DOMENECH Michèle [née HEREDIA Michèle]

Par Hélène Chaubin, Corine Escaffit

Née le 10 mai 1913 à Liria, Province de Valence (Espagne), morte le 22 septembre 2003 à Boujan (Hérault) ; ouvrière agricole puis employée de commerce ; militante communiste dans l’Hérault ; résistante ; militante de l’UFF dans l’Hérault et membre du conseil national ; en 1950, atteinte par une grenade lacrymogène lancée par un CRS, elle perdit la vue ; conseillère municipale à Bagnolet (Seine, Seine-Saint-Denis) de 1954 à 1970.

Michèle Domenech-Hérédia
Michèle Domenech-Hérédia
Photo d’identité

Michèle Heredia était la fille de Jean-Baptiste Heredia (1887-1967), ouvrier agricole qui avait commencé à travailler à huit ans et qui émigra en France, dans l’Hérault, en 1916. Sa famille le rejoignit à Agde en 1918 avec la mère, Modeste, née Adria en 1890, (elle mourut en 1959), accompagnée de leurs quatre enfants nés en Espagne, Michèle, Raymonde, née en 1911, et qui devait pendant la guerre participer à l’activité résistante de Michèle, Carmen, née en 1918, et leur frère Jean, né en 1915. En 1924, naquit un cinquième enfant, François, à Agde. Une famille nombreuse, de ressources très modestes, dont les sympathies allaient à « la gauche », sans qu’il y eût d’appartenance politique ou syndicale précise. Le père fut naturalisé français en 1929. Michèle Heredia dut interrompre sa scolarité primaire à dix ans pour aller travailler, d’abord chez plusieurs commerçants d’Agde puis à onze ans dans les vignes. La même année, elle réussit cependant à obtenir le certificat d’études primaires. De douze à seize ans, elle trouva un poste de serveuse dans un café de Béziers (Hérault) avant de revenir au travail de la vigne sur un grand domaine du biterrois, à Boujan. Son futur mari, lui-même ouvrier agricole, y avait travaillé. Il était secrétaire du syndicat des travailleurs agricoles de Boujan et pour cette raison, il lui était difficile de trouver du travail. Elle le connaissait depuis 1924. Elle se maria en décembre 1930 avec Marc Domenech et acquit ainsi la nationalité française.

Cette union fut décisive car elle l’introduisait dans une famille de militants communistes et syndicaux des plus actifs. Son beau-frère Jean Domenech et son mari, étaient membres du Parti communiste depuis 1927. Michèle Domenech réussit à trouver un emploi à Béziers dans une pâtisserie où elle demeura jusqu’en 1935. En 1932, elle était entrée, sous l’influence d’Étienne Fajon et de sa femme Juliette, au groupe des Jeunesses communistes de Béziers. Depuis la fin de 1935, les Domenech s’étaient installés à Montpellier pour y gérer un restaurant coopératif rue de la Petite Loge. Marc Domenech était permanent du Parti communiste sans être rémunéré et en 1937 il partit pour un stage de six mois à l’École centrale du PC. Michèle Domenech participait déjà à des activités du Parti communiste mais elle n’y adhéra qu’en 1937, pendant le stage de son mari, avec la pleine conscience qu’il s’agissait là d’un engagement lourd de conséquences, mais les évènements de 1936 et 1937 tout comme l’implication de son mari l’avaient convaincue. Elle anima à Montpellier un comité de femmes contre le fascisme. Après avoir participé en avril 1938 au congrès de l’Union des jeunesses républicaines de France à la Mutualité de Paris, elle organisa un groupe UJRF à Montpellier.

Son mari fut mobilisé en 1939, et fait prisonnier, il ne revint qu’en juin 1945. Pendant la guerre que les activités militantes de Michèle Domenech, jamais interrompues, la révélèrent comme une personnalité autonome, motivée par des convictions solidement ancrées. Instruite des enjeux de la guerre par ses activités militantes depuis 1936, elle eut un engagement continu durant toute la période des hostilités. Restée à Montpellier jusqu’en mai 1943, elle militait dans le Parti communiste dissous et assurait des liaisons, particulièrement avec Carcassonne. Elle travailla notamment pour la propagande clandestine avec Noël et André Aversenq ainsi que Gilbert Barbé.

Elle adhéra au Front national lors de sa création en 1942. Après l’arrestation de Barbé en février, elle entra dans la clandestinité en mai 1943 et travailla pour travailler dans une imprimerie près de Tain-l’Hermitage (Drôme), sous la direction de André Aversenq, avec Charles Fréchard et Louis Imbert. Elle y fut arrêtée le 1er septembre 1943, avec ses trois camarades, et internée à la prison de Valence (Drôme) où elle contracta la fièvre typhoïde. Elle fut hospitalisée à Albi (Tarn) en décembre pour y subir deux opérations. Grâce à des contacts extérieurs noués par l’intermédiaire de visiteurs, elle put s’évader avec l’aide d’un groupe FTP le 29 avril 1944. Elle fut alors hébergée dans une ferme proche de Carmaux (tarn) où un membre du Parti communiste vint procéder à son « évaluation ». Le 6 juin 1944, elle reçut une autre mission et une fausse identité (Marie-Louise Bertin), à nouveau pour travailler dans une imprimerie clandestine à Saint-Roch du Tarn. Elle diffusa des tracts sur la libération de Carmaux qui intervint effectivement le 15 août. Jusqu’au retour de son mari à Montpellier, elle séjourna à Rodez (Aveyron) pour y organiser l’Union des femmes françaises dont elle était la secrétaire, fonction qu’elle retrouva à partir de juin 1945 à l’UFF de l’Hérault et qu’elle conserva jusqu’à la naissance de son fils Gilbert, en 1948. Elle fut aussi membre du conseil national de l’UFF. Une fille, Claudine, naquit en 1946. Ses deux enfants ont appartenu aux Jeunesses communistes. Claudine, institutrice à Boujan depuis 1995, militante syndicale, y devint secrétaire de cellule et conseillère municipale.

Après la guerre, Michèle Domenech militait dans le Mouvement de la paix. En mars 1950, elle participait à une manifestation en faveur de Robert Teff devant le Palais de Justice de Montpellier quand elle fut grièvement blessée : atteinte par une grenade lacrymogène lancée par un CRS, elle perdit la vue. Elle resta aveugle malgré de multiples interventions pratiquées à Montpellier, à Paris, et en URSS. Candidate dans l’Hérault aux élections législatives de 1951 sur la liste du PCF, elle obtint près de 30 % des suffrages exprimés, mais le système des apparentements priva son parti de toute représentation.

À partir de 1954 et jusqu’en 1972, les soins et opérations qu’elle devait subir l’obligèrent à de longs séjours à Paris et à plusieurs voyages en URSS. Les Domenech s’installèrent alors à Bagnolet où Michèle Domenech continua son action militante et politique. Elle fut élue conseillère municipale, chargée de la commission sociale. Elle ne quitta jamais le PCF et, de retour dans l’Hérault, resta membre de la cellule de Boujan.

Michèle Domenec approuva l’évolution de son parti et sa participation au gouvernement pour le rôle de critique qu’il pouvait y jouer.

Michèle Domenech était titulaire de la carte de combattant volontaire de la Résistance, et avait reçu la médaille du Mérite civil et militaire. Elle fut décorée de la Légion d’honneur par Jean-Claude Gayssot, le 19 mai 2000.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23663, notice DOMENECH Michèle [née HEREDIA Michèle] par Hélène Chaubin, Corine Escaffit, version mise en ligne le 15 novembre 2008, dernière modification le 19 février 2021.

Par Hélène Chaubin, Corine Escaffit

Michèle Domenech-Hérédia
Michèle Domenech-Hérédia
Photo d’identité

SOURCES : Entretiens avec Michèle Domenech les 18 et 19 mars 1999 et le 6 avril 2000. — Pierre Calmette, C’était si loin, Paris…, Ateliers de la Licorne, Clermont-l’Hérault, 1998, p. 178 et sq. - Paul Chauvet. La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Deuxième Guerre mondiale. Paris : à compte d’auteur, 1979, p. 284-285.

ICONOGRAPHIE : Photo d’identité de Michèle Domenech. — Photo prise à Montpellier le 28 mars 1950, le jour de son accident : à la tribune, Roger Barale au micro. Derrière lui, Michel Schuwer, secrétaire de la section communiste de Montpellier et futur Secrétaire fédéral , élu à Montpellier en 1953 ( photo extraite de l’ouvrage de Pierre Calmette). – Photo publiée par le Midi-Libre, le 20 mai 2000 « Une femme de devoir à l’honneur ».

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