ESTIVALS Robert, Lucien, écrit aussi ESTIVAL Pseudonymes : ANDRÉ, LOUIS

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

Né le 2 avril 1921 à Decazeville (Aveyron), fusillé le 1er juin 1943 au camp d’Auvours, à Champagné (Sarthe) ; ouvrier ajusteur à la SMN ; militant communiste du Calvados ; résistant dans la Marne et en Bretagne ; interrégional du Front patriotique de la jeunesse en Bretagne.

Robert Estivals
Robert Estivals
Collection Jean Quellien

Fils d’un mineur, Robert Estivals était ouvrier ajusteur à la Société métallurgique de Normandie de Mondeville où il connut Michel Farré qui fut fusillé comme otage le 15 décembre 1941 à Caen, une exécution qui le marqua profondément. Il forma avec plusieurs de ses camarades dans la région de Mondeville et Colombelles (Calvados) un groupe rattaché au Parti communiste clandestin. Devenu clandestin en septembre 1941, il fut envoyé comme responsable du Front national dans la Marne en mai 1942, avec mission de mobiliser les jeunes. Dès l’automne, menacé d’arrestation, militant solide et sûr, il quitta la Marne pour devenir interrégional du Front patriotique de la jeunesse en Bretagne.
L’arrestation du chef de train Armand Blanchard permit la saisie d’une valise de documents sur la vie clandestine des communistes et des FTP. Elle entraîna la localisation de Robert Estival et de Julien Lesven. Robert Estival fut arrêté au Mans dans la nuit du 7 au 8 mars 1943. Condamné à mort pour « menées terroristes et intelligence avec l’ennemi » par le tribunal militaire allemand du Mans (Feldkommandantur 755) le 27 mai 1943, il a été fusillé avec une douzaine de ses camarades .
Le même jour furent exécutés à Auvours : Albert Aubier, Alex Auvinet, Armand Blanchard, Pierre Corre, Émile Debonne, Émile Derruau, Eugène Dubruilles, Robert Estival, Edmond Garreau, René Le Petillon, Jules Lesven, Paul Madiot.

Robert Estivals, reconnu Mort pour la France, fut homologué à titre posthume lieutenant FFI. Il obtint, à titre posthume, la Médaille de la Résistance le 16 octobre 1955.

Une place de Mondeville porte aujourd’hui le nom de Robert Estival.

Dernière lettre, le 30 mai 1943
Mes Chers Parents,
Il y a un peu plus d’un an, mon devoir de communiste m’obligeait à me séparer de vous. J’ai quitté le logis familial, le cœur lourd, mais animé d’une ferme volonté : libérer la France, faire triompher le plus bel idéal que puisse proposer un homme, l’idéal communiste.
J’avais continué cette grande tâche pour laquelle Michel (Michel Farré) était tombé comme tant d’autres camarades ; il y avait aussi tout mon amour filial révolté m’indiquant qu’il fallait tout faire pour assurer de vieux jours plus heureux à ceux qui avaient si souffert pour me donner la santé et tant privé pour faire de moi un bon ouvrier. Puis, pour mon petit Nono, pour ma petite Rosette, mon devoir de frère aîné n’était-il pas de préparer un avenir meilleur, plein de joie et d’amour, où disparaitraient à tout jamais les horreurs de la guerre, l’odieuse exploitation de l’homme par l’homme. Mais pour que surgisse cet avenir, il faut que de grands sacrifices se fassent. Le vôtre, mes très chers ce sera de perdre un fils et un frère qui va mourir pour la libération de la France et l’émancipation de son peuple ; car il est maintenant hors de doute que bientôt, très bientôt, surviendra ce jour auquel je vais donner fièrement ma vie et vous pourrez aller la tête haute car jusqu’au dernier moment, mon attitude sera toujours celle d’un militant honnête, fidèle à son parti, et d’un Français fidèle à son pays. Oui, vous pouvez marcher le front haut, préférant me voir mourir en brave, plutôt que vivant, mais lâche...
Soyez forts, soyez courageux, pensez à vous, ne vous laissez pas abattre, vous ne serez pas abandonnés, des jours prochains vous le prouveront ; mais surtout songez à vivre pour vous, pour Nono, pour Rosette. Toi, sœurette, que je sais courageuse malgré ton jeune âge, console et soutient Papa et Maman dans la douleur qui vient de les frapper. Norbert mon frère, soit studieux à l’école pour être instruit car demain en construisant la société nouvelle, tu vengeras ton grand frère.
Malgré toute la souffrance que je ressens en sachant celle que vous allez subir, je ne regrette rien, et si c’était à refaire je recommencerai.
Ainsi, ai-je dis à mes juges ; même dans votre douleur je suis sûr que vous penserez de même, mes chers, je n’oublie personne.
Chers parents, chère Nonette, cher Nono, recevez mes derniers baisers, tendres et affectueux ; jusqu’au dernier instant ma pensée ira vers vous tous, à mon beau Parti, à ma Patrie, à ceux qui restent et qui préparent des lendemains qui chantent.
Vive la France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23666, notice ESTIVALS Robert, Lucien, écrit aussi ESTIVAL Pseudonymes : ANDRÉ, LOUIS par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, version mise en ligne le 17 novembre 2008, dernière modification le 13 décembre 2021.

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

Robert Estivals
Robert Estivals
Collection Jean Quellien

SOURCES : AVCC, Caen. – Arch. Dép. Finistère, fonds Alain Legrand, 208 J. — J. Quellien (sous la dir.), Livre mémorial des victimes du nazisme dans le Calvados, op. cit. – État civil, Decazeville. — Arch. Dép. Calvados. — Archives de l’Ordre de la Libération.

ICONOGRAPHIE : Centre de recherche d’histoire quantitative, Livre mémorial des victimes du nazisme dans le Calvados, Conseil général du Calvados, 2004.

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