MALAZDRA Casimir

Par André Delestre

Né le 1er novembre 1924 à la Queue-en-Brie (Seine-et-Oise), mort le 12 mai 1986 à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) ; sidérurgiste, laborantin puis OS ; syndicaliste CGT ; JOC, ACO.

Le père de Casimir Malazdra, Stanislas, et sa mère Suzanne, originaires du village de Ryglice, près de Tarnow (Pologne), migrèrent vers la France faute de travail. Il avait un frère et deux sœurs. s s’installèrent dans le Vexin eurois.

À quatorze ans, il travailla jusqu’en 1939 dans une usine de Vernon (Eure). Puis, durant toute la guerre, il exerça de multiples travaux dans le monde rural. Il rejoignit la Jeunesse Agricole Catholique (JAC) qui forme et agit, comme l’envoi de colis aux prisonniers de guerre. La guerre terminée, il partit en région parisienne pour travailler dans une usine de fabrication de wagons pour la SNCF. En 1947, isolé, vivant dans une chambre d’hôtel, il revint à Grand-Quevilly et se fit embaucher aux Hauts Fourneaux de Rouen. « Le travail en fonderie est très dur. C’est 10h par jour. Nous logions dans des baraquements, à deux dans une pièce, infestés de punaises et puces. Mais l’ambiance, dans l’atelier ou au foyer, était très bonne avec des jeunes et des immigrés » témoigna-t-il. Militant de la JOC, il organisa l’action collective pour améliorer les conditions de logement (désinfection, mobilier…). Le directeur de l’usine, le comte Yves O’Delant, habitait au château du Rouvray. Lorsqu’il passait dans les ateliers, les ouvriers étaient contraints de se décoiffer pour lui dire bonjour. Un syndicat maison, docile répondait au bon vouloir du directeur. Une chapelle, proche de l’usine, propriété du diocèse, était entretenue par un ouvrier de l’usine. Le placement dans la chapelle se faisait suivant la hiérarchie dans l’usine, avec au 1er rang le directeur et sa famille, avec un fauteuil à sa disposition. Venir à la messe était bien vu. Le curé venait chercher son pécule chaque mois à l’usine, du charbon pour le presbytère. Avec la JOC et l’aumônier, décision fut prise d’abolir ces traditions. Et d’expliquer qu’il fallait un vrai syndicat. Lettre fut envoyée à l’évêque pour expliquer les conditions de travail et de vie et dénoncer ces pratiques d’une église au service du patronat. Celui-ci interpella le directeur et muta le curé de la paroisse. La congrégation des Fils de la Charité, créée dans le cadre de l’action sociale de l’église, prit en main la paroisse de Grand-Quevilly. Malgré une tentative d’acheter le nouveau curé Roger Chabrel, le fauteuil fut retiré et il fut signifié, à tous, que l’église était ouverte, particulièrement aux travailleurs. Une table de presse fut installée à l’entrée de la chapelle. Régulièrement, Témoignage Chrétien, jugé révolutionnaire, était retiré par l’employé au service du comte. L’électricité fut coupée, la chapelle plus entretenue, les dons supprimés… Mais ceux qui fréquentèrent l’église étaient « ceux qui ont vraiment la foi ». Et l’entretien du bâtiment se fit solidairement.
Casimir contacta l’interprofessionnel CGT et s’activa, avec Marcel Gracia, à l’implantation du syndicat dans l’usine. Les premiers tracts furent distribués, exigeant l’amélioration des conditions de travail, la valorisation des salaires et le respect des droits.
Le 10 juillet 1948, Casimir Malazdra épousa, à Dangu (Eure), Alfreda Salaciak.
Dans la prise de conscience, les travailleurs rejoignirent la CGT. Une équipe syndicale se constitua. La CGT, présente aux élections, eut des élus DP et CE. Les actions accompagnèrent les revendications dans l’usine. Des avancées furent conquises afin d’améliorer la condition ouvrière.
Les brimades et provocations se multiplièrent. Lors d’un pointage à la prise de service, l’ingénieur aux aguets interpella Casimir et lui fit remarquer qu’il ne serait pas à l’heure à son poste de travail. Casimir répliqua sur le même ton. Cela lui valut quatre jours de mise à pied.
Le 1er décembre 1954, la direction engagea une procédure de licenciement à son encontre. Simultanément, l’expulsion du logement lui fut signifiée. En effet, les ouvriers, les employés et les cadres étaient logés par les HFR qui avaient bâti 8 cités à la construction de l’usine. En 1948, le couple, contraint de vivre séparément pendant quelques mois, ils vécurent ensuite dans une pièce d’un logement de la cité 3 mis à la disposition d’une veuve avant d’obtenir un F2 dans la cité 3.
Malgré la dénonciation de l’injustice par la CGT et la mobilisation des ouvriers, Casimir Malazdra fut licencié avec Marcel Gracia, resté solidaire et ayant refusé d’être acheté par la direction. Les humiliations subies le rongèrent de l’intérieur, pour un homme qui ne râlait ni ne se mettait jamais en colère. La procédure juridique engagée face à l’expulsion et aux huissiers permit d’obtenir un sursis par ordonnance du tribunal d’instance de Rouen La famille resta à la cité 3 jusqu’au 1er décembre 1955 après la naissance du 3ème enfant. Ils décidèrent d’acquérir une maison à St Etienne du Rouvray dans le cadre d’une accession sociale à la propriété.
Les deux responsables syndicaux retrouvèrent un emploi aux Papeteries Navarre de Grand-Quevilly. Casimir fut employé dans un premier temps au déchargement des rondins de bois destinés à la pâte à papier Unité cellulose. Puis il fut affecté comme essayiste pendant douze ans, au laboratoire qui créait un papier glacé, de qualité. Ce travail était valorisant. Il continua à militer à la CGT. Il fut remarqué, aussi bien par ses camarades que par la direction pour sa capacité d’écoute, de dialogue, d’ouverture et de ténacité. Sa diplomatie fit de lui un homme et un militant respecté. Il a toujours voulu rester « à la base », près de ses camarades ouvriers. Il participa aux manifestations et anima des grèves. À nouveau licencié lors de la fermeture définitive de l’entreprise en 1972, comme délégué syndical, droit conquis en 68, il quitta, le dernier, l’entreprise.
Le 1er janvier 1973, il retrouva du travail sur une chaine de fabrication comme OS, atelier 42 à Renault Cléon, suite à l’intervention de Roger Taccœn], prêtre ouvrier, secrétaire CGT du Comité d’établissement. « C’est mon 7e métier dans ma vie » disait-il. Il ne garda pas un bon souvenir du travail répétitif et déqualifié. Mis en préretraite à 58 ans, dans le cadre d’un contrat de solidarité qui permit d’embaucher un jeune.
Il suivit très attentivement la situation en Pologne, en soutenant le mouvement Solidarnosc de Lech Walesa. Lors de la loi martiale décrétée par le général Jaruzelski le 13 décembre 1981, il fut dans les rues de Rouen pour protester contre la répression.
Il adhéra au PSU, puis le quitta sans rejoindre le PS lors des Assises du socialisme, comme le firent un grand nombre de militants chrétiens engagés.
Toute sa vie, membre de la JOC puis de l’ACO, il partagea les valeurs humaines et la foi d’une église engagée et partagée dans la Mission Ouvrière. À la retraite, il se consacra au catéchuménat avec les prêtres ouvriers.
Le couple eut quatre garçons : Jean-Marc né en 1949 (il travailla à la CFEM, puis à GDF. Il vécut, avec la CGT, les luttes et la fermeture de la CFEM cette entreprise métallurgique emblématique de Rouen) ; Henri né en 1953 (responsable JOC, membre du CHSCT et militant CGT à EDF distribution) ; Patrice né en 1955 (responsable JOC et militant CGT à Renault SAS) ; Stéphane né en 1961 (cadre supérieur, militant CGT à EDF transport). Il eût neuf petits enfants et douze arrières petits enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235911, notice MALAZDRA Casimir par André Delestre , version mise en ligne le 25 décembre 2020, dernière modification le 30 avril 2021.

Par André Delestre

SOURCES : entretiens avec Alfréda Malazdra en décembre 2020. — Monographie rédigée par Casimir Malazdra en 1977, papiers de la famille, archives municipales de Grand-Quevilly.

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