BERTHELOT Jean, Alcide

Par Marie-France Gauthier, Bernard Geay

Né le 18 octobre 1934 à Saint-Jean-des-Mauvrets (Maine-et-Loire) ; instituteur dans l’enseignement privé ; syndicaliste CFTC puis CFDT, militant du Syndicat CFDT des travailleurs de l’enseignement privé (STEP) de Loire-Atlantique, membre du conseil de l’Union locale CFDT de Clisson (Loire-Atlantique) de 1967 à 1976 ; adjoint au maire de Saint-Hilaire-de-Clisson (Loire-Atlantique) de 1977 à 1983.

Jean Berthelot en 2010
Jean Berthelot en 2010

Jean Berthelot naquit dans une famille rurale de neuf enfants. Il était le septième parmi six filles et trois garçons. Ses parents, Hubert Berthelot (1896-1970), né à Terves (Deux-Sèvres), et Marguerite Brunault (1897-1981), née à Clazay (Deux-Sèvres), étaient agriculteurs, fermiers et métayers à Brigné-sur-Layon (Maine-et-Loire) puis à Saint-Jean-des-Mauvrets. La famille était catholique, la mère très pratiquante, le père occasionnellement. Les parents furent affiliés à la confédération générale de l’Agriculture.

Jean Berthelot fréquenta l’école primaire, publique d’abord et catholique ensuite à Saint-Jean-des-Mauvrets. Il effectua ses études secondaires au collège d’Orveau à Nyoiseau, près de Segré (Maine-et-Loire), collège privé catholique formant des instituteurs. Il y obtint le premier degré du certificat d’études primaires (CEP) puis le brevet élémentaire qui permettait d’enseigner sans limitation de durée. Plus tard, en 1963, il obtint le certificat d’aptitude pédagogique. Il commença à enseigner en 1951. En octobre 1955, il fut appelé pour le service militaire et incorporé à Marrakech (Maroc). A partir de juillet 1957, il fut affecté en Algérie, dans la région de Blida. Il fut démobilisé le 31 décembre 1957, après avoir effectué vingt-sept mois de service.

Jean Berthelot effectua toute sa vie professionnelle dans l’enseignement privé. Sa première affectation d’instituteur se fit en 1951 à l’école Saint-Joseph de Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire) où il resta quatre années scolaires. Au retour du service militaire, il fut affecté le 1er janvier 1958, comme enseignant, à l’école privée de garçons de Pouancé (Maine-et-Loire). Le 1er septembre 1960, il devint enseignant avec fonction de directeur, à l’école privée de garçons de Drain (Maine-et-Loire). Enfin, le 1er septembre 1966, il fut muté comme enseignant-directeur à l’école privée de garçons Saint-Joseph, à Saint-Hilaire-de-Clisson (Loire-Atlantique). Il y resta jusqu’au 1er septembre 1990, date de son départ à la retraite.

A partir de sa mutation à Drain, en 1960, Jean Berthelot commença à s’intéresser au syndicalisme. Sollicité par un collègue, il adhéra au syndicat CFTC de l’enseignement privé. Rapidement, il accepta des responsabilités syndicales en devenant responsable du secteur géographique allant de Champtoceaux jusqu’à Saint-Pierre-Montlimart (Maine-et-Loire) et fut élu au conseil départemental du syndicat.

A l’époque, la « déconfessionalisation » commença à faire débat dans l’organisation. De toute évidence, dans l’enseignement privé la question fut brûlante car les structures éducatives dépendaient directement de l’Eglise. D’ailleurs, les congrès syndicaux commençaient souvent par une messe. Les discussions entre collègues furent parfois vives. Des réunions syndicales se tinrent sur ce sujet, comme celle qui eut lieu en novembre 1963, dans une salle de classe à Saint-Pierre-Montlimart, pour tout le secteur géographique. Jean Berthelot fut chargé d’animer cette réunion, ouverte à tous, au cours de laquelle intervint Jean Monnier, secrétaire de l’Union départementale CFTC. Celui-ci plaida pour la transformation vers un syndicat dépourvu de l’étiquette chrétienne, ce qui ne signifiait pas le rejet des valeurs sociales portées par les chrétiens.

Lorsque la CFTC se transforma en Confédération française démocratique du travail (CFDT), en 1964, dans l’enseignement privé, un certain nombre d’adhérents n’acceptèrent pas le changement et s’organisèrent dans le Syndicat national de l’enseignement chrétien SNEC-CFTC. Sur le secteur dont Jean Berthelot avait la charge, le taux de syndicalisation baissa sensiblement sans devenir catastrophique.

Aussitôt syndiqué à la CFDT Enseignement privé, Jean Berthelot y prit toute sa place. Muté en Loire-Atlantique, il devint responsable de secteur pour plusieurs cantons du Sud-Loire. Il s’investit beaucoup pour les personnels administratifs et de services (cantines, ménage) car ils étaient peu payés et mal considérés par les directions mais aussi par certains enseignants. Avec Hubert Petitpas, il s’attela à leur défense à travers la négociation d’une convention collective nationale et, en Loire-Atlantique, par un accord d’entreprise avec l’Organisme de gestion de l’enseignement catholique (OGEC). C’est à ce titre que Jean Berthelot se vit confier par le Syndicat des travailleurs de l’enseignement privé (STEP) la responsabilité de ces catégories de personnels sur la Loire-Atlantique, avec des relations sur l’ensemble de la région Pays-de-la-Loire.

Mais, Jean Berthelot, curieux de « l’interprofessionnel », se préoccupa également de la situation des salariés des autres entreprises. C’est ainsi qu’il participa à la grande manifestation du 22 janvier 1964 pour la défense de l’emploi où 40 000 personnes battirent le pavé à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Il « monta » aussi à Paris le 8 avril 1965 avec le slogan « L’Ouest veut vivre ! ». Ce jour-là, 3 000 manifestants venus de tout l’Ouest durent jouer au chat et à la souris avec les compagnies républicaines de sécurité (CRS) pour se faire entendre sur les boulevards de la capitale.

Après son arrivée en pays clissonnais en septembre 1966, Jean Berthelot siégea au conseil départemental du STEP de Loire-Atlantique puis, après les évènements de mai 68, à sa commission exécutive. En plus de ses responsabilités au STEP, il s’investit au conseil de l’Union locale CFDT de Clisson. De grosses sections syndicales existaient sur le secteur avec la SIMO (Société industrielle des minerais de l’ouest qui exploitait des mines d’uranium), Duguy-Confection, Richard-Confection, les usines de chaussures, les jouets Lacroix, l’enseignement privé bien sûr …C’est avec l’UL CFDT de Clisson, que Jean Berthelot connut les moments les plus intenses d’action syndicale, avec par exemple plus de 500 manifestants dans les rues de Clisson en 1972, pour défendre les ouvrières de chez Duguy Confection, puis autant dans les rues de Montaigu (Vendée) où Duguy avait une autre usine. Il organisa également la grande manifestation de l’enseignement privé en avril 1974 pour défendre l’emploi des cuisinières de l’école Charles Péguy à Gorges (Loire-Atlantique), avec en prime le défilé du 1° mai à Clisson.

En mai 1968, Jean Berthelot et la plupart des collègues de son école firent grève pendant trois semaines. Les militants CFDT du Clissonnais se retrouvèrent chaque jour à l’Union locale pour faire le point sur la lutte, organiser les déplacements à Nantes pour les manifestations, obtenir auprès des municipalités des bons alimentaires pour les grévistes… Le 13 mai, plus de 600 enseignants du privé se réunirent dans la grande salle de l’Union départementale CFDT, rue de Bel-Air à Nantes. Une motion demandant la nationalisation de l’enseignement privé y fut votée à une très large majorité, ce qui fit débat pendant plusieurs années dans et hors de l’organisation.

Ce fut une intense période de discussions avec les travailleurs, dont beaucoup avaient cessé le travail, mais aussi avec la population apeurée par les évènements, voire hostile au mouvement. Finalement, ce mois de mai 68 laissa aux militants un goût amer sur le plan politique car la gauche n’était pas prête à relever le défi du pouvoir. Mais, sur le plan social, des résultats tangibles furent obtenus, avec, entre autres, le relèvement important du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG).

Sur le plan de l’enseignement privé, l’action syndicale de cette période porta sur les régularisations salariales en application de la loi Debré entrée en vigueur en 1960. Cela finit par aboutir en 1972, avec des rappels substantiels de salaire. Il fallut aussi défendre les collègues qui, n’ayant pas réussi à obtenir le certificat d’aptitude pédagogique, risquaient d’être licenciés. Après un long combat, une solution fut trouvée et, par dérogation, ils purent rester en poste.

Lors de son parcours, Jean Berthelot participa à plusieurs congrès de la Fédération de l’enseignement privé (FEP). La première fois, ce fut en mars 1968 à Besançon (Doubs). Il y découvrit alors ce qu’est une grande organisation syndicale, son fonctionnement, ses débats parfois houleux et ses motions débattues au mot ou à la virgule près. Le congrès suivant eut lieu à Cherbourg, en 1970. Les propositions, venues de Loire-Atlantique, en faveur de l’unification dans un grand service public d’enseignement donnèrent lieu à des débats âpres mais respectueux de l’ensemble des participants. Il ne fut cependant pas possible de conclure les débats dans le temps imparti. Le congrès se continua jusque très tard dans la nuit sans qu’un accord minimum ne soit atteint. Mais tous furent d’accord pour continuer la réflexion, à l’exception notable de la Vendée qui rejoignit le SNEC-CFTC.

Les débats se poursuivirent jusqu’au congrès de Saint-Etienne, en 1972 et à celui de 1974 à Lorient, avec les thèmes de l’unification du service public autogéré et de la rénovation de l’enseignement. Jean Berthelot participa à ces congrès ainsi qu’aux réunions du « Colloque de Nantes », cercle de réflexion qui regroupait des enseignants de l’enseignement privé ou public, des parents d’élèves, des étudiants et des militants syndicaux ou associatifs. Mais, en 1984, la décision de Mitterrand d’abandonner sa proposition d’unification de l’enseignement créa une immense déception parmi les militants de l’enseignement privé.

Après son départ en retraite et jusqu’en 2001, Jean Berthelot assuma les fonctions de conseiller du salarié et de défenseur prud’homal au titre de la CFDT. Il assista plus de sept cent salariés et prit en charge une cinquantaine de dossiers juridiques, les gagnant très souvent. En parallèle de son militantisme syndical, il eut de nombreuses activités associatives. Dès 1967, il adhéra à l’Action catholique ouvrière (ACO) qui fut le fil rouge de toute sa vie militante. En 1973, il fut co-créateur d’une association de gestion de centres de soins infirmiers puis de services aux personnes âgées, couvrant un territoire de dix communes autour de Clisson. Il participa au club local de basket-ball, dont il fut président, à partir de 1984, ainsi qu’arbitre officiel. Il fut aussi membre du conseil d’administration de l’association France-Roumanie de 1998 à 2009 et effectua sept séjours caritatifs à Sisesti, dans la région de Maramurès au nord-est de la Roumanie. Avec son épouse, Jean Berthelot participa aux activités du Comité catholique contre la faim (CCFD) et à celles du Secours catholique, mais sans responsabilités majeures. Il contribua ainsi à l’aide aux migrants, sous la forme d’alphabétisation, d’accueil et d’hébergement à domicile.

En 1977, Jean Berthelot fut candidat aux élections municipales à Saint-Hilaire-de-Clisson, sur une liste sans étiquette, mais de sensibilité de gauche, qui obtint six sièges sur treize et s’intégra à la majorité municipale. Il devint donc adjoint au maire. A l’élection suivante de 1983, il n’y eut qu’une seule liste candidate. Mais, victime de ratures sur son nom, il ne fut pas réélu.

Jean Berthelot se maria avec Marie-Anne Couteau, née le 6 mai 1937 à Clisson (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), institutrice. Le couple eut neuf enfants, quatre filles et cinq garçons : Vincent (1959), Hubert (né en 1960 et décédé en 1986), Jean-François (1961), Anne (1964), Cécile (1967), Christine (1969), Laurent (1971), Véronique (1972), Régis (1973) ainsi que dix-neuf petits-enfants et six arrière-petits-enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236035, notice BERTHELOT Jean, Alcide par Marie-France Gauthier, Bernard Geay, version mise en ligne le 1er janvier 2021, dernière modification le 31 décembre 2020.

Par Marie-France Gauthier, Bernard Geay

Jean Berthelot en 2010
Jean Berthelot en 2010

Sources : Arch. de l’Union locale CFDT de Clisson. — Récit autobiographique de Jean Berthelot. — Entretiens de Marie-France Gauthier avec Jean Berthelot en avril et mai 2020.

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