HÉRACLE Louis, Jules

Par Daniel Grason, Emeric Tellier

Né le 15 février 1908 à Paris (VIIIe arr.), mort le 13 mars 1991 à Paris (Xe arr.) ; contrôleur à la société Alsthom à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis) ; communiste ; résistant sous le pseudonyme « Ernest » ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Georges, vingt-six ans, frappeur et de Céline Léontine Anathalie Biard, vingt ans, ménagère, le couple était domicilié 163 boulevard Victor-Hugo à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine). Louis Héracle était l’aîné d’une fratrie de sept enfants. En 1914, ses parents se sont installés au 2 rue du Progrès, à Saint-Ouen.
En 1927, il est embauché comme ajusteur-outilleur à la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (SACM) de Clichy (Hauts-de-Seine). Licencié au début de l’année 1928, il a retrouvé un emploi comme ajusteur à Levallois (Hauts-de-Seine), avant d’être appelé pour son service militaire, qu’il effectue à Mayence, en Allemagne, au sein du 25e bataillon ouvrier d’artillerie (BOA). Il y occupe un poste de secrétaire au Peloton Hors-Rang. Libéré de ses obligations militaires, il est retourné à la société Alsacienne de constructions mécaniques de Clichy, avant d’être embauché comme contrôleur à la fabrication des machines-outils, à l’atelier d’usinage, à l’Alsthom de Saint-Ouen dans le courant du mois de mai 1929.
Il a participé à sa première grève, en 1930 ou 1931, menée par René Antoine, futur maire-adjoint de Saint-Ouen après la Libération. En 1933, il est devenu chef de groupe des contrôleurs dans l’atelier de chaudronnerie de l’Alsthom Saint-Ouen.
Il a participé aux manifestations des 9 et 12 février 1934, contre le fascisme. L’année suivante, il a adhéré au comité Amsterdam-Pleyel et au Parti socialiste. Il est élu secrétaire adjoint de la section socialiste de Saint-Ouen entre 1935 et 1936, date à laquelle il rejoint le Parti communiste.
En 1936, les premières grèves avec occupations débutent à Saint-Ouen chez Lavalette-Bosch. Le premier débrayage chez Alsthom est lancé dans l’atelier de chaudronnerie, où il travaillait. L’occupation a duré dix jours. Il a été membre de la délégation chargée de négocier la convention collective des techniciens de la métallurgie de la région parisienne. Il est élu délégué du personnel de l’établissement la même année.
Le 4 juillet 1936, Louis Héracle a épousé en mairie du XXe arrondissement Raymonde Trausch, une couturière. Le couple s’était installé dans le 18e arrondissement, au cinquième étage d’un immeuble situé au 45 rue de Clignancourt.
En novembre 1939, il est réformé temporaire, en raison d’une crise d’ulcère. À son retour dans l’entreprise, il est repris comme « service armé », réquisitionné par l’entreprise alors qu’il aurait dû rejoindre le 22e Bataillon ouvrier d’artillerie (BOA). En juin 1940, à l’arrivée des troupes allemandes à Paris, la direction de l’Alsthom a fermé l’usine et donné pour consigne de se replier à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Il y est parvenu et est resté sur place, chez des parents, jusqu’au mois d’août. Il a ensuite repris sa place à l’Alsthom de Saint-Ouen.
Dans la Résistance, il est responsable à « l’Organisation » pour plusieurs usines et se charge de distribuer les tracts et les journaux de la CGT et du Parti communiste, à l’aide d’une « petite valise bleue ». Il effectué également des actions de dégradations dans l’usine. Par exemple, avec de l’acide fournie par Marcel Mugnier, il paralysa temporairement la seule machine d’alésage des cylindres des interrupteurs à air et il installa des barres de cuivre dans les transformateurs pour qu’ils cassent lors des essais.
Des inspecteurs de la Brigades Spéciales n° 1 (BS1) filèrent du 7 février au 21 juin 1942 des militants communistes entrés en résistance. Le 9 avril 1942, Fernand Maillard le rencontra à la hauteur du 105 rue de la Chapelle dans le XVIIIe arrondissement. Au n°81 ils entrèrent au Bar Audonien, consommèrent, sortirent dix minutes plus tard, se séparèrent.
Louis Héracle alla porte de Clignancourt, à l’angle des rues Championnet et Letort, il rencontra Jean Alezard dont le domicile n’était pas connu. Tous les deux effectuèrent de nombreux va et vient, et à l’angle du boulevard Ornano et de la rue Ordener, s’arrêtèrent une quinzaine de minutes. Ils se quittèrent à Château-Rouge, Louis Héracle remettait des papiers à Jean Alezard Les policiers repérèrent là où il logeait, au 45 rue de Clignancourt (XVIIIe arr.).
Le 13 avril dans la rue de la Chapelle il rencontra Maillard, ils allèrent porte de Clignancourt à pied, où était Jean Alezard. Tous les trois empruntèrent les rues Letort, Joseph Dijon, le boulevard Ornano et Barbès. Tous les trois étaient sur leurs gardes, un inspecteur nota qu’ils se retournaient « continuellement ».
Louis Héracle qui était à vélo rencontra brièvement Fernand Maillard et Louis Kochler de Saint-Ouen le 17 avril après 18 heures. Nouvelle rencontre Le 20 avril, rue des Rosiers à l’angle de la rue Jean-Baptiste Clément, où il rencontra à nouveau Fernand Maillard. Le 17 mai Héracle et Maillard se croisèrent sur le marché de la rue du Poteau.
Il fut arrêté le 22 juillet 1942 par des inspecteurs de la BS1, ainsi que trente-cinq militants, parmi lesquels Armand Wade, Roger Grellat, Fernand Maillard, Louis Bréchet, Jean Doutre, Roger Querrach, Georges Charleux, Louis Bougon. Louis Héracle était le responsable politique de la section communiste de Saint-Ouen. Louis Héracle comparut le 12 juin 1943 devant la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris en compagnie notamment des résistants impliqués dans la même affaire : Louis Bougon, Armand Wade, Roger Recouret, Maurice Favre, Jeanne et Pierre Pouzol, Fernand Maillard et Émile Pelletier. Il fut condamné à trois ans de prison et 1 200 francs d’amende. Après la lecture du verdict les condamnés chantèrent La Marseillaise.
Emprisonné, Louis Héracle était le 12 mai 1944 dans le convoi de 2 073 hommes à destination du camp de concentration de Buchenwald (Allemagne). Matricule 51022, il survécut aux épreuves.
Il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Dans Mémoires d’usine Mémoires d’Avenir, Louis Héracle témoigna de son « activité patriotique » pendant la guerre et son retour : « Quand je suis revenu je ne savais pas être tuberculeux. » « Alors je vais à la chaudronnerie, les gars m’attrapent, hop ! Ils me mettent sur leurs épaules et ils m’emmènent aux grands bureaux. »
« Ils font descendre le directeur pour qu’il vienne me féliciter de mon activité patriotique. »
« Jamais je n’ai été aussi heureux. Ça a été pour moi quelque chose de sensationnel. »
«  J’étais presque aussi heureux que lorsque j’ai été libéré de Buchenwald. »
« Parce qu’il faut dire… J’étais un contrôleur qui avait pu, quelquefois, mécontenter des gars, mais ils savaient que j’étais avec eux contre les réactionnaires et les factieux. Alors, savoir qu’ils m’ont emmené triomphalement là-bas… C’était formidable, formidable. »
« Ça a été un grand moment de ma vie »
Louis Héracle le torse déformé par les épreuves de la déportation, fut opéré à trois reprises, séjourna deux ans en sanatorium. Il fut réformé à 100%. Il milita à l’association des anciens de Buchenwald. En 1982, il a été décoré de la Légion d’honneur.
Il mourut le 13 mars 1991 à Paris (Xe arr.).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235908, notice HÉRACLE Louis, Jules par Daniel Grason, Emeric Tellier, version mise en ligne le 4 octobre 2021, dernière modification le 4 octobre 2021.

Par Daniel Grason, Emeric Tellier

SOURCES : AN Z/4/80 dossier 536. – Arch. PPo. Activités communistes rapport du 3 août 1942 du Préfet de police, BA 2056. – Bureau Résistance G 16 P 290651. – État civil numérisé 8N 149 acte n° 344. – Mémoires d’usine Mémoires d’Avenir
, pp 40 à 45, Édité par le Comité d’Établissement, Alsthom Savoisienne, Usine de Saint-Ouen, 1985. – Témoignage recueilli par Claudine Beau, 1985. – Base de données de la Fondation pour la mémoire de la déportation en ligne. – Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, L’Atelier 2004

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