VALLEROT Charles Louis Constantin (de)

Par Gauthier Langlois

Né le 2 ventôse an VII (20 février 1799) à Aisey-et-Richecourt (Haute-Saône), mort le 19 septembre 1878 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; capitaine de cavalerie ; républicain démocrate-socialiste, sous-préfet quarante-huitard de Toul, proscrit du 2 décembre 1851 exilé à Jersey, sous-préfet du gouvernement provisoire de la Troisième République.

Constantin de Vallerot appartenait à une famille issue selon certains auteurs de la haute-bourgeoisie, selon d’autres de la vieille aristocratie bourguignonne. Il était fils unique du comte Louis Gabriel de Vallerot (1755-1842), capitaine de cavalerie et de Charlotte Guyon de Raville (1774-1799) qui mourut des suites de l’accouchement. Il avait épousé, le 30 juillet 1831 à Paris, Thérèse Durand (1807-1872) d’où il eut un fils unique, Philibert Louis Constantin (1833-1911).

Il avait la réputation d’être un républicain avancé, d’être un homme solide et un rude champion dans les affaires d’honneur. Au temps où il était garde du corps il avait en effet tué un de ses collègues dans un duel au pistolet. Et, en 1848, il avait failli se battre en duel avec un de ses collègues du conseil général nommé Fraisse.

À la veille de la révolution de février il résidait à Nancy où il vivait, semble t-il, de ses rentes. À la proclamation de la Seconde république, il s’engagea en devenant membre de la Commission provisoire dénommée Conseil général d’organisation pour le département de la Meurthe, chargée d’administrer le département. La population de Toul s’étant révoltée contre les gabelous, les commissaires de la République Barthélémy puis Quillen ayant successivement échoués à rétablir l’ordre, le 7 mars, la commission le nomma à l’unanimité sous-préfet de cette ville. Celui-accepta volontiers à condition qu’il irait gratuitement et qu’il n’emploierai en aucun cas la baïonnette. Trois jours après, le calme revenu, il participait à la plantation d’un arbre de la liberté et prononça à cette occasion un discours, aux côtés du maire Joseph André Didelot, du docteur Pierre Nacquard, président du club démocratique, de l’abbé Georges, curé de la cathédrale et du rabbin de Nancy. Au mois de juin il eût à faire face, avec le préfet et le maire de la ville, à une nouvelle insurrection menée par le marchand de vin Jean-Baptiste Louis Bezel. Il resta en place jusqu’en septembre 1848, date à laquelle il fut candidat malheureux à l’assemblée législative, soutenu par les sociaux-démocrates qui le présentaient ainsi :

« Ex comte, il a, dès sa première jeunesse rompu avec sa caste. Libéral sous la Restauration, républicain sous les d’Orléans, démocrate sous la République, ses sentiments ont toujours été en avant des plus généreux. Il a eu l’honneur d’être traduit en 1830 aux assises de la cour royale pour ses opinions qui l’on fait encore emprisonner en 1831. »

Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il réussit à s’enfuir en Belgique et se fixa à Liège. Rentré trop tôt, il fut arrêté, en janvier 1852, puis condamné par la Commission mixte Meurthe à l’expulsion. La condamnation était motivée par le commentaire suivant :

« Membre de la Commission provisoire le 26 février 1848, sous commissaire à Toul le 7 mars suivant. Fut présenté comme candidat à l’assemblée législative par le Comité démocratique. Voici un extrait de la notice qui fut publiée sur lui à cette occasion : (voir plus haut...). C’est un homme d’action, capable d’exercer un commandement et par cela même très dangereux. Il est brave, audacieux et plusieurs fois il a exposé sa vie pour le parti socialiste dont il aurait voulu se faire reconnaître comme chef. »

Libéré le 18 mars 1852, il se réfugia à Jersey où il trouva un emploi de gardien de marché. Il participa aux activités politiques des proscrits et notamment à une déclaration publique datée de Saint-Hélier, 9 avril 1853, signée également par Félix Mathé, Antoine Serre, Prosper Jeannin, François Bourachot et Grand. En octobre 1855, suite au « Coup d’État de Jersey », il fit partie des exilés réfugiés chez le colonel Pianciani, prêts à se défendre contre les jersiais voulant s’en prendre aux proscrits. Il vint ensuite prêter main forte, avec le proscrit Ratier, les jersiais Charles Asplet et Derbyshire à Victor Hugo et ses proches dans leur maison de Marine Terrace.

Le 21 septembre 1870, malgré son âge et parce qu’il était considéré comme un républicain fidèle, il fut nommé, par le gouvernement provisoire de la République, sous-préfet de Mamers (Sarthe). Muté à Beaune (Saône-et-Loire) en avril 1871, il quitta ses fonctions le mois suivant pour prendre sa retraite à Nancy. La même année son fils Philibert Louis Constantin fut nommé sous préfet de Pontoise et fit par la suite carrière comme conseiller à la Cour des comptes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236090, notice VALLEROT Charles Louis Constantin (de) par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 1er janvier 2021, dernière modification le 2 janvier 2021.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives nationales F/7/*/2595 (liste générale), BB/30/401 (Procès-verbal des délibérations du Tribunal mixte du département de la Meurthe). — « Les cahiers du capitaine Dauny. Mémoires inédits sur la Révolution de 1848 à Nancy », Le Pays lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée, 1911, p. 692, 694, 702. — Journées illustrées de la révolution de 1848, 76e livraison, 15 septembre, p. 302-303, Paris, A. Lemerre, 1875, p. 241-243. — Le journal d’Adèle Hugo : 1853, Paris : Lettres modernes : Minard, 1968, p. 482. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Vallerot (de) - Constantin », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Christiane Lamoussière, Patrick Laharie, « VALLEROT (Charles Louis Constantin de) », Le personnel de l’administration préfectorale, 1800-1880 : répertoire nominatif : répertoire territorial et introduction, Paris : Centre historique des Archives nationales, 1998. — « VALLEROT Philibert Louis Constantin de », Dictionnaire historique, généalogique et biographique (1807-1947), Cour des Comptes, [en ligne], consulté le 1er janvier 2020.

Version imprimable Signaler un complément