BOCQUET André, Paul, Jean, Louis

Par Madeleine Singer

Né le 12 avril 1934 à Thiant (Nord) ; professeur agrégé d’histoire ; syndicaliste SGEN et militant PS du Nord, membre du bureau de l’Union d’arrondissement CFTC puis CFDT de Valenciennes (Nord) à partir de 1962, président de ce bureau (1970-2000) ; membre de l’ACO.

André Bocquet était l’aîné des trois fils de Pierre Bocquet ; ses frères étaient l’un ingénieur diplômé de l’Institut catholique des arts et métiers (ICAM) de Lille (Nord), l’autre curé-doyen à Saint-Amand-les-Eaux (Nord). Pierre Bocquet était un menuisier, salarié depuis 1935 de la société Éternit à Prouvy (Nord) ; il fut contremaître au service entretien jusqu’à sa retraite, après avoir été prisonnier de guerre de 1940 à 1945. Il avait épousé Marie-Jeanne Lanselle qui fut jusqu’à la naissance de son deuxième enfant, employée de bureau à la société « Boulonnerie de Thiant ». André Bocquet fréquenta l’école communale de Thiant et partit en 1946 à l’Institution Notre-Dame de Valenciennes ; il y passa en 1952 le baccalauréat (série philosophie) avec la mention Bien. Il s’inscrivit alors aux Facultés catholiques de Lille, obtint la licence d’histoire en 1955, le diplôme d’études supérieures (DES) en 1956 et le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire (CAPES) l’année suivante. Après un an au centre pédagogique régional (CPR) de Lille, il fut nommé au collège Jessé de Forest à Avesnes-sur-Helpe (Nord) car il ne fit pas de service militaire, ayant été réformé. Il fut muté en 1959 au lycée Paul Duez à Cambrai (Nord) et en 1961 au lycée Henri Wallon à Valenciennes où il prit sa retraite en 1994. Il avait été nommé agrégé par promotion interne en 1993.

André Bocquet avait épousé en 1972 Monique Weisse qui, titulaire d’une maîtrise d’histoire, enseignait à l’institution « La miséricorde » de Metz (Moselle) et adhérait à la Fédération de l’enseignement privé, affiliée à la CFDT. Le père de celle-ci, instituteur public, appartenait au SGEN depuis la fondation du Syndicat en Moselle en 1945. Les futurs époux firent connaissance au cours d’un voyage en Roumanie, organisé par « Vie nouvelle » en 1971. Tous deux étant historiens, l’animateur du groupe leur avait proposé de faire un exposé sur l’histoire de la Roumanie. Monique Bocquet travailla d’abord à mi-temps dans un établissement de Valenciennes, puis à la naissance du deuxième enfant, cessa toute activité professionnelle pour se consacrer à ses enfants ainsi qu’au bénévolat (parents d’élèves, catéchèse, etc.). Le couple eut deux fils, l’un élève de l’ENA, fut inspecteur à l’Inspection générale des affaires sociales, l’autre, éducateur spécialisé, se consacra à la protection judiciaire de la jeunesse.

Pendant ses jeunes années, André Bocquet eut des activités paroissiales (liturgie, etc.) et fut l’un des animateurs de l’association Pro-Vita de Valenciennes qui organisait des séjours de vacances pour enfants et adolescents. Il lisait alors La Vie catholique, Témoignage chrétien, des revues historiques ainsi que des quotidiens régionaux (Voix du Nord, Croix du Nord). À son arrivée au CPR en 1957, il adhéra au SGEN. Ses origines sociales, sa fréquentation des milieux proches du catholicisme social et de la démocratie chrétienne, son rejet de la mentalité bourgeoise rencontrée chez certains condisciples de l’Institution Notre-Dame qui méprisaient les ouvriers, « malheureux parce qu’ils sont tous alcooliques et ne savent pas gérer leur budget », tous ces facteurs l’avaient porté à la contestation de l’ordre social existant, notamment dans le Valenciennois. En même temps il était éloigné des communistes qui, à Thiant, étaient idéologiquement des staliniens, appliquant sans faille la discipline du Parti ; ils avaient conquis en 1937 la mairie et l’avaient ensuite conservée.

Dès 1960 André Bocquet qui habitait déjà à Thiant, y devint membre de l’Action catholique générale des hommes (ACGH) et ne quitta cette association qu’en 1972 quand il appartint à l’Action catholique ouvrière (ACO) du secteur de Valenciennes. Depuis 1960 il fréquentait en même temps la Paroisse universitaire, participant aux diverses sessions ou rencontres. Ensuite il se contenta de recevoir le bulletin de cette association et finit par résilier en 1994 son abonnement car il n’avait pas le temps de le lire. En outre dès 1962 il fit partie du Centre d’études et d’action sociale (CEAS) de Valenciennes qui rassemblait des chrétiens diversement engagés sur le terrain social, politique, économique, syndical : il s’agissait de réfléchir sur les problèmes économiques et sociaux de la région, afin de faire des propositions en direction des décideurs (élus politiques, responsables économiques, services sociaux, etc.). Ce travail ne survécut pas aux grandes crises qui secouèrent l’économie du Valenciennois dans les années 1970, vu la fermeture d’usines métallurgiques.

André Bocquet fut tout de suite secrétaire de la section SGEN du CPR ; il exerça la même fonction au lycée Paul Duez de Cambrai, puis au lycée Henri Wallon de Valenciennes où il la conserva jusqu’à la retraite. Il fut un des piliers locaux du Syndicat : il participa au bureau académique du Second degré de 1965 à 1974 et fut secrétaire du secteur SGEN du Valenciennois au bureau duquel il appartenait depuis 1961. Il passa au bureau du Syndicat de Valenciennes quand en 1980 le SGEN se transforma en une Fédération de syndicats et y siégeait toujours en 1999. Il fut à de nombreuses reprises candidat SGEN lors des élections à la commission administrative paritaire académique (CAPA) des certifiés, dans un rang qui ne lui imposait pas le risque d’être élu, vu ses engagements sur le plan confédéral.

Peu après son arrivée à Valenciennes, André Bocquet était en effet devenu membre du bureau de l’Union d’arrondissement CFTC-CFDT et en fut élu président en 1970 ; il allait le demeurer pendant de longues années. Or ce n’était pas une sinécure. Statutairement il présidait les réunions du bureau de l’Union et faisait respecter ses statuts. Juridiquement il la représentait dans ses relations avec l’extérieur : élus des localités, sous-préfecture, chambre de commerce, presse locale, organismes financiers, etc. ; il allait éventuellement en justice si l’Union était impliquée dans une affaire. Politiquement il veillait à la bonne marche de l’Union, à l’entente entre ses membres et entre les syndicats, au désamorçage ou au règlement des conflits qui pouvaient survenir. Il travaillait évidemment en liaison avec le secrétaire général, Robert Tonnoir* avec lequel une bonne entente devait régner et en collaboration avec les autres membres du bureau. Sa mission majeure était de promouvoir l’image et l’influence de la CFDT dans l’arrondissement. André Bocquet déclarait qu’il avait particulièrement lutté pour que la CFDT devint un élément incontournable dans la politique de reconversion économique et sociale du Valenciennois. Son mandat s’achevant en 2000, il pensait quelques mois auparavant n’en pas solliciter le renouvellement, d’autant plus qu’il avait d’autres charges syndicales.

André Bocquet avait siégé de 1971 à 1985 au conseil de l’Union régionale Nord-Pas-de-Calais où figuraient des représentants désignés par les Unions locales qui après 1985 furent remplacées par des zones, ce qui entraîna la disparition de cet organisme. Mais en 1999 André Bocquet continuait à représenter la CFDT dans l’Association pour le développement du Valenciennois (ADV), comme il le faisait depuis la création de celle- ci en 1989.

Or sa retraite en 1994 lui avait permis d’accepter de nouvelles responsabilités. Il siégea dès lors au titre du SGEN de Valenciennes dans le bureau CFDT de la zone Sambre-Escaut où son mandat en cours ne s’achèvera qu’en 2001. Depuis 1994 également il représentait la CFDT dans le Conseil syndical interrégional qui regroupe les Unions de syndicats adhérant à la Confédération européenne des syndicats (CES) dans le Pas-de-Calais et le Nord ainsi que dans les deux provinces belges qui ont avec ce dernier département des frontières communes : le Hainaut, capitale Mons, et la Flandre occidentale, capitale Bruges. Ce Conseil concerne en outre le comité de Kent, c’est-à-dire une subdivision administrative de la Grande-Bretagne, qui fait face au littoral du Nord-Pas-de-Calais : région de Canterbury, de Douvres, de Brighton et d’Alford. Le mandat d’André Bocquet, renouvelé en 1999, ne se termine qu’en 2001.

Mais depuis 1994 la majeure partie de son temps était consacrée au Conseil économique et régional (CESR) du Nord-Pas-de-Calais. Le nombre des délégués étant fixé par le Préfet en fonction des résultats aux élections professionnelles, la CFDT y a sept représentants contre dix pour la CGT, sept pour FO, cinq pour la CFTC, deux pour l’Union nationale des syndicats autonomes qui regroupe avec les anciens FEN quelques petits syndicats (police, etc.). André Bocquet siégeait donc dans les commissions (« Affaires européennes et internationales » ; « Aménagement du territoire et cadre de vie »), dans les groupes de travail qui ont des cadences variées, dans les séances plénières qui ont lieu une fois par mois sur des thèmes précis. Tout cela impliquait l’étude à Lille de nombreux dossiers ainsi que la participation au travail des sept délégués CFDT qui préparaient en commun chaque réunion. Ce Conseil s’occupe notamment des contrats de plan qui sont passés tous les cinq ou six ans entre l’Etat et la région. Le mandat d’André Bocquet ne s’achève qu’en 2002.

André Bocquet s’était également intéressé à la politique. Membre du Parti socialiste (PS) à partir de 1973, il fréquentait la section d’Aulnoy-les-Valenciennes, mais sans avoir de mandats électifs. Il avait toutefois été candidat aux élections municipales de Thiant en 1959 et en 1965, sur une liste « Défense des intérêts communaux », face à une municipalité communiste qui demeura en place. Bien entendu les charges syndicales d’André Bocquet lui permirent ultérieurement d’adhérer seulement au PS sans y avoir d’activité.

André Bocquet était chevalier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23623, notice BOCQUET André, Paul, Jean, Louis par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 février 2009, dernière modification le 25 février 2009.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, thèse, Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J1471, notamment le carton 24 pour l’académie de Lille) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Le Cerf, 1993, collection « Histoire » (Arch. Dép. Nord, J1578). — Notes de Gilbert Ryon à Madeleine Singer, 17 septembre 1999. — Lettres d’André Bocquet à Madeleine Singer, 15 juin 1999, 21 septembre 1999, 22 novembre 1999 (Arch. privées).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément