RODRÍGUEZ BARROSO Francisco

Par André Balent

Né le 24 juin 1910 à Séville (Andalousie, Espagne), mort en septembre (le 13 ?) 1944 à Laguiole (Aveyron) ; officier de police ; secrétaire du 412e Groupement de travailleurs étrangers (GTE) à Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales) puis à Capdenac et Decazeville (Aveyron) ; militant de la CNT (Confédération nationale du Travail) en Espagne, puis clandestin en France ; enlevé à Decazeville le 13 septembre 1944 par des membres communistes de de l’Unión nacional española (UNE), retrouvé mort à Laguiole

Francisco Barroso était le fils de Rafael Rodríguez et de Candeleria Barroso. En 1936, il habitait en Catalogne et était un militant anarchiste affilié à la CNT. En 1937, il était officier de police en uniforme du Cos de Seguretat (Corps de sécurité) de la Generalitat de Catalogne. Il intégra ensuite l’Armée populaire de la République espagnole dont il était officier.
Après la Retirada, en février 1939, il fut interné à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). À la fin de 1940 et au début de 1941, il était interné à l’îlot Nord de ce camp. Le 18 janvier 1941, il quitta le camp d’Argelès et intégra le 412e GTE d’Ille-sur-Têt qui fonctionna dans cette localité à partir du 20 janvier. Il remplaçait le GTE 409 (à Ille, du 17 novembre 1940 au 20 janvier 1940). En effet, après les inondations cataclysmiques d’octobre 1940 qui dévastèrent les deux tiers des Pyrénées-Orientales, il fallut reconstruire, réparer les énormes dégâts causés par les crues gigantesques des cours d’eau roussillonnais. Les GTE récemment créés furent mis à contribution. Le GTE 412 était commandé par le capitaine d’aviation André Herry. Francisco Rodríguez Barroso, ancien officier de l’armée républicaine, qui devait connaître suffisamment de français parlé et écrit le seconda dans sa tâche, assurant comme tous les étrangers exerçant ce type de fonctions dans les GTE, des fonctions de secrétariat. Le 412e GTE était divisé en quatre sections de 50 hommes dont la direction était assurée par l’un d’entre eux désigné pour ses aptitudes et compétences. Le 412e GTE fut employé à la réparation des nombreux canaux d’irrigation du secteur, indispensables à l’agriculture, et à la restauration des berges de la Têt, du Boulès son affluent, et du Gimenell, sous-affluent. Lorsque, en juin 1943, ces objectifs furent atteints, le 412e GTE fut transféré à Decazeville (Aveyron) où ses hommes furent employés dans les mines de charbon.
Pendant son séjour à Ille, Francisco Rodríguez s’intégra suffisamment à la vie de la localité. Il s’y maria le 23 mai 1942 avec Simone Fabre, fille d’Auguste Fabre et de Margueritte Blanc. Une fille, Christiane, naquit de cette union. Il avait maintenu des relations épistolaires avec sa mère, Candelaria Barroso qui vivait toujours à Séville. Le 15 mai, à la veille de son mariage, elle lui adressa un courrier lui faisant part de ses vœux de bonheur et demandant qu’il lui envoie sa photo de mariage. Alors qu’il résidait à Ille-sur-Têt, Francisco Rodríguez demeura membre clandestin de la CNT. Il accepta des responsabilités dans l’organisation et participa à plusieurs réunions de l’organisation en zone sud régionaux. L’une d’elles eut lieu en juillet 1941 à Égletons (Corrèze) où des travailleurs espagnols réfugiés de la Retirada étaient employés à la construction du barrage de l’Aigle sur la Dordogne (communes de Soursac et Chalvignac).
La majorité des effectifs du GTE 412 toujours dirigés par le capitaine Herry et encadrée par Francisco Rodríguez fut mutée en juin 1943 à Decazeville (Aveyron). Les travailleurs de ce GTE furent affectés aux mines et usines de cette ville industrielle. Pour sa part, Rodríguez était cantonné à Capdenac (Aveyron) et se rendant tous les jours à Decazeville. Il enregistrait les entrées et sorties des travailleurs affectés à un haut fourneau. Ses fonctions au GTE lui permirent d’intervenir en faveur de tous les Espagnols travaillant à Decazeville, indépendamment de leurs affiliations politiques. Il tira d’affaire des communistes ainsi que l’expliquent divers témoignages recueillis en 1984 (Les dossiers noirs d’une certaine résistance …, op. cit., p. 115-127).
Militant de la CNT, Francisco Rodríguez fut l’objet de pressions d’éléments du Parti communiste d’Espagne (PCE), surtout après que ce parti, ou, du moins son organisation clandestine en France, eut impulsé la constitution, en 1941-1942, de l’UNE (Unión nacional española et de sa branche armée, l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles. Le PCE avait l’intention de regrouper, sous sa direction l’ensembles antifranquistes. Il se heurtait au refus de la plupart de militants des autres tendances de l’antifranquisme. Peu après la Libération de zone Sud, dans la deuxième quinzaine d’août 1944, PCE, UNE et AGE prétendirent aboutir à la Reconquista (Reconquête) de l’Espagne : ce fut l’échec de l’offensive des guérilleros de l’AGE depuis les Pyrénées, en particulier celui de l’attaque principale au Val d’Aran en octobre 1944 (Voir López Tovar Vicente). Des dirigeants communistes (pas tous !) décidèrent alors à procéder à des représailles sanglantes contre ceux qu’ils estimaient être des traitres puisqu’ils ne partageaient pas les mêmes analyses et objectifs. Antonio Téllez, anarchiste qui se retrouva momentanément dans les rangs de l’AGE puisqu’il appartenait à sa IXe brigade (Aveyron) qui s’était déplacée à Saint-Girons afin de participer à la Reconquista de España, assista à une discussion où fut évoquée une « expédition punitive » à Decazeville contre le comité régional de la CNT dont le secrétaire, Àngel Aransaez, résidait dans cette ville. Téllez fit aussitôt prévenir ses camarades de Decazeville. Parce qu’il était populaire et influent, Rodríguez Barroso fut l’une des cibles des dirigeants de l’UNE decazevilloise. Ses dirigeants étaient inquiets de l’importance (réelle mais relative, pourtant) de la mouvance libertaire dans le bassin minier de Decazeville. La « liquidation » de Francisco Rodríguez Barroso avait été décidée et inquiétait d’autant plus les anarcho-syndicalistes espagnols du bassin de Decazeville qu’ils savaient que d’autres assassinats avaient eu lieu dans d’autres départements (Aude, Ariège et, bientôt, Pyrénées-Orientales), concernant non seulement certains de leurs militants mais aussi des socialistes. Il fut enlevé chez lui à Decazeville le 13 septembre 1944, très vraisemblablement par des membres de l’UNE. En effet, même un cadre des FFI français de Decazeville, Valzegues (un FTPF sans nul doute) affirmait qu’il était été un « traitre » et, selon le témoignage (1984) d’Àngel Aransaez, le déclara publiquement.
Rodríguez Barroso fut sans doute tué peu après son enlèvement. Son cadavre dissimulé par un tas de pierres se trouvait près de Laguiole (Aveyron) dans le massif de l’Aubrac. Il ne fut jamais officiellement identifié, mais les anarchistes n’ont jamais douté qu’il s’agissait Francisco Rodríguez Barroso. À la mi-octobre 1944, des arrestations de cadres de la CNT decazevilloise — dont celle d’Aransez — accusés de faire partie de la « cinquième colonne » furent mises en échec par la mobilisation d’une partie des Espagnols du bassin minier qui ne suivaient le PCE et l’UNE. Des témoignages attestent que ces arrestations menées conjointement par des éléments des FTPF et de l’AGE devaient d’abord « confondre » les traitres avant de les exécuter.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235903, notice RODRÍGUEZ BARROSO Francisco par André Balent, version mise en ligne le 27 décembre 2020, dernière modification le 9 janvier 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 1260 W61, archives du camp d’Argelès-sur-Mer, fiche individuelle de Francisco Rodríguez Barroso. — Dominique Benoît, La commune d’Ille-sur-Têt confrontée aux événements d’une époque tourmentée (1935-1945), Ille-sur-Têt, Éditions Paraules, 2020, 333 p. [p. 162-165]. — Esteve Ballester, Martine Boury, Marcel Gélis, Marcel Langand, Henri Melich, Edward Sarboni, Carolina Benito, Amapola Gracia, Dominique Grein, 1944. Les dossiers noirs d’une certaine résistance. Trajectoires du fascisme rouge, Perpignan, Cercle d’études sociales, 1984, 239 p. [Témoignages d’Antoine Tellez, Àngel Aransaez, Brigitto Ayora, Francisco Reche, p. 115-127].

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