FAVRE Maurice, Ernest

Par Daniel Grason

Né le 22 avril 1920 à Poissy (Seine-et-Oise, Yvelines), mort le 18 avril 1994 à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ; manœuvre ; communiste ; résistant ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Maurice et d’Ernestine née Lefèvre, Maurice Favre à l’issue de l’école primaire obtint le CEP. Il vivait chez ses parents 14 rue du Peuplier à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis). Il travaillait comme manœuvre au champ d’aviation du Bourget. De la classe 1940, il n’avait pas été mobilisé.
Membre des Jeunesses communistes, il manifesta sur les Grands Boulevards à Paris le 14 juillet 1941. Interpellé par les Autorités allemandes, il fut condamné à trois mois de prison.
Lors de filatures, il fut repéré par des inspecteurs de la BS1, notamment lors de ses rencontres avec Bougon. Interpellé le 24 juillet 1943 par deux inspecteurs de la BS1, fouillé, il portait sur lui une lettre signée Michel qui était adressée à Jean. Deux enveloppes qui portaient des indications manuscrites relatives à des rendez-vous. Il détenait également deux clefs d’un local situé au 40 rue de la Goutte d’Or à Paris (XVIIIe arr.).
Lors de la perquisition domiciliaire, les policiers saisissaient 500 exemplaires de L’Humanité et de la Vie Ouvrière de juin 1942, ainsi qu’une brochure intitulée Le Vol de l’Aigle qui relatait le retour de Napoléon Ier depuis l’Ile d’Elbe, entre le 1er et le 20 mars 1815. Mais il ne s’agissait pas d’épopée Napoléonienne, mais d’un fascicule des Cahiers du bolchevisme.
Des annotations au crayon étaient portées sur le verso d’une enveloppe des Messageries de Journaux. Un policier lui demanda des explications. Il répondit qu’il s’agissait de rendez-vous dont l’un qui datait de plusieurs semaines avait eu lieu au café « La Ville d’Aulnay » avec Crapier.
Les policiers voulaient connaître l’origine et la destination des exemplaires de L’Humanité et de la Vie Ouvrière. Il reconnaissait détenir journaux ronéotés depuis plusieurs jours, puis il biaisa : « Je ne les ai pas distribués parce que je n’étais plus très sûr en conscience dans mes convictions politiques. »
Il affirma qu’avant la guerre il n’était pas membre du Parti communiste ou d’organisations de la IIIe Internationale. Il raconta que quelques mois auparavant il avait fait connaissance avec un prénommé « Paul ». Celui-ci lui aurait fait « l’apologie du Parti communiste et de l’armée soviétique », et Maurice Favre de reconnaître « il m’a décidé à accepter de participer à la propagande communiste clandestine. » Et de reconnaître qu’il avait « accédé à son désir. » « Paul » le mettait en contact avec « Bréart » qui lui présenta Bougon.
L’un des interrogateurs lui fit part qu’il avait été filé et vu les 7 et 13 juillet en compagnie de Bréard et de Bougon et d’un troisième homme qui n’avait pas été identifié. Maurice Favre reconnaissait avoir donné des tracts à Bougon.
Les policiers voulaient connaître l’identité de celui qui avait signé la lettre « Michel ». Maurice Favre a été probablement tabassé, il lâcha le nom du signataire Pierre Crapier dont le père s’était évadé du camp de Compiègne. Sur les papiers saisis figuraient d’anciens rendez-vous de « repêchages ».
Les policiers organisèrent une confrontation entre Maurice Favre et Pierre Bréard. Favre récusa les affirmations de Bréard. Il comparut le 22 juin 1943 devant la Section spéciale qui le condamna à trois ans de prison et 1200 francs d’amende.
Le 12 mai 1944 il était dans le convoi de 2073 hommes à destination de Buchenwald en Allemagne. Maurice Favre participa aux actions de solidarité à l’intérieur du camp qui étaient autant d’actes de résistance à la barbarie. Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Maurice Favre a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Il mourut le 18 avril 1994 à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236128, notice FAVRE Maurice, Ernest par Daniel Grason, version mise en ligne le 2 janvier 2021, dernière modification le 2 janvier 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z-4-80-dossier 536. – Arch. PPo. BA 2056. – Bureau Résistance GR 16 P 218959. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Site internet Match ID décès.

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