BOUCHERON Alphonse, Hubert, Georges

Par Jean-Louis Prud’homme

Né le 25 décembre 1880, Paris (XIVe arr.), mort le 2 janvier 1946 à Paris (VIIIe arr.) ; avocat ; socialiste puis socilaiste indépendant et radical ; député

Photo duPetit Parisien du 22 février 1913- BNF GALLICA

Jusqu’en 1925 il demeura 129 boulevard de Grenelle, dans le 15ème, puis au 43 boulevard Malesherbes dans le VIIIe. arr. Avocat à la cour d’appel de Paris, il fut avocat conseil de la chambre syndicale de la maçonnerie.
Proche de Gustave Hervé dont il fut l’avocat et dont il dit, lors de son procès aux assises le 10 novembre 1911 pour, apologie de faits qualifiés de crimes et pour injures à l’armée, « l’homme qui m’honore du soin de sa défense n’est pas mon client, mais mon maître et mon ami. » Dès mars 1908, il assista Me Jacques Bonzon dans la défense d’Hervé, lors de son passage devant le conseil de l’ordre en vue de sa radiation du barreau.
Il donna quelques conférences au nom du parti socialiste sur le thème de l’armée. Le 27 novembre 1908, salle de l’Églantine parisienne, à l’occasion de la reconstitution du groupe socialiste du XVe, il traita du rôle de l’élément militaire dans les différentes révolutions. Il participa à une autre sur le devoir des prolétaires soldats envers leurs frères travailleurs au 18 rue des Huissiers à Neuilly-sur-Seine le 26 septembre 1908, avec Jean Majoret et Henri Wallon. Le 28 septembre 1909 à la maison des syndiqués, 117 boulevard de l’hôpital, il fit partie des orateurs inscrits au meeting antimilitariste à l’occasion du départ de la classe.
Il plaida dans de nombreux procès faits aux militants socialistes, anarchistes ou antimilitaristes. Le 10 avril 1908, il assura la défense d’Alzir Hella et Fernande Richir devant la Cour d’assises de Saint-Omer devant laquelle ils firent inculpés de provocations de militaires à la désobéissance pour des articles parus dans l’Action syndicale de Lens. En février 1909, il défendit successivement Daniel Gerbault, ancien administrateur de la Guerre Sociale, accusé d’émission de faux mandats internationaux, puis Victor Méric pour outrages à l’armée dans Les Hommes du jour du 14 novembre 1908. Le 15 mars 1909, il défendit Pierre Couderc dans l’affaire des 8 postiers arrêtés au Central télégraphique de Grenelle et inculpés d’outrages à un magistrat de l’ordre administratif dans l’exercice de ses fonctions, Julien Simyan, Sous-secrétaire d’État aux Postes et télégraphes. En novembre 1910, il défendit deux proches de Gustave Hervé, Miguel Almereyda (Eugène, Bonaventure, Jean-Baptiste Vigo, dit) et Eugène Merle (Jean, Eugène Merlot, dit) accusés d’être auteurs, dans le journal La guerre sociale, d’excitations violentes à l’adresse des cheminots lors de leur grève du 11 au 18 octobre 1910. Il défendit le 24 mai 1911 Louis Alignier, Nicolas Boudot et Edouard Forget accusés d’affichage antimilitariste. Le 6 juin 1911, il défendit Raoul Auroy pour l’article Oraison funèbre du colonel Moll paru dans le journal la Guerre Sociale, dont il était le gérant, signé un "Sans Patrie", article duquel Gustave Hervé s’accusa d’être l’auteur. Le 12 août 1911, il défendit les jeunes gardes révolutionnaires (jeunes syndicalistes socialistes et libertaires proches de Gustave Hervé) Jean Goldschild dit Goldsky, Emile Méo dit Tissier et René Dolié dans le cadre de l’affaire de séquestration de Dudragne et Métivier, considérés par eux comme des agents provocateurs à la solde de la police. À la même époque, il défendit Ferdinand Louis Dumont secrétaire du syndicat des maçons et Pierre Victor Viau de la même chambre syndicale dans l’affaire dite du sou du soldat. Georges Boucheron fut à son tour poursuivi, en février 1912, pour des propos tenus lors d’un discours prononcé le 21 janvier à l’occasion d’un meeting organisé par le comité général des syndicats au Palais d’été, 272 rue des Pyrénées, contre les lois scélérates pour lesquelles ses deux clients sont inculpés. Aux assises de la Seine, en février 1913, il défendit Raymond Callemin, dit Raymond la science, Edouard Carouy, Jean de Boë et Eugène Dieudonné accusés d’être membres de la bande à Bonnot. Il assista Léon Lacombe, dit Léautaux lors de l’instruction de son affaire en mars 1913 et essaya vainement, depuis le belvédère qui permettait aux gardiens de surveiller la promenade des prisonniers, de le dissuader de se jeter du haut du toit du préau de la prison où il s’était réfugié. Il fut encore l’avocat de Pierre Darius, directeur du journal satirique Bec et ongles, dans l’affaire Stavisky en janvier 1934.
Il participa aux congrès socialiste de Toulouse du 15 au 18 octobre 1908 et de Paris des 15 et 16 juillet 1910 où il représenta la minorité de la Seine. Lors de ce congrès, sur la question du désarmement, il déclare, répondant à Fernand Corcos, partisan d’une action commune dans tous les pays au moment du vote sur le budget, qu’il ne s’agit pas du problème isolé du désarmement, mais du problème général du militarisme, problème auquel ses amis et lui ne voient d’autre solution que l’insurrection et la suppression des armes permanentes.
Il fut favorable à une scission du parti avec départ de la fraction insurrectionnelle, pas qu’Hervé ne put se résoudre à franchir. Sa rupture avec la SFIO se situe en juin 1911 (probablement le 1er juin jour où la section du 15e se réunit pour exclure un camarade) puisque jusque là l’Humanité qui le nommait « notre ami, Me Boucheron » ne le cite plus dès lors que comme Me Boucheron.
Candidat socialiste indépendant aux élections municipales de 1912 dans le XVe arrondissement, quartier Javel, il recueille 723 voix.
Candidat, identifié par l’Humanité du 9 avril comme « G. Boucheron, avocat à la Cour d’appel », aux élections législatives sous l’étiquette SFIO le 24 avril 1910 dans la 2ème circonscription du XVe arrondissement contre Chauvière, il recueillit 1384 voix au premier tour. Il s’effaça sitôt les résultats connus au profit de ce dernier. Le 30 avril, pour le soutenir, il participa à ses côtés à une réunion publique au préau de l’école publique Lacordaire. En 1914, il se présenta sous l’étiquette socialiste indépendant dans la 1ère circonscription de Sceaux contre Louis Lépine, ancien préfet de police, et Paul Poncet SFIO, élu au 2e tour. Il recueillit 1780 voix au 1er tour. L’Humanité du 25 avril déclarera : « M Boucheron est une autre épave rejetée par le parti socialiste. »
Aux scrutins de liste qui suivent l’après-guerre, il est candidat sur la liste d’entente républicaine démocratique avec l’étiquette républicain socialiste en 1919 dans la 3e secteur de Paris il n’est pas élu. Candidat sur la liste d’Union républicaine démocratique dite Bloc national en 1924 dans la 3e il connut le même sort. À cette occasion, dansle Populaire du 4 mai 1924 Louis Lévy écrivit, relatant une réunion électorale tenue dans les salons du Palais d’Orsay : « Hé, mais c’est l’ex-citoyen Georges Boucheron ! Boucheron de Mam’zelle Cisaille, Boucheron le renégat, Boucheron de la salle des Bateaux Parisiens. Un tel homme permet de juger une liste. »
Avec la fin du scrutin de liste, à l’issue de la triangulaire du 29 avril 1928 qui l’opposa à Auguste François Besombes de la SFIO et Constant Nespoulous du parti communiste, il fut élu sous l’étiquette républicain national dans la 3e circonscription du XVe arrondissement. À la Chambre, il adhéra au groupe de la gauche unioniste et sociale de Franklin-Bouillon fort de 47 membres. Réélu en 1932 il s’inscrivit au groupe de la Gauche radicale issu du groupe précédent. Il fut candidat sous l’étiquette Radical national en 1936 dans la 3e circonscription du XVe arrondissement de Paris contre Marceau Pivert SFIO et Charles Michels communiste. Ce dernier fut élu après ballottage.
Les 5 et 6 novembre 1938 il participa à Paris au 1er congrès du Parti radical indépendant formé en février par la fusion des radicaux français, des radicaux indépendants et de diverses formations nationales qui se définit comme antimarxiste. Il présida la 1ère séance.
Bien qu’antimilitariste et exempté pour cause de myopie, il s’engage ale 1er septembre 1914 comme simple soldat au 46e RI pour la durée de la guerre. Il passa tous les grades intermédiaires jusqu’au grade de sous-lieutenant obtenu le 24 avril 1915. Il fut affecté au conseil de guerre de la 26e division comme commissaire rapporteur le 15 juin. Il rejoignit le 14e groupe d’artillerie d’assaut le 11 mars 1917. Blessé par éclat d’obus à la cuisse gauche le 16 avril 1917 devant Juvincourt, Aisne, lors de la bataille du Chemin des Dames, il rejoignit le 81e régiment d’artillerie lourde le 15 mai 1917. Il fut détaché au ministère de la guerre le 25 janvier 1918, sous directeur de l’artillerie d’assaut et fut démobilisé le 8 mars 1919. Il fut promu lieutenant le 26 février 1918. Il fut fait chevalier de la légion d’honneur le 13 juillet 1919.
Il mourut le 2 janvier 1946 à Paris (VIIIe arr.) au 20 rue de l’Elysée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236464, notice BOUCHERON Alphonse, Hubert, Georges par Jean-Louis Prud’homme, version mise en ligne le 11 janvier 2021, dernière modification le 12 janvier 2021.

Par Jean-Louis Prud’homme

Photo duPetit Parisien du 22 février 1913- BNF GALLICA
Carte postale due à Baudillon (Georges ou Armand). Cliché Conseil départemental de la Haute-Garonne / Archives départementales / 2 FI 555 3573

SOURCES : La Fédération de la Seine du Parti socialiste de Pierre-Louis Tournieroux, l’Humanité, la Lanterne, l’Intransigeant. — Archives de Paris.

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