CAUJOLLE Étienne

Par André Balent

Né le 27 décembre 1899 à Rivèrenert (Ariège) ; mort (officiellement) le 19 juin 1944 à Rivèrenert ; boulanger à Rivèrenert ; victime d’un assassinat perpétré par des maquisards de l’AGE du maquis de la Crouzette pour des motifs personnels, présenté comme une opération punitive contre un collaborationniste exécutée par un guérillero du maquis de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) du col de la Crouzette (Ariège)

Étienne Caujolle était le fils de Jean, Célestin Caujolle, cultivateur et de Jeanne Soum âgés respectivement de vingt-neuf et vingt-quatre ans en 1899. Il se maria le 31 mai 1922 à Rivèrenert avec Anne-Marie Couret née à Bérens, commune de Francazal (Haute-Garonne) : cette localité du Comminges est limitrophe de l’Ariège. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un homonyme était maire de Rivèrenert.

Au printemps et à l’été de 1944, Étienne Caujolle ravitaillait en pain le maquis de la Crouzette. Il accueillait des maquisards chez lui qui y trouvaient, le cas échéant, le couvert. Mais en 1944, sa femme avait une liaison avec un guérillero espagnol du maquis de l’Agrupación de guerrilleros españoles de la Crouzette. Celle-ci dénonça son mari, le présentant comme un « collaborationiste » ami des Allemands afin de provoquer sa « liquidation ». Dans ses listes, Claude Delpla n’avait pas retenu Étienne Caujolle. Sa fille Isabelle a rajouté son prénom et la première lettre de son nom qui lui fut communiqué par Élérika Leroy (Deilpa, op. cit., 2019, p. 159).

Robert Fareng auteur d’une thèse sur la Résistance en Ariège (1984) qui avait recueilli des témoignages « à chaud », de 1944 à 1946, interrogé par Élérika Leroy en 1997, a mis en cause la femme de Caujolle. Les témoignages recueillis par Élérika Leroy en février et en mars 1997, auprès de maquisards, Charles Dougnac (FTPF) et Aristide Pérille (FTPF), convergent et authentifient les propos de Fareng ; « il fallait se débarrasser du mari gênant et rien de plus tentant que de passer au maquis de la Crouzette, on va leur dire que c’est un collaborateur (…) Les Espagnols sont venus le chercher, ils l’ont embarqué et ils l’ont fusillé la-haut, c’était en plein midi » (Leroy, op. cit.,1998, p. 48). « Gênant », seulement parce qu’elle avait un amant mais aussi parce que les relations avec son mari étaient mauvaises du fait de relations de couple détériorées que l’on ne connait pas ?

La femme d’Étienne Caujolle eut, du guérillero, une fille, Marguerite, Françoise née le 29 juin 1944. Sa femme s’est remariée ensuite avec Joseph Galey qui adopta la fille le 24 janvier 1962 sous le nom de Marguerite Caujolle Galey (jugement du tribunal civil de Foix). Si la femme semble être à l’origine de la dénonciation de son mari, il se peut aussi, d’après les témoignages cités, que l’amant, pour se débarrasser du mari, l’accusa d’être un collaborationniste, délateur de résistants. Ce furent des guérilleros de l’AGE qui vinrent, en plein jour, se saisir de Caujolle et qui le fusillèrent sur le territoire de Rivèrenert « en plein midi » (témoignage de Charles Dougnac, 2 février 1997).

Cette « exécution » est en fait un crime de droit commun. Mais l’omertà couvrit les faits qui furent pudiquement « oubliés » jusqu’à ce qu’ils réémergent à la suite de l’enquête menée par Élérika Leroy dans un cadre universitaire.

L’état civil de Rivèrenert a retenu la date du 19 juin 1944 comme étant celle de son décès. Le corps ne fut pas retrouvé en octobre 1945, sur le territoire communal d’Esplas-de-Sérou, comme les personnes jugées par le tribunal autoproclamé des maquis de la Crouzette. Il ne l’a pas été depuis. Le décès ne fut établi officiellement que cinq ans plus tard par le tribunal civil de première instance de Saint-Girons (Ariège), lors d’un jugement rendu le 5 octobre 1949. Ce jugement déclara qu’il était mort dans sa commune natale. Le 19 octobre 1949, il fut transcrit en marge de son acte de naissance à Rivèrenert. Fait troublant, sur l’acte de naissance de Marguerite Caujolle, le père, Étienne Caujolle, n’est pas déclaré comme étant décédé à cette date. Son décès ne date pas du 19 juin 1944 mais est postérieur au 29 juin. En effet, dans un rapport de synthèse quotidien du 19 juillet 1944 (un mois plus tard , donc, que la date retenue pour son décès) sur l’évolution de la situation dans les départements de son ressort, la préfecture régionale signalait que la veille (ou le 17), 150 « terroristes » avaient occupé Soulon, (sic), en réalité Soulan, dans la vallée de l’Arac, sur le versant méridional du massif de l’Arize, au dessous de Rivèrenert. Après leur coup de main, il est signalé dans le rapport qu’ils ont enlevé « un habitant, M. Caujolle ». En effet, Rivèrenert se trouve entre Soulan et le col de la Crouzette.

La femme d’Étienne Caujolle s’est remariée à Joseph Galey, qui a adopté sa fille Marguerite, Françoise née le 29 juin 1944.

Voir Esplas-de-Sérou (Ariège), col de la Crouzette (1244 m) et col de Rille (938 m) ; Castelnau-Durban (Ariège), Rivèrenert (Ariège), 19 juin-21 juillet 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236668, notice CAUJOLLE Étienne par André Balent, version mise en ligne le 17 janvier 2021, dernière modification le 30 mai 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 5 W 57, rapports de synthèse quotidiens de la préfecture régionale de Toulouse (Situation dans les départements de la région), 19 juillet, 1944 ; 4 E 4992, état civil de Rivèrenert, acte de naissance d’Étienne Caujolle et mentions marginales ; 3 E 6468, état civil d’Esplas-de-Sérou, acte de décès d’Étienne Caujollle et mention marginale faisant état que le décès avait eu lieu à Rivèrenert ; acte de naissance de Margueritte Caujolle-Galey et mentions marginales. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, 514 p. [p. 459]. — Élérika Leroy, Les résistants et l’épuration. Aspects de la répression contre les collaborateurs dans le Midi toulousain 1943-1953, maitrise sous la direction de Pierre Laborie, université de Toulouse-Le Mirail, 1998, 200 p. [p. 48]. — Notes communiquées, 4 décembre 2020, par Élérika Leroy (liste nominative des personnes exécutées par le maquis de la Crouzette en juillet 1944). — Site MemorialGenWeb consulté le 23 décembre 2020.

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