BRÉCHET Louis, Henri

Par Daniel Grason

Né le 24 août 1899 à Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 4 février 1985 à Nice (Alpes-Maritimes) ; agent technique à Nord Lumière ; syndicaliste CGT ; communiste ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Louis Bréchet
Louis Bréchet

Fils d’Adolphe Louis, vingt-quatre ans, serrurier et de Rose Vignier, vingt-six ans, blanchisseuse, Louis Bréchet obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Il épousa le 10 octobre 1921 Yvonne Berthe Lasmajoux en mairie de Clichy-la-Garenne.
Ouvrier à la société Nord Lumière 160 boulevard Anatole-France à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis), il adhéra au Parti communiste en 1938, fit partie de la cellule de la Gare à Stains (Seine, Seine-Saint-Denis). Il était domicilié au 56 rue Clément Lécuyer à Stains (Seine, Seine-Saint-Denis). Mais, de fait il vivait chez son amie Denise 10 boulevard Pasteur à La Courneuve (Seine, Seine-Saint-Denis). Interpellé, fouillé une feuille sur laquelle figurait des rendez-vous a été saisie.
Filé par des inspecteurs de la BS1, à plusieurs reprises il avait rencontré des militants du Parti communiste clandestin au fort d’Aubervilliers. Le 2 juillet à 19 heures 50, à l’angle des rues des Écoles et Édouard-Vaillant à Pantin ; le 9 juillet à 18 heures 40, à l’angle de la rue Rateau et de la rue Edouard Vaillant à Aubervilliers, le 11 juillet à 20 heures 15, route de La Courneuve, et le 14 juillet 1942 à 17 heures 40, au 143, avenue des Batignolles (Gabriel Péri) à Saint-Ouen. À chaque rendez-vous, il s’était entretenu avec un militant. Un inspecteur lui lança « Qu’avez-vous à répondre ? »
Il reconnut les faits, précisant « Toutefois, en dehors du sieur Aubert, je ne connais aucun des autres militants en compagnie desquels j’ai pu être remarqué. »
« Le rendez-vous du 14 juillet […] avait pour but de nous renseigner mutuellement sur les résultats des mots d’ordre transmis à l’occasion de la Fête Nationale par la direction du Parti communiste. »
Il précisa : « Dans le courant du mois de février 1941 », il rencontra « par hasard un individu dont j’ignore le nom et l’adresse […] au cours des réunions syndicales du Syndicat des producteurs d’Électricité. » Celui-ci le chargea de recruter des ouvriers au syndicat. Il rencontra Aubert qui lui demanda de reprendre de l’activité au sein du Parti communiste.
Le secteur 2 de la région Nord, où il était chargé des « Masses » lui avait été confié. Aubert devait lui présenter des militants syndicalistes, mais quand il a été arrêté, selon ses déclarations il n’en avait rencontré aucun. Il affirma aux inspecteurs qui l’interrogeaient : « J’ai surtout agi sur le plan syndical, dans le cadre des revendications professionnelles. » Il disculpa son amie Denise qui était « absolument étrangère à cette affaire. Elle ne partage pas mes opinions et à plus forte raison mon activité. »
Emprisonné, il comparut le 12 juin 1943 devant la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris, en compagnie notamment de : Louis Héracle, Georgette Bodineau, Louis Bougon, Armand Wade, Roger Recouret, Maurice Favre, Jeanne et Pierre Pouzol, Fernand Maillard, Jean Doutre, Pierre Crapier, et Émile Pelletier. Louis Bréchet a été condamné à deux ans de prison et 1200 francs d’amende
Après la lecture du verdict les condamnés chantèrent La Marseillaise.
Emprisonné, Louis Bréchet fut interné successivement à la centrale de Poissy, à la prison de Melun puis de Châlons-sur-Marne.
Le 12 mai 1944, il était le dans le convoi de 2 073 hommes à destination de Buchenwald (Allemagne). Matricule 51022, il survécut aux épreuves.
Louis Bréchet participa aux actions de solidarité à l’intérieur du camp qui étaient autant d’actes de résistance à la barbarie. Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Marthe Denise témoigna le 23 avril 1945 devant les membres de la commission d’épuration de la police. Elle déclara : « Mon ami que j’ai pu voir pendant son séjour aux Brigades spéciales a été brutalement frappé au cours d’un de ses interrogatoires, il se tenait le ventre et marchait plié en deux. En outre il a été giflé au cours de son arrestation par l’inspecteur B. »
Au cours de la perquisition le même inspecteur remarqua qu’elle avait une quinzaine de kilos de sucre. Il en détourna quatre qu’il lui paya à vil prix. Au domicile de Louis Bréchet, le même inspecteur déroba neuf savons à barbe et quatre paquets de tabac.
Marthe Denise porta plainte contre les inspecteurs qui les arrêtèrent, contre ceux qui frappèrent Louis Bréchet, et contre ceux « qui se sont rendus coupables de vols à mon préjudice. »
Louis Bréchet été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Il mourut le 4 février 1985 à Nice (Alpes-Maritimes).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235935, notice BRÉCHET Louis, Henri par Daniel Grason, version mise en ligne le 26 décembre 2020, dernière modification le 26 décembre 2020.

Par Daniel Grason

Louis Bréchet
Louis Bréchet

SOURCES : AN Z/4/80 dossier 536. – Arch. PPo. BA 2056, 77 W 3114-298689. – Bureau Résistance GR 16 P 88677. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Site internet Match ID décès. – État civil de Clichy-la-Garenne numérisé E_NUM_CLI_N1899 acte n° 687.

Photographie : Arch. PPo. GB 143 (D.R.)

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément