FRANCQ Gustave.

Par Jean Puissant

Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 12 mars 1871 – Montréal (Québec, Canada), 2 janvier 1952. Typographe, imprimeur, syndicaliste, dirigeant syndical au Québec, réformateur social, franc-maçon.

D’après son biographe, Eric Leroux, Gustave Francq, orphelin de père, pensionnaire d’un établissement catholique de Tournai (pr. Hainaut, arr. Tournai), aurait fait la connaissance d’un prêtre québécois qui lui fait l’éloge de « la belle province ».

À l’âge de quinze ans, Gustave Francq gagne Québec (1886) et devient apprenti typographe. Participant actif à la préparation d’une grève, il obtient son adhésion exceptionnelle, en décembre 1887, au syndicat l’Union typographique qui ne prévoit pourtant pas ce type d’affiliation. La grève entamée en janvier 1888, il est immédiatement licencié. Il parvient néanmoins à obtenir la citoyenneté britannique en février 1891, se marie à la fin 1891, et, ne trouvant probablement de travail, il gagne Lowell au Massachusets (États-Unis)) où naissent ses trois fils (entre 1891 et 1896).

Gustave Francq rentre en Belgique avec sa jeune famille (1896-1900), puis retourne au Québec et s’installe à Montréal en 1900. En 1902, il crée la Mercantile printing entreprise très vite spécialisée dans les organes syndicaux, dans la période d’entre-deux guerres, qui est active jusqu’en 1949. Elle devient une imprimerie attitrée du Ministère du Travail.
Durant la Première Guerre mondiale, deux des fils de Francq s’engagent comme volontaires dans l’armée pour défendre le pays d’origine de leur père et combattent sur le front. Gustave Francq organise l’aide à la Belgique et défend l’idée de la conscription (1917), ce qui lui vaut l’hostilité des syndicats. Pour son engagement en faveur de la Belgique, Francq est fait chevalier de l’ordre de Léopold.

Pour ce qui concerne ses activités syndicales, Gustave Francq est admis à l’Union typographique - Jacques Cartier de Montréal dont il devient un des responsables. Il est président du Conseil de la Chambre des métiers et du travail de Montréal (CMTM) de 1909 à 1917 et vice-président du Conseil national de cette confédération syndicale (CMTN) de 1909 à 1910. Partisan des syndicats de métiers et donc méfiant à l’égard de la formation de syndicats d’industrie, Francs est un des principaux partisans des syndicats internationaux et donc des relations avec l’American Federation of Labour (AFL). Après avoir dû quitter ses fonctions à la CMTM en raison de ses engagements pendant la Première Guerre mondiale, il les reprend d’autant plus qu’il a fondé Le Monde ouvrier en 1916. C’est un important organe syndical, mais à vue large, tourné vers les questions sociales, les réglementations et législations sociales et politiques et dont Francq est un des principaux rédacteurs (1 500 textes). En 1938, il participe à la création de la Fédération provinciale des travailleurs du Québec (FPTQ), créée pour lutter contre les conséquences sociales de l’avènement du gouvernement réactionnaire de Maurice Duplessis. Il est secrétaire à l’organisation et se préoccupe de la formulation des principes de base de la fédération.

Devenu fonctionnaire par deux fois, Gustave Francq participe ou anime diverses commissions. Il préside la commission du salaire minimum des femmes du Québec (1925-1937). Il est vice-président de la Commission nationale du salaire minimum (1939-1944). Ensuite, il participe à nouveau à la vie syndicale à la FPTQ.

Du point de vue syndical, internationaliste (collaboration entre les syndicats d’Amérique du Nord), Gustave Francq défend, nous l’avons dit, la prééminence des syndicats de métier sur les syndicats d’industrie. À ce titre, après la Première Guerre mondiale, il s’oppose activement aux tentatives de centralisation et d’uniformisation défendues par les partisans de la One Big Union (OBU), qu’il soupçonne d’influence bolchévique, ce qu’il dénonce vivement par ailleurs. Il réfute l’idée même de grève générale. Il s’oppose également à la création de Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), dénonçant la confusion entre religion et lutte syndicale. La question concerne tous les travailleurs quelle que soit leur religion. Francq défend un programme social radical, la journée des six heures, la semaine de cinq jours, l’arbitrage et la conciliation, l’égalité hommes-femmes, les réformes politiques nécessaires comme la généralisation du suffrage universel, l’instruction obligatoire, la création d’un ministère de l’Éducation, le vote des femmes. En mai 1951, il crée également de l’Institut d’éducation ouvrière au Petit lac long dans les Laurentides au nord de Montréal.

Gustave Francq n’est pas socialiste. S’il a été un des principaux dirigeants du « parti ouvrier » (travailliste de 1906 à 1916), il s’en éloigne lorsque les socialistes y deviennent plus influents. Il ne remet pas en cause le capitalisme, mais envisage le rôle régulateur et conciliateur de l’État. Il est proche de l’aile gauche du Parti libéral et soutient à diverses reprises ce parti contre la droite conservatrice. Francq est franc-maçon, membre de la loge L’Émancipation, et fonde la loge Force et Courage.

Dirigeant réformiste favorable à la concertation sociale, Gustave Francq, honoré la distinction de « Member of the Britisch Empire » et qui a une rue à son nom à Montréal, fait partie de la liste des « Personnes d’importance historique nationale » du Canada. Le Monde ouvrier est toujours l’organe des syndicats québecois, son inlassable animateur est considéré comme un des principaux fondateurs du syndicalisme francophone au Canada.

À ce stade, nous ne savons pas si ses origines belges qu’il revendique, son séjour de quatre ans en Belgique à la fin du 19e siècle, ont joué un quelconque rôle dans ses engagements.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236276, notice FRANCQ Gustave. par Jean Puissant, version mise en ligne le 5 janvier 2021, dernière modification le 25 juin 2021.

Par Jean Puissant

SOURCES : LEROUX E., Gustave Francq. Figure marquante du syndicalisme et précurseur de la FTQ, Montréal, VLB, 2001 (collection Études québecoises) – LEROUX E., La pensée de Gustave Francq, syndicaliste et réformateur social. Textes choisis, 1905-1948, Montréal, RCHTQ, 2001 (collection Études et documents).

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