ALBIACH Manuel

Par André Balent

Né le 26 janvier 1906 à Colungo (province de Huesca, Aragon, Espagne), mort vers 1951 ; instituteur de l’Ariège ; résistant (Front national) ; proche du Parti communiste

Son père, né le 4 mai 1880 à Montcada (province de Valence, Communauté valencienne, Espagne) était tailleur de pierres. Il s’établit avec sa famille en 1908 à Seix (Ariège), dans la vallée du Salat, en Couserans. Il y exerça son métier. En effet, beaucoup de carrières étaient en activité autour de Seix. Manuel Albiach père fut naturalisé Français, avec sa famille le 23 novembre 1923. Manuel Albiach fils était l’enfant unique de la famille. Il se maria le 26 décembre 1928 à Castelnau-Durban (Ariège) avec une institutrice, Berthe, Marie, Raymonde Subra, née le 3 février 1907 à Rabat (Ariège) et morte le 16 octobre 1995 à Foix (Ariège), fille d’un instituteur, Jules Subra. Ils eurent deux fils : René, né le 1er octobre 1931 et Jean, Vincent né le 26 janvier 1935.

Manuel Albiach fut admis à l’école normale de garçons de Foix. Il fut élève maître du 26 janvier 1923 au 30 septembre 1924. Le 30 septembre 1924, il fut nommé instituteur stagiaire à Seix. Il assura ces fonctions jusqu’au 11 mai 1924. Il fit son service militaire dans l’armée du Rhin du 14 mai 1924 au 15 septembre 1926. Il fut ensuite nommé instituteur stagiaire à Alzen, village du Couserans (du 11 septembre 1926 au 30 septembre 1926). Titulaire, il exerça ensuite dans divers villages du Couserans, sauf Sorgeat, dans le Sabarthès (haute vallée de l’Ariège, près d’Ax-lmes-Thermes) : Couflens (du 15 septembre au 31 octobre 1927), Santaraille (du 1er septembre 1927 au 30 septembre 1931), Sorgeat (du premier octobre 1931 au 30 septembre 1932), Arrien-en-Bethmale (du 1er octobre 1932 au 13 septembre 1938). Le 1er octobre 1938, il fut nommé à Artigat, localité de la vallée de la Lèze, dans le piémont des Pyrénées. Mobilisé le 23 août 1939 au 5e bataillon de Chasseurs pyrénéens, avec le grade de sergent, il gagna la zone « des armées » (front) le 9 mars 1940. Il fut démobilisé le 22 juillet 1940. Il retrouva sa classe à Artigat à la rentrée d’octobre 1940. Se sentant menacé par les mesures prises par Vichy contre les naturalisés, il écrivit, le 28 octobre 1940, une lettre au secrétaire général de la présidence du Conseil. Il sollicitait « son maintien dans ses fonctions d’instituteur bien que ne possédant pas la nationalité française à titre originaire ». Il faisant état de son mariage avec une française de naissance, de ses enfants « en bas âge » et de ses états de services militaires , y compris en temps de guerre, comme en mai-juin 1940. Il faisant également remarquer qu’il « ne s’était jamais livré à une activité politique extrémiste ». Nous savons que son beau-père était un sympathisant (adhérent de base ? ) du Parti communiste, mais dans ces circonstances, il valait mieux, pour lui, faire oublier d’éventuelles sympathies passées pour ce parti. Nous remarquons cependant qu’il devait être suspect à l’Administration. Ses notes d’inspection furent baissées sous le régime de Vichy.

À la rentrée d’octobre 1943, il fut muté à l’école de perfectionnement pour enfants handicapés de Montgauzy (quartier de Foix). Cette école avait été ouverte à la rentrée de 1943, en application d’un arrêté du ministre de l’Éducation nationale du 10 mars 1943 autorisant l’ouverture d’une école de perfectionnement dans les anciens locaux de l’école normale de garçons supprimée par Vichy. À cette époque, Manuel Albiach était devenu un résistant actif, membre du Front national et peut-être adhérent — en tout cas sympathisant — du Parti communiste clandestin. Le 26 décembre 1943, il fut détaché, avec son épouse, à cette nouvelle école de trois classes. Le directeur de l’école de Montgauzy était un Mosellan pro-nazi, Victor Bahé né en 1898. Mobilisé dans l’armée allemande à la fin de la Première Guerre mondiale, il avait été décoré de la Croix de fer. Avant la guerre et jusqu’en 1943, dans la Lorraine annexée, il était instituteur à Saint-Avold (Moselle). Expulsé de Lorraine en janvier 1943, il était installé à Foix depuis juin 1943. Directeur et économe de l’école de Montgauzy, à la rentrée scolaire de 1943, il y accueillit chaleureusement, avec sa femme, des détachements des troupes d’occupation et détourna à leur profit le ravitaillement destiné aux élèves. Il s’y livrait à des festivités décorant ostensiblement les locaux scolaires avec des drapeaux de l’Allemagne nazie. Sa pratique parfaite de l’allemand facilitait les contacts avec les soldats qu’il accueillait. On comprend que Albiach qui travaillait dans l’école ait pu ressentir quelques malaise. Alors que, pendant l’été 1944, se profilaient des perspectives pour la libération prochaine du territoire, le beau-père de Manuel Albiach, Jules Subra, fut victime d’une tragique bavure du maquis (FTPF et AGE) du col de la Crouzette, dans le massif de l’Arize. Le 15 juillet 1944, des hommes de main de la Sipo-SD de Saint-Girons (Ariège) affiliés au PPF (Parti populaire français) massacrèrent sauvagement deux notables qui aidaient les maquis des FTPF et de l’AGE de la Crouzette, Paul Laffont, ancien député et ministre et Charles Labro, médecin. René Plaisant, chef charismatique des FTPF de la Crouzette, réagit en impulsant la création d’un « tribunal du peuple » destinés à punir les traîtres et les collaborationnistes. Mais ce « tribunal » s’en prit aussi à des innocents parmi lesquels des résistants ou des sympathisants de la Résistance, parmi lesquels le beau-père d’Albiach.

Les époux Bahé furent arrêtés après la Libération de Foix, le 19 août 1944. Le 9 mars 1945, Victor Bahé fut condamné par la cour de Justice de l’Ariège à cinq ans de prison, à l’indignité nationale et à l’interdiction de séjourner dans l’Ariège. Sa femme fut condamnée à une peine similaire. Plus tard, les époux Bahé bénéficièrent d’une amnistie. Le 24 avril 1945, le préfet de l’Ariège, Ernest de Nattes, nomma à titre provisoire, sur proposition de l’inspecteur d’Académie de l’Ariège, Manuel Albiach directeur de l’école de Montgauzy. Si son beau-père Jules Subra fut finalement réhabilité en 1952 en recevant officiellement la mention « mort pour la France », on peut penser que ce le fut après les démarches entreprises par sa fille Berthe et son beau-fils, Manuel Albiach. Nommé le 1er octobre 1945, à l’école de garçons de Pailhès (sa femme étant nommée à l’école de filles), au pied du Plantaurel, dans la vallée de la Lèze, affluent de l’Ariège, il finit par se stabiliser à Rieux-de-Pelleport, gros village à proximité de Pamiers. À Pailhès, comme à Rieux-de-Pelleport, il y était, comme sa femme, chargé d’école. Après 1945, ses notes d’inspection furent à nouveau excellentes. Il obtint 18 lors de sa dernière inspection, le 19 décembre 1950, à Rieux-de-Pelleport. Sa fiche de notations lors d’inspections successives ne va pas au-delà de 1951, ce qui laisse penser qu’il mourut cette année-là. Cette fiche porte, en marge, la mention « décédé ». Sa femme, par ailleurs, obtint une mutation à Ferrières, à compter de la rentrée scolaire de 1952.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236124, notice ALBIACH Manuel par André Balent, version mise en ligne le 2 janvier 2021, dernière modification le 2 janvier 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 273 W 250, dossier professionnel de Manuel Albiach, instituteur ; 273 W 1, dossier professionnel de Berthe Subra, institutrice, épouse Albiach. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, 514 p. [p. 134, 458-459]. — Élérika Leroy, Les résistants et l’épuration. Aspects de la répression contre les collaborateurs dans le Midi toulousain 1943-1953, Mémoire de maîtrise, dir. Pierre Laborie, université de Toulouse-Le Mirail, 1998, 200 p. [p. 52-57]. — Notes communiquées, 4 décembre 2020, par Élérika Leroy (liste nominative des personnes exécutées par le maquis da Crouzette en juillet 1944). — Renseignements concernant Victor Bahé et sa femme communiqués oralement par André Laurens (31 décembre 2020).

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