POUPARDIN Danièle [née DUCAS]

Par Bernard Thièry, Jean-Paul Salles

Née le 1er juin 1937 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ; médecin généraliste et psychanalyste, ; militante de l’UEC, puis de la LCR de 1973 aux années 2010, conseillère municipale LCR à Vitry-sur-Seine de 2001 à 2008 ; adhérente au MLAC, à ATTAC et à Romeurope. Épouse du Dr Didier Poupardin avec qui elle a exercé et milité.

Danièle Poupardin dans une réunion avec Pierre Gosnat, maire d’Ivry-sur-Seine, sur les problèmes de la Sécurité sociale.

Danièle Poupardin naquit dans la clinique où son père Paul Ducas effectuait des vacations d’attaché en pathologie néonatale. Son père était né le 10 mai 1903 à Héricourt (arrondissement de Lure, Haute-Saône). Il fut pédiatre, exerça à Paris en cabinet libéral l’après-midi et le matin en qualité d’assistant en pédiatrie néonatale dans un service d’obstétrique. Sa mère Lucienne Hermann-Ducas, née le 20 mai 1911 à Marseille, mourut le 1er avril 1979 ; mère au foyer, après la guerre elle fut commerçante.Ils habitaient à Paris. En 1939 le père de Danièle Poupardin fut mobilisé et sa mère vint habiter avec Danièle à Marseille (Bouches-du-Rhône) chez les grands-parents maternels, Jeanne Hermann née Goldschmidt et Albert Hermann. Ils possédaient trois magasins de bijoux, horlogerie et cadeaux. Les grands-parents paternels, Berthe Ducas née Bloch et Léon Ducas, habitaient à Héricourt. Toute la famille de Danièle Poupardin était juive mais absolument pas pratiquante ; ses parents ne se sont pas mariés à la synagogue. Sa famille faisait partie d’une diaspora Franche-Comté-Alsace-Suisse, politiquement proche des radicaux-socialistes et de l’idéologie de Jules Ferry. Danièle Ducas ignorait tout des origines juives de sa famille ; elle n’entendit le mot « juif » qu’après la guerre, ce mot qu’il ne fallait absolument pas prononcer au risque de révéler cette origine en cas d’arrestation. En 1941, après l’offensive victorieuse de l’armée allemande, l’installation du gouvernement de Pétain à Vichy et la promulgation des lois anti-juives, son père quitta l’armée de terre sur les conseils de son supérieur et fut muté dans un hôpital ; il y fit de nombreux certificats pour éviter le service du travail obligatoire (STO) à des militaires. Il interdit aux membres de sa famille d’aller dans les mairies s’inscrire sur les listes de juifs et s’efforça de dissuader tous ses proches de porter l’étoile jaune. Lui-même devint clandestin et fit de nombreux allers-et-retours entre Héricourt et Marseille où habitaient les grands-parents de Danièle Ducas. Il reçut à la Libération la croix de guerre avec des remerciements de ces militaires. Une employée du magasin des grands-parents et amie de la grand-mère partit vivre dans sa maison en Provence avec son mari. Elle dit à la grand-mère que « si ça tournait mal », quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, ils devaient immédiatement venir se réfugier chez elle. Ils étaient de petits paysans installés sur un grand terrain, disposaient d’un petit potager, d’une vigne, des poules, de lapins et de deux chèvres. Ce « bastidon » était situé en pleine campagne, à un ou deux kilomètres du village. En 1941, en pleine nuit, alors que Danièle Ducas avait quatre ans, son père les emmena chez ces amis où ils se cachèrent plusieurs mois. Mais un jour, sans que Danièle en comprenne la raison, son père est venu au bastidon pour les emmener se cacher ailleurs, probablement dans un hôtel. La seule explication donnée fut : « c’est parce c’est la guerre ». Puis, ils sont allés de refuge en refuge, chez des amis, dans des hôtels, dans les Alpes, les Cévennes, la Côte d’Azur. Parfois ce furent des gens qui les hébergeaient, parfois ils louaient une chambre d’hôtel. Danièle ne voyait alors qu’exceptionnellement d’autres adultes que ses parents et aucun enfant. Sans comprendre pourquoi, elle dut apprendre à dire que désormais celui qui était son père devrait être désigné par elle comme étant son oncle et elle et sa mère ont dû changer de nom et de prénom. Un jour, ses parents l’ont inscrite à l’école d’un village où ils étaient réfugiés dans un hôtel. Elle en fut folle de joie. Mais, la nuit suivante ils la réveillèrent en expliquant qu’ils devaient partir parce que sa Mamie (la grand-mère de Marseille) avait froid. Bien sûr plus tard elle comprit qu’ils avaient dû être prévenus que la police allait venir les arrêter au matin. Elle ne sut jamais s’il s’agissait de la police allemande, de la française ou de la Milice. Sur la plage de Juan-les-Pins, elle échappa de très peu à son arrestation par des soldats allemands, qui venaient de palper ses cheveux noirs et très crépus ; par chance, ils furent appelés par leur officier pour aller ailleurs. C’est son père qui lui apprit à lire, à écrire et à compter, et parfois, se souvint-elle vaguement, c’était une institutrice. Son grand-père maternel qui décida de repartir à Marseille fut dénoncé, arrêté, transféré à Drancy puis à Auschwitz ; il n’en est pas revenu. Peu de temps après la fin de la guerre, sa mère voulait se convertir au catholicisme « au cas où ça recommencerait » disait-elle. Son mari Paul Ducas, le père de Danièle, n’a pas voulu. Le premier prénom de sa mère était Myria et Lucienne son deuxième prénom. Elle a essayé au fil des ans de supprimer Myria comme premier prénom. Danièle Poupardin fréquenta le lycée Montgrand à Marseille jusqu’à l’âge de quatorze ans puis le lycée Fénelon à Paris. À l’époque, les lycées n’étaient pas encore mixtes. Entre quinze ans et dix-sept ans, elle fut éclaireuse à la Fédération française des éclaireuses, mouvement de jeunesse composé de trois groupes, l’un israélite, un autre unioniste et un troisième neutre. Danièle appartenait au groupe neutre. De toute évidence la « neutralité » des cheftaines était très à gauche tout en s’accommodant de l’idéologie du scoutisme encore bien présente.

Après le baccalauréat de sciences expérimentales, Danièle Ducas fréquenta la faculté de médecine de Paris sans s’investir vraiment dans les études. Elle redoubla une année. Elle adhéra à l’Union des étudiants communistes (UEC) où elle milita beaucoup. Elle participa aux manifestations pour l’indépendance de l’Algérie au début des années 1960. Le Parti communiste ne voulait pas adopter le mot d’ordre de « l’indépendance de l’Algérie » et imposait celui de « Paix en Algérie ». Danièle considéra que ce dernier mot d’ordre était contraire au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes alors que c‘était là, selon elle, l’une des raisons d’existence des partis communistes. Ce fut son premier désaccord avec le PCF mais elle le refoula. Ensuite elle manifesta contre l’intervention militaire américaine au Vietnam, sans pour autant s’investir dans les comités. Le PC demanda alors aux étudiants de l’UEC de réduire leurs activités militantes afin de préparer l’externat et l’internat, au motif que les communistes devaient être les meilleurs partout. Danièle et les camarades de l’UEC qui partageaient ses vues se regroupèrent en « sous colles », petits groupes de travail ; ils furent tous reçus. Elle devint interne des hôpitaux de Paris en 1964. Tous les internes du parti furent dispersés dans différents hôpitaux et ils considérèrent que le mieux était d’adhérer au PC et d’entrer dans des cellules d’hôpital regroupant l’ensemble du personnel. Mais le parti communiste préféra les regrouper en une cellule spécifique aux internes afin, selon les cadres du PCF, de les protéger de l’influence possible de Krivine. Alain Krivine était à l’époque le leader de l’aide gauche de l’Union des Étudiants Communistes (UEC). Il fut exclu de l’UEC et du PC ainsi que d’autres membres de sa tendance, la direction du PCF craignant notamment de perdre le contrôle de l’UEC.

De son premier mariage, en 1961 avec Marc Rotterdam naquit Nathalie Rotterdam le 5 novembre 1964 qui devint professeur agrégée de lettres classiques, puis Michel Rotterdam le 11 avril 1967, qui devint Directeur de conservatoire de musique puis Directeur de la Culture dans des mairies importantes. Jusqu’en 1968, Danièle accaparée par son travail hospitalier, les nombreuses gardes et ses deux enfants en bas âge, a très peu milité. En 1968 elle découvrit l’existence d’organisations d’extrême gauche, des trotskystes, des maoïstes, des anarchistes, dont jamais au PC il n’avait été question. Le mouvement de 68 la fascina tout autant qu’il la surprit. Elle fréquenta les assemblées générales de la faculté de médecine. Elle y fut « médusée » par les prises de parole de certains étudiants dont jamais elle n’aurait soupçonné qu’ils pouvaient être révoltés et capables d’un tel esprit critique. Danièle Ducas-Rotterdam participa aux différentes manifestations. Pour cela, elle partageait la garde des enfants avec son mari. Elle scandait les mots d’ordre, notamment « nous sommes tous des juifs allemands », « à bas l’État policier », « les frontières on s’en fout ». Elle invita ses amis du PC à venir partager son enthousiasme pour ces actions ; ceux-ci lui opposèrent une fin de non-recevoir et la couvrirent d’insultes. C’est alors qu’elle décida de quitter le PCF. Pendant plusieurs années, elle réfléchit au type d’engagement qui lui conviendrait le mieux. Elle lut attentivement toutes les revues, tracts, et textes divers des maoïstes, de la Ligue communiste, de Lutte ouvrière, des anarchistes. Elle manifesta contre la guerre du Vietnam, contre les néo-fascistes d’Ordre nouveau et aussi pour soutenir la lutte des ouvriers de l’usine de montres LIP à Besançon (Doubs). C’est à l’Hôpital Albert Chenevier à Créteil (Val-de-Marne) qu’elle devint interne en 1970 et qu’elle rencontra d’autres internes de la Ligue communiste. Elle décida alors que c’était l’organisation qui lui conviendrait le mieux et y adhéra. Elle devint ensuite chef de clinique à l’hôpital du Kremlin Bicêtre (Val-de-Marne). Elle mena des actions isolées, telles qu’exiger que l’examen des malades se réalise dans un bureau adéquat et non dans la salle commune. Cette décision lui valut l’hostilité d’une partie des infirmières dont la durée de travail s’en trouvait prolongée. Elle mit du temps à comprendre que c’était avec elles qu’elle aurait dû préparer et conduire ces réorganisations pour le bien-être des malades. Ainsi, petit à petit sa formation politique se construisit. Elle voulait s’opposer au mandarinat médical, lui échapper. Devoir se faire valoir par tous les moyens aux yeux des « patrons » (chefs de service) pour espérer avoir des postes intéressants, devoir écrire des articles sur des maladies rares permettant aux dits patrons de s’approprier les recherches, étaient des stratégies individuelles trop éloignées de la conception que Danièle se faisait de la médecine. À l’époque, en milieu hospitalier, régnait un mépris profond de l’exercice de la médecine générale en cabinet, le seul lieu pertinent étant supposé être l’hôpital. Il s’en fallut de peu, alors, qu’avec une amie, Danièle ne renonce à la médecine et n’oblique vers l’enseignement des sciences naturelles en lycée. Elle finit son internat à l’Hôpital Albert Chenevier à Créteil, où le chef de service des maladies chroniques, André Bourguignon (1920-1996), la marqua profondément : médecin neurologue et psychanalyste, de gauche, lui aussi était en révolte contre le milieu mandarinal ; c’était pour cette raison qu’il n’avait pu accéder qu’à un poste de service de malades chroniques dans cet hôpital de banlieue et non de médecine aigüe dans un hôpital de Paris intra-muros. Il organisait des réunions avec les internes, infirmier(e)s, aides-soignantes, personnel de ménage. Il faisait discuter entre eux des malades, demandait l’avis de chacun(e). En outre, il expliquait les tenants et aboutissants de la théorie psychanalytique et les répercussions de l’inconscient sur la pathologie du corps et de l’esprit. Les personnels soignants en étaient fascinés. Le résultat pour Danièle fut qu’elle allait devenir généraliste et psychanalyste, bien sûr pas avec les mêmes patients, deux métiers qu’elle mena de front jusqu’à sa retraite. En sortant d’Albert Chenevier, pendant un an environ, elle devint chef de clinique à l’Hôpital du Kremlin Bicêtre. Elle dirigea ensuite pendant quatre ans un centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Ce CMPP s’était organisé sur le principe d’une direction collégiale. Danièle Poupardin avait été nommée directrice parce qu’elle était la seule titulaire du diplôme nécessaire. Mais, très vite ses collègues réfutèrent ses décisions et lui demandèrent d’être « un vrai directeur », quand il s’agissait, par exemple, de licencier une employée. Elle quitta ce poste et le CMPP, et exerça un an en tant qu’assistante à l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis). Elle fut alors fatiguée de l’exercice de la médecine séparant à ce point l’esprit et le corps, et là encore lassée de se battre seule contre la situation scandaleuse de l’hôpital psychiatrique du fait notamment des effectifs insuffisants d’infirmiers trop mal payés, du manque de personnels pour prendre en charge les malades autrement qu’avec des camisoles chimiques. Malgré la perte de son salaire satisfaisant et de la perspective de devenir aisément chef de service, elle décida de quitter le milieu hospitalier. Danièle fit alors partie pendant quelques mois du Groupe d’information asiles (GIA) créé en 1972, par quelques étudiants en psychiatrie appartenant à la mouvance anarchiste et maoïste de la Gauche prolétarienne. Ils se situaient dans la dynamique des travaux de Michel Foucault qui donna lieu aussi à la création du groupe information sur les prisons (GIP) et du groupe information santé (GIS) et plus tard du comité d’action des prisonniers (CAP) et du groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI). Elle travailla alors avec des médecins du GIA sur l’emploi des tranquillisants et le danger de certains d’entre eux sans que ces travaux n’aient eu de suite à cette époque.

Sa révolte initiale contre la société capitaliste n’avait pas trouvé au PC de quoi s’exprimer. Elle pensa trouver dans le domaine de la santé de quoi alimenter sa recherche de cohérence entre sa révolte et sa conviction de devoir participer à la perspective d’un changement radical de société. Pour cela, il faudrait faire preuve de patience et contribuer à la construction d’un parti révolutionnaire crédible. C’est ainsi qu’avec Didier Poupardin*, qui devint son compagnon puis son mari, ils décidèrent de s’installer en médecine générale dans un cabinet à Vitry-sur-Seine. Didier Poupardin était militant de la LC/LCR depuis 1969, ayant adhéré alors qu’il était encore étudiant en médecine. Ils ont eu une fille Marie Poupardin née le 1er mars 1978 qui devint professeur d’histoire géographie et musicienne (art lyrique). Leur choix d’installation ne devait rien au hasard. Ils voulaient exercer dans une commune gérée par la gauche, Vitry-sur-Seine faisant partie à l’époque des villes communistes de la ceinture rouge. Il était difficile de trouver un logement dans une copropriété dont le règlement intérieur acceptait un exercice professionnel dans l’immeuble. Ils trouvèrent un local en rez-de-chaussée dans un petit immeuble, ancienne HLM dont les appartements avaient été vendus à ses locataires. Au bout de quelques années ils achetèrent un pavillon en face de leur ancien cabinet ; plus grand, il permettait d’exercer à trois soignants. Ce quartier, plutôt pavillonnaire était entouré de quelques cités. Très proche du cabinet se trouvait un foyer de travailleurs immigrés qui existait toujours en 2020. La population du quartier était constituée d’ouvriers, d’employés, d’enseignants, de gens relativement aisés et d’autres beaucoup plus pauvres. Y résidaient aussi de nombreux africains sub-sahariens, dont certains sans papiers, et des maghrébins, principalement algériens. Une grande partie des habitants étaient des personnes âgées et des enfants. Ce quartier éloigné du centre-ville était desservi par deux lignes de bus dont l’une avait un arrêt tout proche du cabinet mais avec une fréquence de passage très faible. Le choix de leur ville d’installation était aussi motivé par l’existence dans cette commune d’une cellule de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Ils pensaient qu’un militantisme médical pouvait aider à la construction d’une implantation politique autant physique qu’idéologique. Au début de leur installation, ils avaient préféré ne pas divulguer leur appartenance à la LCR. Ils purent ainsi bénéficier d’une certaine aura auprès des médecins de gauche des environs. Une partie importante des patients de leur cabinet étaient des personnes âgées et des enfants.Très vite, avec certains de leurs patients, ils créèrent une association de médecins, infirmiers, usagers du quartier, nommée RAS (Réflexion, Action sur la Santé). RAS organisa des débats réguliers autour d’informations telles que celles sur des traitements, des maladies, des vaccinations, sur l’organisation de la protection sociale, la sécurité sociale, les mutuelles, les différences entre le secteur privé et le secteur public de soins. RAS organisait des fêtes et participait aux autres fêtes de ce quartier. Avec Didier Poupardin, Danièle répondit à l’appel de médecins pour le refus de cotiser au Conseil de l’Ordre des médecins et pour demander sa dissolution. Cette lutte fut menée au moment où l’Ordre refusait la libéralisation de l’avortement. À Vitry-sur-Seine, un groupe de médecins refusa avec eux de payer leurs cotisations. Didier et Danièle, avec plusieurs médecins, créèrent une association nationale contre l’Ordre des médecins nommée le Mouvement action santé (MAS) qui publia deux ou trois numéros d’une petite revue intitulée L’Anticorps médical. Le MAS militait en parfaite concertation avec le Syndicat de la Médecine Générale (SMG), dont Didier et Danièle étaient membres. Ce syndicat était minoritaire ; le monde syndical médical était dominé par la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) aux intérêts principalement corporatistes. L’Ordre des médecins porta plainte contre quelques-uns de ces médecins afin de les contraindre à payer leurs cotisations. Danièle Poupardin fut à Vitry-sur-Seine la première accusée. Ces médecins-militants furent condamnés à payer. Cependant, ce procès leur offrit une formidable tribune, notamment par l’interview que Danièle Poupardin donna à la presse locale. Dans ce combat, elle fut soutenue par toute la gauche de Vitry-sur-Seine et particulièrement par RAS qui s’y impliqua résolument. Didier Poupardin, avec le soutien de Danièle, mena un combat opiniâtre et difficile contre l’Ordre des médecins. Il voulait mettre en lumière le fait que les conseillers ordinaux n’étaient pas exempts de fautes graves. Ils profitaient de leurs responsabilités pour asseoir leur pouvoir et se croyaient invulnérables. Didier Poupardin avait été confronté à la problématique de l’une de ses patientes, atteinte d’une maladie lui provoquant des douleurs difficiles à supporter et qui ne pouvait s’en sortir qu’en prolongeant un arrêt de travail. La CPAM refusa cette prolongation et demanda l’avis d’un médecin expert. Sa patiente s’était plainte à Didier du fait que ce médecin refusait la prolongation sans même l’examiner. Or cet expert était un membre éminent du Conseil national de l’Ordre. Didier Poupardin porta plainte contre ce conseiller, lequel répondit par une plainte contre Didier lui reprochant une faute grave de déontologie et demandant que Didier soit rayé de l’Ordre et donc qu’il ne puisse plus exercer. Danièle Poupardin avec l’association de quartier RAS, organisa une grosse mobilisation ponctuée par l’occupation du siège du Conseil de l’Ordre. La plainte de Didier ne fut pas reçue mais celle du conseiller le fut. Didier fut « blâmé » par l’Ordre pour « faute de confraternité » mais ce verdict fut fêté dans la joie comme une victoire puisque l’Ordre avait échoué à rayer Didier de l’Ordre des médecins.
Danièle et Didier Poupardin adhérèrent au Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), participèrent à ses réunions, à ses différentes initiatives notamment à ses manifestations. Danièle y milita assez peu ; en revanche, Didier joua un rôle capital dans l’action du MRAP du Val-de-Marne. Avec le MRAP de Vitry-sur-Seine et le RAS, ils organisèrent une vaccination des habitants du foyer proche du cabinet. Avec des vaccins fournis gratuitement par un ami travaillant en santé publique et avec l’accord du directeur de ce foyer, ils purent vacciner plus de 150 personnes. Ils étaient trois à vacciner, Danièle, Didier Poupardin et une infirmière. Les autres militants aidaient à diriger les résidents, à remplir les carnets de vaccinations fabriqués par le MRAP et RAS. Toujours avec le MRAP de Vitry et l’accord de la municipalité ils organisèrent une visite complète du foyer pour dénoncer l’état scandaleux et insalubre des douches, wc, cuisine, couloirs et exigèrent que des travaux urgents soient réalisés. Ces travaux se sont faits assez rapidement alors qu’ils étaient demandés depuis très longtemps sans réponse. En tant que médecin et membre du MRAP elle s’est occupée de soigner et d’examiner régulièrement des sans-papiers faisant une grève de la faim et accueillis à la mairie de Limeil-Brevannes en novembre 1998 par le maire socialiste Joseph Rossignol. Didier Poupardin, quant à lui, y allait tous les jours et a été, de fait, considéré comme l’un des interlocuteurs principaux entre les grévistes et les pouvoirs publics.
La LCR avait décidé de se présenter au plus grand nombre possible d’élections. Aux élections législatives de 1997, Danièle Poupardin fut candidate avec Bernard Moll, cheminot, dans la 9e circonscription du Val-de-Marne. Ils n’obtinrent que 0,7% des suffrages. En 2001, aux élections municipales à Vitry-sur-Seine, elle fut tête de liste de la « LCR-100% à Gauche », Bernard Galin* étant en deuxième position. La liste de la Gauche plurielle dirigée par Alain Audoubert, militant communiste, ayant été élue avec 56,12% des voix dès le premier tour, Danièle et Bernard furent élus conseillers municipaux avec un score de 8,9 % des suffrages exprimés (1520 voix). Ce score très encourageant fut obtenu au terme d’une campagne dynamique au cours de laquelle les amis et patients de Danièle l’aidèrent aux collages nombreux d’affiches, à la distribution des milliers de tracts, à l’organisation de plusieurs réunions de campagne dans les différents quartiers. L’activité de la LCR sur la ville et le succès de la campagne électorale d’Olivier Besancenot aux présidentielles de 2002 permirent le développement de la LCR à Vitry-sur-Seine. Danièle et Bernard utilisèrent le Conseil municipal comme tribune pour défendre les revendications de la LCR, écrivirent à tour de rôle tous les mois la tribune du journal municipal ouverte aux groupes politiques du conseil municipal. Un bulletin régulier de quatre pages distribué à plusieurs milliers d’exemplaires rendait compte des interventions de Danièle Poupardin et de Bernard Galin au conseil municipal et surtout des interventions de la LCR : soutien aux sans-papiers, aux Roms vivant sur la ville, opposition à l’installation d’une police municipale, à l’urbanisation à marche forcée sur plusieurs quartiers de la ville, campagne contre Véolia pour une gestion publique de l’eau, bataille pour l’ouverture d’un bureau de poste supplémentaire. Ils alertèrent la population par un tract dès que se produisait un événement local problématique. Le 4 octobre 2002, Sohane Benziane, jeune fille de dix-sept ans, fut découverte inanimée, gravement brûlée, dans le local à poubelles de son immeuble dans la cité Balzac de Vitry-sur-Seine et décéda quelque temps après. L’auteur du meurtre, âgé de dix-neuf ans au moment des faits, prétendait interdire l’accès de sa cité à cette jeune fille et avait préparé une embuscade avec un complice devant la porte du local où le meurtre eut lieu, en présence d’une amie de la victime qui a pu témoigner. Quatre ans plus tard, le collectif Féminin-Masculin, créé en association loi 1901, poursuivit son inlassable activité de sensibilisation. Sandrine Bourret, alors militante de la LCR, trente-trois ans, présidente de cette association, a néanmoins malgré ce drame, constaté avec soulagement les petits pas gagnés contre les préjugés et autres stéréotypes qui alimentaient les violences envers les femmes, cette forme d’expression exacerbée de la domination masculine. Danièle Poupardin a assisté avec Sandrine à tout le procès de l’assassin de Sohane. Ce fut une épreuve difficile. Danièle milita beaucoup dans ce collectif et anima plusieurs débats au lycée, dans des centres sociaux de quartier, lors de projections de films organisées par les professeurs dont certains au théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine.
Plusieurs fois, avec le collectif Romeurope, elle alla bénévolement soigner des Roms dans leur caravane, en apportant des médicaments collectés où elle le pouvait ; elle gérait aussi leurs rapports avec la protection sociale lorsqu’il fallait faire des examens complémentaires non remboursés par la Sécurité sociale et alors que beaucoup d’entre eux n’étaient pas couverts par l’Aide mutuelle d’État (AME). Cette médecine était particulièrement périlleuse puisqu’elle s’exerçait dans des lieux souvent insalubres, dépourvus de lumière et peu alimentés en eau potable. Danièle compensait cette situation en s’y rendant avec sa sacoche pleine de matériel médical varié. Lorsqu’elle s’installa comme médecin généraliste, elle n’abandonna pas sa spécialité de psychiatre-psychanalyste. Elle négocia avec la Sécurité sociale le droit de faire état de sa spécialité en s’engageant à ne faire payer les consultations qu’au tarif des généralistes. Elle réfutait l’idée répandue selon laquelle seuls des bourgeois cultivés qui possédaient le langage et les capacités de compréhension pouvaient suivre une thérapie psychanalytique. Elle ne renonça jamais à prouver que c’était aux psychiatres et aux psychanalystes d’être capables de comprendre le langage et le niveau de compréhension de patients d’origine modeste, de professions peu diplômées, de niveau d’étude très bas. Les très nombreux succès qu’elle obtint par le traitement psychanalytique de ses patients et particulièrement par les thérapies d’enfants prouvèrent à quel point sa conception particulière de l’exercice de son métier était pertinente. Elle anima plusieurs débats autour du livre majeur de Freud Malaise dans la civilisation. Aux élections municipales de 2008, la liste LCR menée par Bernard Galin n’obtint que 4,94 % des suffrages exprimés (1014 voix). Le taux d’abstention avait été élevé : 52,42 % des inscrits. De plus, l’enjeu de cette élection était important car le PS, lors de ce scrutin, avait tenté de « prendre » la ville au PCF. Une partie des électeurs, pour défendre l’ancrage communiste de la ville, votèrent « utile », donc PCF. Les deux listes de gauche étant en ballottage, la liste LCR qui avait obtenu moins de 10 % des voix, ne pouvait pas se maintenir ; il n’y eut plus d’élu LCR au conseil municipal.

Danièle Poupardin contribua fortement à l’animation de la campagne nationale de soutien à Didier Poupardin lorsqu’en 2013 celui-ci fut condamné par la Sécurité sociale à verser plus de 2 500 euros, somme que les patients auraient dû payer, selon la Sécurité sociale, parce qu’elle correspondait à des médicaments non pris en charge à 100%. Entre mars 2007 et avril 2008, il avait refusé de « couper en deux » cinquante et un de ses patients atteints d’affection longue durée (ALD), c’est-à-dire d’entrer dans la logique gestionnaire des ordonnances « bizones ». Celle-ci consistait à dissocier sur la feuille de remboursement des soins, les médicaments remboursés intégralement parce que liés à l’affection prise en charge à 100% et ceux supposés par la Sécurité sociale ne pas être liés à cette pathologie. Elle participa à la constitution d’un large mouvement de soutien qui a organisé plusieurs manifestations devant le Palais de Justice et le siège de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) du Val-de-Marne à Créteil. Une caisse de solidarité a recueilli plus de 3 000 euros qui permirent de payer la CPAM et les divers frais d’avocat et de courriers.

Danièle Poupardin avait été émue par la situation de plusieurs de ses patientes qui parlaient relativement bien le français mais qui lisaient très mal et qui étaient très faibles en grammaire et orthographe. Elles ne pouvaient par ce fait pas prétendre à des emplois autres que du ménage, étant dans l’incapacité de franchir les écueils de la lecture et de l’écriture. Elle leur avait promis qu’à sa retraite elle leur donnerait des cours de français. Dès sa retraite elle a créé une association 1901 d’alphabétisation et de remise à niveau en français. Elle a été rejointe par une amie professeur de lycée en lettres classiques à la retraite. Cette association de formateurs bénévoles a donc débuté en 2005 et a commencé avec deux formateurs et six élèves. Elle fut déclarée en préfecture en 2004 sous le nom de l’École des adultes. Le bouche à oreille a fonctionné d’abord avec deux formateurs et six élèves, puis en 2005, l’École comprenait quatre formateurs et autour de quarante élèves. En 2020, elle fonctionnait avec trente formateurs et 450 élèves, de toutes origines, africains sub-sahariens, maghrébins, asiatiques, européens de l’est et américains du sud. Les cours de français s’accompagnent de sorties, visites de musées, projections de films, l’un des buts étant d’aider les élèves à s’intégrer au mieux dans la société.

Une de ses passions étant la musique, Danièle Poupardin organisa plusieurs séminaires avec des conservatoires. Avec celui de Nanterre elle tint un colloque sur le thème « Apport de la théorie psychanalytique à l’enseignement de la musique » portée par cette même conviction que la musique classique ne devait pas être l’apanage d’une classe sociale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236544, notice POUPARDIN Danièle [née DUCAS] par Bernard Thièry, Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 16 janvier 2021, dernière modification le 23 juin 2021.

Par Bernard Thièry, Jean-Paul Salles

Danièle Poupardin dans une réunion avec Pierre Gosnat, maire d’Ivry-sur-Seine, sur les problèmes de la Sécurité sociale.
Dans une manifestation. Photothèque de Rouge.

Œuvre : -Danièle Ducas-Poupardin et Catherine Heugel-Petit, dir., Colloque L’enseignement de la musique et l’apport de la psychanalyse, Conservatoire de Nanterre, 10-11 mars 2000.

SOURCES : Documents fournis par Danièle Poupardin. — Bernard Galin, « Un cabinet de médecins anticapitalistes dans un quartier populaire » et entretien avec Danièle et Didier Poupardin, Tout est à nous, mensuel du NPA, n° 25, octobre 2011, p. 23-26. — Nécrologie du Docteur Didier Poupardin, L’Anticapitaliste (hebdo du NPA) n° 298, 16 juillet 2015 : « une grande figure disparaît ». — Ce que veut la Ligue communiste, Manifeste du CC, Maspero, 1972 : les pages 118-122 : « Une médecine qui ne soigne pas, mais qui répare ». — LCR, Oui le socialisme !, Maspero, 1978, p. 142-154 : « Les travailleurs malades du capital » et p. 155-159 : « Contre l’enfermement psychiatrique ». — Jean-Paul Salles, La LCR (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Presses universitaires de Rennes, 2005 : p.221 et suivantes sur le Syndicat de Médecine générale (SMG) et la psychiatrie, et p.302 « Médecin et Militant à la LCR ».

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