POUPARDIN Didier

Par Danièle Poupardin, Bernard Thièry, Jean-Paul Salles

Né le 25 janvier 1946 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), mort le 5 juillet 2015 ; médecin ; adhérent au Syndicat de Médecine Générale ; responsable du MRAP ; militant de la JCR, de la LC, de la LCR, du NPA ; cofondateur de l’Assouevam ; cofondateur du MAS. Il était le mari de Danièle Poupardin, médecin elle aussi, avec qui il a exercé et milité.

Son père Jean Poupardin , architecte, né le 24 octobre 1907 à Paris, est mort en 1991. Sa mère, Cécile Pigeaud, née le 5 mars 1909 à Paris est morte à l’hôpital de Fontainebleau le 19 octobre 1982. Elle fut étudiante à l’École des Beaux-Arts, artiste peintre amateur et mère au foyer. Didier Poupardin fut le dernier d’une fratrie de trois frères et une sœur. Marc, né en 1937 fut ingénieur de l’École Centrale de Paris ; Claire Tissot, née en 1938 fut conservateur à la BNF puis à l’INHA (Institut National de l’Histoire de l’art) ; Denis né en 1939, ingénieur agronome à l’INRA décéda en 2009 ; François, né en 1942 fut architecte à la SNCF et spécialiste de l’histoire des gares. Didier Poupardin fut élevé dans la religion protestante. Ses parents étaient pratiquants de façon modeste, ses frères et sa sœur l’étaient un peu moins tout en étant fidèles à leur origine protestante. Il a suivi l’école du dimanche préparant à la communion, faite en 1951. Mais il se plaisait à dire que dès le lendemain, il devint athée et hostile aux religions. Il est resté athée et a combattu tout au long de sa vie pour la laïcité. Il passa beaucoup de temps dans une maison familiale à Fontainebleau (Seine-et-Marne) appartenant à son père. Cette très grande maison disposait d’un immense jardin. Didier allait régulièrement faire de grandes randonnées pédestres, du vélo et de l’escalade dans la forêt de Fontainebleau. Avec Danièle Poupardin qui fut sa compagne puis, en 1987, son épouse, ils eurent une fille, prénommée Marie, née le 1er mars 1978 ; elle devint professeur d’histoire-géographie et musicienne en art lyrique.
Didier Poupardin arriva en politique en 1968, alors qu’il était étudiant en médecine au CHU Pitié -Salpêtrière. Il avait adhéré à l’UNEF et il s’était trouvé dans la tendance qu’on a appelée « la mino médecine », animée par ceux que le PC qualifiait sommairement de « trotskystes ». Les dirigeants de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) créée en 1966 par des militants issus de l’Union des Étudiants Communistes (UEC) puis dissoute en juin 1968 et la branche minoritaire du Parti communiste internationaliste (PCI) dite de Pierre Frank* fusionnèrent en avril 1969 pour donner naissance à la Ligue communiste (LC). Elle était internationaliste, anticolonialiste et antistalinienne. C’est à cette organisation que Didier adhéra. Les adhérents de « la mino médecine » de l’UNEF l’ont quittée et certains rejoignirent Didier Poupardin à la LC. Dans les années 1970, il fit partie des Comités d’action de l’hôpital La Pitié-Salpêtrière. Il devint militant de la cellule de la LC de cet hôpital qui s’adressait notamment aux personnels soignants et ouvriers, majoritairement syndiqués à la CFDT. Le groupe Taupe était constitué de sympathisants, adhérents de la CFDT et de militants de la Ligue. Ce groupe produisait La Taupe Rouge, feuille dont la rédaction et la diffusion représentaient un effort énorme qui reposait beaucoup sur Didier. Il faisait partie du Service d’Ordre (SO) de la LC lors de la manifestation du 21 juin 1973 qui rassembla plus de trois mille personnes pour tenter d’empêcher la tenue du meeting d’Ordre Nouveau (ON) à la salle de la Mutualité à Paris. Ordre Nouveau était une organisation néofasciste, raciste, anti-communiste, et nostalgique de l’Algérie française. Elle était l’héritière du mouvement Occident fondé en 1964. Ce meeting avait pour thème essentiel la lutte « Contre l’immigration sauvage ». Des affrontements violents eurent lieu. La LC fut dissoute quelques jours après ainsi que, pour faire bonne mesure ON. Elle naquit en décembre1974 sous le nom de Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dont Didier fut militant jusqu’à son autodissolution le 5 février 2009 ; il adhéra alors au Nouveau parti anticapitaliste (NPA) créé quelques jours plus tard.
Il avait fait fonction d’interne à l’hôpital de Montargis (Loiret) dans les années 1970 et avait soutenu sa thèse en 1973. Il fit pendant quelques années des remplacements de médecin généraliste avant de s’installer en 1976 dans un cabinet libéral en association avec Danièle. Ils souhaitaient exercer en banlieue parisienne tout en habitant à Paris par volonté de ne pas mélanger vie professionnelle et vie privée. Ils ont choisi Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) car il s’y trouvait une cellule de la LCR et pensaient qu’un militantisme médical pourrait aider à une implantation politique. Ce qui s’est révélé tout à fait exact. Ils voulaient aussi exercer dans une municipalité de gauche, or cette commune faisait alors partie des villes communistes de la ceinture rouge. Ils avaient découvert un trois pièces en rez-de-chaussée d’un petit immeuble, ancienne HLM dont les habitants avaient eu accès à la propriété. Cet immeuble se trouvait dans une ruelle située entre d’autres immeubles identiques et une zone pavillonnaire. Au bout de quelques années ils purent acheter, en face de leur cabinet, un pavillon plus grand leur permettant d’accueillir trois médecins. La population du quartier était constituée d’ouvriers, d’employés, d’enseignants, de gens relativement aisés et d’autres beaucoup plus pauvres. Y résidaient aussi de nombreux africains sub-sahariens, dont certains sans-papiers, et des maghrébins, principalement algériens. Une grande partie de cette population était constituée de personnes âgées et d’enfants. Lorsqu’en 2004, Danièle Poupardin prit sa retraite, c’est lui qui reprit sa patientèle jusqu’à sa propre retraite en 2011.
Didier Poupardin et Yves Loriette, habitant du quartier, militant infatigable de l’association Romeurope et président du comité local de Vitry-sur-Seine du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) ont créé avec Danièle Poupardin, Monique Loriette et d’autres habitants une association de quartier dénommée RAS (Réflexion Action sur la santé) qui a organisé des débats d’éducation sanitaire, d’éducation sur la protection sociale, et des fêtes de quartier. En outre cette association a pris part à une action de plus de cinquante cabinets médicaux en France pour transformer l’exercice médical libéral en partie prenante de cabinets multidisciplinaires où les professionnels de santé seraient salariés et non plus payés à l’acte, où seraient prises en charge les activités de prévention et de dépistage précoce. Ces cabinets se nommèrent Unités sanitaires de base (USB). Ces projets furent encouragés par les ministères du début du premier septennat de François Mitterrand. Les porteurs de ces projets furent convoqués à plusieurs reprises au ministère pour étudier leurs budgets au centime près. Sur cinquante dossiers un seul fut accepté en juillet 1983, celui de l’USB de Saint-Nazaire, regroupant des soignants de trois cabinets ; elle fut sabordée en 1986 par le gouvernement Chirac. Didier Poupardin, très vite après son installation à Vitry-sur-Seine avait adhéré au comité local du MRAP. Il soutint les sans-papiers dans leurs soins et leurs démarches en participant à la permanence juridique organisée par le comité et à l’accompagnement des demandes et des luttes des habitants du foyer des travailleurs immigrés de la rue de la Concorde, situé à proximité du cabinet. À Créteil les militants du MRAP du Val-de-Marne, de la Ligue des Droits de l’Homme et d’autres organisations, constituèrent l’association l’Assouevam (Association de Soutien aux Étrangers du Val-de-Marne) qui, en novembre 1998, prit en charge l’organisation du soutien des étrangers, notamment des grévistes de la faim hébergés dans la salle du conseil municipal par le maire socialiste Joseph Rossignol de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Didier Poupardin alla presque tous les jours examiner et traiter ces grévistes. Il devint le principal interlocuteur des pouvoirs publics. Il acquit rapidement une notoriété locale. Il accepta d’assumer la responsabilité de la présidence de la fédération du MRAP du Val-de-Marne et il s’investit dans les nombreux débats et l’écriture de textes pour le MRAP national. Au milieu des années 90, dans le MRAP comme dans de nombreuses organisations au niveau national, de graves divisions se manifestèrent publiquement portant sur l’islamophobie, le soutien aux femmes voilées, le port du voile à l’école, la notion de blasphème et la liberté d’expression. Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP de 1989 à 2004 puis son président, s’était fait le porte-parole presque exclusivement de la lutte contre l’islamophobie et, selon ses opposants, avait ainsi introduit une hiérarchie des racismes en contradiction avec les principes du MRAP, celui de l’universalité des droits des êtres humains. En raison des multiples interventions de ce président dans les médias, se positionnant comme le représentant des orientations du MRAP, de nombreux adhérents quittèrent ce mouvement. Didier Poupardin s’est retrouvé dans un groupe du MRAP en opposition à sa direction nationale. Il contribua à faire en sorte que Aounit ne soit plus reconnu comme président et à reconstruire le MRAP sur des bases démocratiques. Mouloud Aounit finit par démissionner en 2008 et le congrès suivant a élu une direction collégiale. Alain Callès l’un des quatre membres de la présidence collégiale pendant presque deux ans, déclara alors à propos du MRAP « il est évident qu’il a abandonné dans son combat antiraciste, ses références aux principes fondamentaux qui constituaient sa colonne vertébrale. En obscurcissant les principes laïques à l’ombre du voile puis en développant le concept d’islamophobie, il ouvrait la voie à un communautarisme à l’anglo-saxonne et perdait progressivement pied avec les principes d’égalité et de citoyenneté. La citoyenneté n’est plus le combat du MRAP. » En 2015, Didier fut pressenti pour faire partie du conseil national ; il commença à écrire un projet avec Renée Le Mignot, autre membre de la présidence. Il avait rendez-vous avec elle le lendemain du jour où il est mort.
Le Dr Didier Poupardin avait adhéré au Syndicat de la Médecine Générale (SMG), syndicat minoritaire défendant une médecine accessible à tous et le rôle essentiel des généralistes dans la prise en charge des malades. Il était cependant en désaccord avec son syndicat parce que ce dernier opposait, d’une façon qu’il jugeait très critiquable, les généralistes aux spécialistes. Pour Didier Poupardin, il n’était pas possible d’adhérer au syndicat majoritaire des médecins, la CSMS (Confédération des Syndicats Médicaux Français), car ce syndicat défendait des intérêts corporatistes. Didier Pourpardin avec d’autres médecins créa alors le Mouvement action santé (MAS) qui voulait regrouper tous les aspects de la médecine, hospitalière, spécialistes, libérale pour réunir praticiens et usagers. Ce mouvement entendait promouvoir une réflexion et des actions pour que le secret médical et la rémunération très inégale des médecins ne soit pas un prétexte à réduire les remboursements de soins par la Sécurité sociale et ne laisse les malades seuls et parfois désemparés face aux soins. Le MAS complétait ainsi les objectifs du SMG. Il publia quelques numéros d’une petite revue L’anticorps médical. Il organisa des débats et anima des discussions sur différents thèmes relatifs à la santé dans d’éphémères boutiques de santé du XIIIe arrondissement de Paris ; il tint des sortes de permanences au cours desquelles des usagers venaient poser des questions. Rapidement le MAS devint une organisation de lutte contre le Conseil de l’Ordre national des médecins. Cette lutte avait commencé avec le Dr Michel Debout psychiatre et professeur de médecine légale et de droit de la santé et chef du service de médecine légale au CHU de Saint-Étienne (Loire) ; il lança une pétition adressée aux médecins par laquelle il les invitait à cesser de payer leurs cotisations à l’Ordre des médecins, suivant l’initiative qu’avec des confrères il avait prise depuis décembre 1974. Cette action était motivée par la position d’une extrême violence qu’avait prise le Professeur Lortat-Jacob, le président de l’Ordre, contre le vote de la Loi Veil alors en discussion à l’Assemblée nationale. Pour le docteur Debout, la prise de position du professeur Lortat-Jacob « contre le droit des femmes, leur liberté, leur santé, était totalement scandaleuse, d’autant qu’il prétendait s’exprimer au nom de tous les médecins » ; il demandait donc aux médecins d’exprimer leur désapprobation, de la manière la plus radicale et surtout symbolique, en refusant de verser leur cotisation à cet organisme « qui s’était érigé en professeur de la morale la plus archaïque et la plus machiste ». Lors de la présentation du projet de loi devant l’Assemblée nationale au cours de laquelle se succédèrent pendant vingt-cinq heures soixante-quatorze orateurs, certaines interventions furent d’une virulence exceptionnelle. Outre les injures proférées dans l’hémicycle, Simone Veil qui défendit cette loi, reçut des menaces de certains hommes politiques de droite et des organisations d’extrême droite. La campagne d’opinion menée notamment par le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) mobilisa un grand nombre de citoyennes et citoyens aux côtés des professionnels ; il avait été créé en 1973 par le Mouvement du planning familial (MPF), le Mouvement de libération de la femme (MLF) et le Groupe information santé (GIS) et s’était auto-dissout après le vote de la loi. Elle fut promulguée le 17 janvier 1975. Dans ses cent-dix propositions publiées en vue de l’élection présidentielle de 1981François Mitterrand s’était engagé à supprimer l’Ordre des médecins mais, au pouvoir, il se contenta d’en modifier l’organisation interne. Didier Poupardin, sa femme Danièle et un groupe de médecins de Vitry-sur-Seine répondirent à l’appel à refuser de payer leur cotisation au Conseil de l’Ordre. Ce même groupe mit en place une formation permanente pour échapper à la seule existante à Vitry-sur-Seine qui était organisée par les laboratoires pharmaceutiques. Au niveau national, le MAS a travaillé la main dans la main avec le SMG, dans la lutte contre l’Ordre des médecins. Ce dernier porta plainte contre quelques-uns d’entre eux pour les contraindre à payer, ce qu’ils finirent par faire tout en poursuivant leur campagne médiatique. Didier Poupardin, avec le soutien de Danièle, mena un combat opiniâtre et difficile contre l’Ordre des médecins. Il voulait mettre en lumière le fait que les conseillers ordinaux n’étaient pas exempts de fautes graves dont ils profitaient pour asseoir leur pouvoir. Didier Poupardin avait été confronté à la problématique de l’une de ses patientes, atteinte d’une maladie lui provoquant des douleurs difficiles à supporter et qui ne pouvait s’en sortir qu’en prolongeant un arrêt de travail. La CPAM refusa cette prolongation et demanda l’avis d’un médecin-expert. Cette patiente s’est plainte à Didier Poupardin du fait que ce médecin-expert avait refusé la prolongation sans même l’avoir examinée. Or cet expert était un membre éminent du Conseil national de l’Ordre. Didier porta plainte contre ce conseiller, lequel répondit par une plainte contre Didier lui reprochant une faute grave de déontologie et demandant qu’il soit rayé de l’Ordre et donc ne puisse plus exercer. Danièle Poupardin avec l’association de quartier RAS et des militants associatifs, politiques syndicaux, dont plusieurs médecins, organisa une grosse mobilisation ponctuée par l’occupation du siège du Conseil de l’Ordre. La plainte de Didier ne fut pas reçue mais celle du conseiller le fut. Didier Poupardin fut « blâmé » par l’Ordre pour « faute de confraternité » mais ce verdict fut fêté dans la joie comme une victoire puisque le Conseil de l’Ordre avait échoué à rayer Didier de l’Ordre des médecins.

L’affaire des ordonnances bizones opposa Didier Poupardin à la CPAM du Val -de-Marne. Avant 1987, les prescriptions en faveur des malades porteurs d’une maladie grave classée en Affection de longue durée (ALD), ouvraient droit à une prise en charge à 100%. Il n’y avait jamais, à ce sujet, de conflit entre les Caisses et les médecins. Mais à partir de cette année, ont été introduites les ordonnances bizones qui, disait le docteur Poupardin, découpaient la personne malade en deux parties : une partie de leur corps, la maladie en ALD, restait prise en charge à 100% et l’autre partie, supposée par la CPAM sans rapport avec l’ALD, était prise en charge à un taux différent. Les médicaments prescrits pour l’ALD devaient figurer dans la partie haute de l’ordonnance et les autres dans la partie basse. Il était évident pour Didier Poupardin que ce découpage était un non-sens tant il est vrai que les maladies prises en charges à 100% avaient évidemment des répercussions sur d’autres parties du corps. Il considérait que ce découpage comptable, exigé des médecins, était impossible à effectuer sans risque et n’avait aucun intérêt pour améliorer la qualité des soins des patients. Il procédait ainsi pour des raisons scientifiques et aussi pour des raisons d’accès aux soins, les médicaments inscrits dans la partie basse de l’ordonnancier étant de plus en plus délaissés par les patients de condition modeste et sans mutuelle. Il avait aussi observé que certains patients ne se les procuraient pas, parce qu’ils supposaient que les médicaments, puisqu’ils figuraient en bas de l’ordonnance, devaient être inutiles. Par exemple, l’un de ses patients en ALD, atteint d’un cancer, négligeait de prendre des médicaments dont pourtant il avait besoin. La direction de la CPAM du Val-de-Marne s’était aperçue que, depuis la mise en place de ces ordonnances bizones, Didier Poupardin les rédigeait en inscrivant tous les médicaments en ALD dans la partie haute des ordonnances. À l’époque, il avait été convoqué par les médecins-conseils de la CPAM et crut les avoir convaincus du bienfondé de sa pratique médicale.
Or ce n’est qu’en 2009 que la direction de la CPAM engagea la procédure répressive à son encontre. Elle évaluait à 2612 € le préjudice qu’il lui en aurait coûté en remboursant à 100% des médicaments inscrits sur la partie basse de l’ordonnance bizone. Cette somme, selon elle, correspondait à ce qu’auraient dû payer entre avril 2007 et mars 2008, les cinquante et une personnes malades ou leurs mutuelles que le docteur avait soignées sur une période d’un an. Didier réfuta l’accusation selon laquelle il aurait porté préjudice à la Sécurité sociale et refusa de payer cette somme au mode de calcul au demeurant arbitraire. Il fut convoqué le 26 septembre 2012 devant le Tribunal des affaires de la sécurité sociale (TASS). Une conférence de presse se tint au Sénat six jours avant sous l’égide du Groupe Communistes, Républicains et Citoyens, au cours de laquelle Didier déclara qu’un « médecin performant est un médecin qui obéit à la CPAM et soigne mieux les comptes de la sécu que ses patients ». Il annonça aussi avoir pris sa retraite en juin 2011 de façon anticipée, lassé de ce contentieux avec la caisse. L’audience se tint au Palais de justice de Créteil, dans une salle bondée où s’étaient rassemblés plus de cent membres de son comité de soutien, plusieurs syndicats de médecins généralistes et les partis de gauche. La CPAM du Val-de-Marne demandait en plus du remboursement des 2612,43 euros, 2000 euros de frais de justice et en dehors du procès une pénalité de 4000 euros. Au cours de cette audience le TASS reporta l’énoncé du verdict pour demander une expertise médicale qui eut lieu le 6 octobre. L’expert ne répondit pas aux arguments écrits du docteur Poupardin et se contenta de s’appuyer sur le travail d’un médecin conseil de la CPAM. Le docteur Poupardin rendit publique des extraits de l’expertise. L’épouse du Dr Poupardin, elle-même généraliste à la retraite, assura que c’était le tribunal qui avait choisi l’expert parmi une liste de professionnels assermentés. « Les deux premiers ont refusé, indiqua-t-elle, le troisième est le seul qui a accepté, il est vice-président de l’Ordre des médecins de Paris et membre du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM). » La décision du tribunal rendue le 24 octobre fut que le Docteur Poupardin devait payer non pas les sommes réclamées par la CPAM mais 2514 €. En effet, l’expert fut obligé de reconnaitre à l’audience que quelques-uns des médicaments incriminés étaient liés à l’affection à 100%, ce qui ramena la somme demandée par la CPAM à 2514 euros au lieu de 2612. Cette diminution pouvait paraître ridicule mais cet aveu, de fait, remettait en question le principe de la rédaction des ordonnances bizones. Didier en déduisait que les médecins pouvaient mettre dans la partie haute de l’ordonnance des médicaments qu’ils jugeaient liés à la maladie principale même s’ils n’étaient pas directement liés aux traitements de l’ALD ; ceci était loin d’être sans conséquence pour la pratique à venir de nombreux médecins. Le tribunal débouta la CPAM des 2000 euros de frais de justice qu’elle réclamait.
Au départ locale, la notoriété du Docteur Poupardin, que pourtant dans sa grande modestie il ne recherchait aucunement, devint nationale sous l’effet de médiatisation de ses combats. C’est en raison de toutes ses actions de résistance que le Docteur Poupardin fut invité le 16 mai 2010 au rassemblement de manifestants organisé au Plateau des Glières. Situé sur les communes de Glières-Val-de-Borne et de Fillière (Haute-Savoie), il avait été un haut lieu de la résistance au nazisme. Cet évènement était organisé par le collectif Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui (CRHA) qui entendait rappeler les valeurs républicaines de solidarité, de fraternité, de vivre-ensemble et de justice contenues dans le programme du Conseil National de la Résistance (CNR), élaboré le 15 mars 1944. Didier Poupardin y fit un discours qui rappelait ses actions de résistance. Il expliqua que son engagement dans le MRAP était motivé par son exigence de « régularisation de tous les sans-papiers, pour leur liberté de circulation et d’installation », pour « le vote de lois instaurant une citoyenneté de résidence, dissociée de la nationalité, qui permette l’obtention de droits sociaux, civiques et politiques égaux pour tous ». Il exposait aussi que ce combat était guidé par la volonté que soient créées des conditions permettant de mieux soigner les patients qui, hormis l’Aide Médicale d’État, accordée au compte-goutte après un parcours du combattant d’au minimum trois mois, n’ont aucun droit dans la société. Il y dénonça les contre-réformes libérales dans le domaine de la médecine et de la santé et notamment contre l’hôpital public. Il exprima aussi son opposition résolue à l’évolution négative de la médecine de ville, par le blocage depuis des années des tarifs des honoraires induisant la dévalorisation de la médecine de quartier. Le docteur Didier Poupardin ajouta que les projets de « réseaux de soins » investiraient les médecins-traitants d’un rôle de piliers de ces réseaux et qu’ils seraient accessibles selon les ressources et les pathologies de chacun, c’est-à-dire selon des modalités en contradiction avec les principes fondateurs de la Sécurité sociale. Il dénonça aussi l’orientation prise d’utiliser les médecins pour un fichage généralisé au moyen d’un dossier médical enregistré dans la carte Vitale dans le but de transformer les malades, confrontés à des difficultés, à des incapacités pour aller travailler, en suspects et potentiels auteurs d’abus. Dans cette allocution il exprima aussi son opposition à l’exigence de plier l’exercice de la médecine de ville aux recommandations thérapeutiques d’une « Haute autorité de santé » tendant à favoriser des déremboursements pour des soins décrétés « d’efficacité insuffisamment justifiés », ou « de conforté ». Il termina son intervention par son conflit avec la CPAM du Val-de-Marne, portant sur les ordonnances bizones qui, selon Didier, s’inscrivaient dans le cadre d’intimidation et de robotisation des médecins-traitants, la place des médicaments d’une ordonnance bizone pouvant être contestée et tout médecin pouvant être interpellé par des « visiteurs médicaux » chargés de faire pression sur le médecin indocile.
Avant de prendre sa retraite, dans une lettre adressée aux médecins par l’intermédiaire des journaux médicaux, des dispensaires, des cliniques, pour trouver un ou plusieurs successeurs, il avait décrit minutieusement son cabinet, le quartier, sa population. Il y avait précisé son souhait que sa succession soit assurée par des médecins partageant le même souci que lui de médecine accessible à toutes et à tous, quels que soient leur niveau social, leurs origines, leur âge et leur statut eu égard au droit de séjour. Avec sa femme, ses amis et leurs secrétaires, il organisa pour sa retraite une grande fête où furent invités des militants associatifs et politiques, des patients proches et sa famille. Cette fête avait un parfum de meeting, mais avec chansons, poèmes et bon repas. Il reçut alors en cadeau une somme d’argent qui lui permit de réaliser un beau voyage en Croatie avec sa femme. Il passa plus de deux ans à résumer les dossiers de ses patients pour pouvoir leur donner un document lisible par eux et facilement consultable par le médecin de leur choix. Il les convoqua tous individuellement pour leur remettre leur dossier. Peu de temps avant son décès brutal, il avait confié cette phrase terrible : « Je finis ma carrière en étant condamné ». Il faisait évidemment référence à la condamnation par la CPAM à payer la somme que, selon elle, les patients à 100% auraient dû payer. Cette condamnation restait une blessure terrible. Il avait mené son combat avec une énergie et une joie partagée avec tous les soutiens dont il avait bénéficié. Il était convaincu qu’il avait peu de chance de gagner mais était heureux d’avoir été entendu par de nombreux médecins, des syndicats, des associations, des partis. Sa femme fut certaine que sa mort brutale était causée par ce traumatisme alors qu’il était en excellente santé. « Avec sa haute stature, ses petits yeux perçants et sa barbe de prophète, Didier Poupardin pouvait sembler prédestiné à devenir une icône » avait écrit de lui un journaliste de la presse régionale.

Didier et Danièle furent adhérents à ATTAC, à Réseau éducation sans frontière (RESF) et à ROMEUROP. Ils quittèrent le NPA parce qu’ils refusaient de considérer que des peuples victimes de racisme, de discrimination et d’exploitation avaient forcément raison et devaient être soutenus inconditionnellement. Critiquer certaines utilisations de l’islam ne devait pas être qualifié aveuglément d’islamophobie. Ils militaient pour la transformation des institutions mais refusaient leur suppression et se référaient aux acquis de 1789 en dépit de "son caractère bourgeois". Ils étaient partisans de se présenter à toutes les élections avec le souci d’avoir le plus de voix possible.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236709, notice POUPARDIN Didier par Danièle Poupardin, Bernard Thièry, Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 19 janvier 2021, dernière modification le 30 janvier 2021.

Par Danièle Poupardin, Bernard Thièry, Jean-Paul Salles

Didier Poupardin militant du MRAP

Œuvre : Très bon dessinateur, Didier laisse une œuvre graphique importante.

SOURCES : Nombreux documents fournis par Danièle Poupardin ; articles de presse, par exemple 94 citoyens.com, quotidien indépendant sur le Val-de-Marne et le Grand Paris ; -Bernard Galin, « Un cabinet de médecins anticapitalistes dans un quartier populaire » et entretien avec Danièle et Didier Poupardin, Tout est à nous, mensuel du NPA, n°25, octobre 2011, p.23-26 ; Nécrologie du Docteur Didier Poupardin, L’Anticapitaliste (hebdo du NPA) n°298, 16 juillet 2015 : « une grande figure disparaît ». — Ce que veut la Ligue communiste, Manifeste du CC, Maspero, 1972 : les pages 118-122 : « Une médecine qui ne soigne pas, mais qui répare » ; -LCR, Oui le socialisme !, Maspero, 1978 : p.142-154 : « Les travailleurs malades du capital » et p.155-159 : « Contre l’enfermement psychiatrique ». — Jean-Paul Salles, La LCR (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Presses universitaires de Rennes, 2005 : p.221 et suivantes sur le Syndicat de Médecine générale (SMG) et la psychiatrie, et p.302 « Médecin et Militant à la LCR ».

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