geay, version mise en ligne le 24 décembre 2020, dernière modification le 13 janvier 2021.

Par Bernard Geay

Charles Bolo en 1964.

Sources :
Arch. Union départementale CFDT, Centre d’Histoire du travail, Nantes. — Témoignage de Charles Bolo sur Mai 68, Cahier du Lersco, n° 4, Nantes, septembre 1982. — Union Nantes, journal de l’UL CFDT, novembre 1987. — Charles Bolo, La saga d’un évadé, récit de sa vie et de sa captivité rédigé en 1991 à l’occasion de son 75e. anniversaire. — Entretiens téléphoniques avec Bernadette Héridel et Béatrice Sécheresse, filles de Charles Bolo, septembre 2020.

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