Le renouveau de Meiji et le mouvement pour la liberté et les droits du peuple

En 1868, le renversement du régime féodal et la constitution d’un État moderne unifié ouvrirent pour le Japon la voie au développement du capitalisme : telles sont les caractéristiques du Renouveau de Meiji. Dans l’Europe de cette époque, le capitalisme avait déjà progressé d’une manière remarquable et le mouvement ouvrier commençait à prendre une certaine ampleur.
Dès la première moitié du XIXe siècle, on assista au Japon à un accroissement de la production nationale, au développement de la capitalisation commerciale, à la progression d’un système de maisons de gros et d’industries de type artisanal, ou de manufactures (industrie manufacturière), enfin à la constitution d’un marché intérieur ; par ailleurs, la décomposition de la classe paysanne se poursuivait et les luttes anti­-féodales — les émeutes — des paysans et de la population laborieuse des agglomérations, s’attaquant aux fondements mêmes du régime d’alors, contribuèrent à ébranler le système féodal dans son ensemble.
En 1853, la flotte du Commodore Perry, battant pavillon américain, approche des ports japonais ; le Japon est confronté aux grandes puissances d’Europe et d’Amérique : les États-Unis, l’Angleterre, la France, la Russie, qui veulent l’insérer dans le marché mondial. C’est ainsi qu’à l’aggravation de la crise du système féodal s’ajoute pour le Japon le danger réel d’être transformé en colonie des pays capitalistes avancés. Les luttes populaires avaient pour but « la rectification du monde » ou encore la refonte du système social, la politique des classes dominantes féodales était mise en échec et les divisions internes au sein du pouvoir étaient devenues manifestes. C’est ainsi que les guerriers de rang inférieur, originaires des puissants clans du Sud-Ouest (Satsuma, Chōshu, Tosa et Hizen principalement), fers de lance de l’alliance des paysans riches, des marchands et des capitalistes, utilisant par ailleurs l’énergie déployée par les petits paysans et les classes laborieuses des villes dans leurs luttes anti-féodales, renversèrent en 1868 le gouvernement shogunal des TOKUGAWA et instaurèrent un nouveau régime politique unifié à la tête duquel fut placé l’Empereur et dont ils devinrent les administrateurs.
Le système agraire qui s’articulait autour d’un propriétaire foncier de type féodal fut aboli, ainsi que la stratification rigide qui régissait le statut personnel des individus au sein de la société japonaise divisée en quatre « castes » : guerriers, paysans, artisans et marchands.
Des réformes de type capitaliste furent également introduites, mais seulement de manière partielle ; le système de propriété foncière, dans les villages agricoles, garda un caractère semi-féodal et le pouvoir politique fut confié à un régime impérial absolutiste fondé sur des rapports féodaux renforcés. Le nouveau gouvernement institua la conscription et l’enseignement obligatoire (1872) et, en 1889, l’Empereur fut proclamé détenteur de la souveraineté nationale. La Constitution du Grand Empire japonais, encore appelée la Constitution de Meiji, fut promulguée arbitrairement, instaurant un État bureaucratique centralisé de type militaire et policier.
Dans ce contexte, naquit en 1874 le Mouvement pour la liberté et les droits du peuple (Jiyū minken undō) qui se développa pendant une dizaine d’années. Recrutés dans la classe guerrière en déclin, parmi les paysans, les artisans et les marchands, ses participants réclamaient la poursuite des réformes jusqu’à la réalisation d’une authentique révolution démocratique bourgeoise ; leurs revendications allaient de l’établissement d’un Parlement et de la reconnaissance des droits fondamentaux des individus à l’allègement de l’impôt foncier et à la révision des traités inégaux ; ils les présentèrent dans des manifestations d’opposition au gouvernement absolutiste et à travers la multiplication des révoltes armées des paysans-cultivateurs dans toutes les régions du Japon. Cependant, s’il parvint à obtenir quelques concessions définitives, telle l’instauration d’un Parlement en 1890, ce mouvement démocratique de luttes populaires finit par se démanteler sous l’effet, d’une part, de la répression gouvernementale et, d’autre part, de l’éclatement de son front et des compromis de ses dirigeants.
Afin d’accélérer le développement du capitalisme au Japon, en retard par rapport aux pays industrialisés d’Europe et d’Amérique, le gouvernement, lançant des slogans tels que : « Un pays riche, une armée forte » et : « Des industries productives », important le système des usines et les techniques des pays développés, travailla à l’implantation d’industries modernes placées sous le contrôle de l’État, tout en concédant par ailleurs des privilèges à certains capitalistes pressentis pour prendre, en ce domaine, la relève de l’État. En outre, les nombreux vestiges féodaux régissant encore les rapports humains, principalement dans le secteur agricole, permirent une accumulation de capital particulièrement rapide. C’est ainsi que les conditions dans lesquelles le mouvement ouvrier japonais a pu se développer en constituent également les limites fonda­mentales. En 1873, sur les 33 000 000 d’habitants que comptait le Japon, environ 15 000 000 étaient des paysans ; la population active représentait 80 % de la population totale. Pour ce qui est des paysans, la majorité d’entre eux, devenus petits fermiers dans un régime de propriété foncière absentéiste, continuaient à s’acquitter pour prix de la terre d’une redevance qui, payable en nature, s’élevait souvent à la moitié environ de la récolte : leur situation était pratiquement restée inchangée par rapport à l’époque des TOKUGAWA ; quant aux autres, ils devinrent des ouvriers salariés d’industrie. Le reste du contingent de la main-d’œuvre salariée a été constitué d’artisans, d’une part, dont les corporations s’étaient peu à peu décomposées, et d’anciens guerriers qui avaient perdu leur statut privilégié découlant de leur appartenance à la couche dominante de l’époque féodale (ces derniers étaient au nombre de 400 000, soit 2 000 000 si l’on compte les membres de leurs familles). L’opposition des ouvriers à l’exploitation et à la domination du capital fut concomitante avec l’apparition de la classe ouvrière elle-même. Au début, elle revêtit le caractère très spontané des évasions (N.d.t. sic : certaines usines fonctionnaient autrefois littéralement comme des prisons) ou des émeutes. En 1886 eut lieu la grève des ouvrières de l’industrie du papier qui est considérée comme le premier conflit ouvrier organisé du. Japon. L’organisation en syndicats débuta également aux alentours de 1890, mais ceux-ci ne réussirent pas à s’implanter à cause du manque de maturité de la classe ouvrière japonaise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236698, notice Le renouveau de Meiji et le mouvement pour la liberté et les droits du peuple, version mise en ligne le 29 juillet 2022, dernière modification le 13 juillet 2022.
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