CROS Marcel [CROS Raymond, Marcel]

Par André Vessot

Né le 29 avril 1925 à Lyon IIe (Rhône) ; cadre Gaz de France ; militant à la JOC, militant à la CFTC puis à la CFDT, administrateur de la Caisse d’action sociale d’EDF-GDF ; adjoint au maire de Dardilly (Rhône).

Marcel Cros en 1973
Marcel Cros en 1973

Fils naturel de Pauline Cros (veuve Court) Marcel Cros est né dans le quartier Perrache à Lyon. Son père Auguste Séraphin Gauthier était wattman à la compagnie des Omnibus et tramways de Lyon (OTL).

Il fréquenta de bonne heure les mouvements de jeunesse : le scoutisme dans la paroisse Sainte-Blandine, puis la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) en 1935. Il fut présent à la fête du 10e anniversaire de la JOC. Du fait de l’hospitalisation de longue durée de son père, il dut arrêter ses études après le BEPC et commencer à travailler à 14 ans, d’abord comme courtier en pharmacie.

En 1941 sortant d’une rencontre de la troupe scoute de Sainte-Croix, il fut agressé par un individu complètement ivre. Atteint d’un coup de couteau à l’artère fémorale il perdit beaucoup de sang et garda un handicap toute sa vie.

En 1940 il fut embauché pour tenir un emploi de « chasseur-réceptionniste » au Grand hôtel des Archers, considéré comme une boîte aux lettres de la Résistance. Après l’armistice franco-allemand du 22 juin 1940, une partie de l’hôtel fut réquisitionnée par la Commission d’armistice réunissant les plénipotentiaires allemands, italiens et français. Henry Fould, qui était membre de la Commission d’armistice, lui demanda la possibilité de cacher ses armes, refusant de les remettre à l’ennemi. Il trouva un lieu sûr, pour les entreposer, dans la cave de l’hôtel.

De nombreux artistes y séjournèrent : Fernandel, Raimu, Edith Piaf, Sacha Guitry, Charles Trénet, Henri Salvador, etc. Une partie de l’hôtel était occupée par des familles juives. En 1942, après l’occupation de la « zone libre », l’hôtel fut réquisitionné par les officiers allemands. En cours d’année un certain monsieur Gauthier était souvent présent à la réception où il s’entretint avec Marcel Cros et semblait connaître les membres de sa famille de Saône et Loire. Ce M. Gauthier était-il un collaborateur ou était-il avec la Résistance ? En tout cas il conversait beaucoup avec les officiers allemands.

Lors de la mise en place du STO en 1943, Marcel Cros fut convoqué rue Garibaldi au siège du centre d’incorporation du service du travail obligatoire (S.T.O) avec tous ses camarades du quartier Perrache. Il le signala à ce M. Gauthier qui lui dit de ne pas s’inquiéter. Effectivement certains de ses camarades durent partir le lendemain pour l’Allemagne, quand d’autres rejoignirent la Résistance et Marcel Cros fut informé qu’il était libre.

En mars 1944, le capitaine Roger Fould (frère d’Henry Fould) responsable de l’Armée secrète, se présentant à la réception de l’hôtel, demanda à Marcel Cros s’il n’y avait pas d’issue de secours. Il l’orienta vers la bagagerie où existait une sortie dans la cour des Archers. Il apprit plus tardivement que celui-ci avait été arrêté vers la place de la République, interné au Fort Montluc et fusillé.

En septembre 1944, après la libération de Lyon, Marcel Cros doubla son activité entre la réception de l’hôtel réquisitionné par les maquisards et l’accueil au Palais du gouverneur militaire, où venait d’arriver le colonel Descours, chef de l’Armée des Alpes, promu gouverneur militaire de Lyon. Après la libération, l’Hôtel des Archers fut vendu à la Mutuelle française du Mans. Marcel Cros essaya alors de se reconvertir en suivant une formation dans les Assurances « L’Union ».

Les entreprises publiques étaient alors en plein essor dans la foulée des nationalisations de Renault, Berliet et de la création d’EDF-GDF. Par l’intermédiaire d’un membre de sa famille il entra à Gaz de France en 1949, pour un poste d’inspecteur-contrôleur des malades. Peu de temps après, en 1950, contacté par une collègue, il se syndiqua à la CFTC. Il occupa ce poste pendant cinq ans et reprit ses études (capacité en droit, promotion ouvrière à GDF, brevet IBM, brevet Bull), suivies de nombreux stages. En 1954 la mécanographie se mit en place, il entra dans ce service et gravit les différents postes : opérateur, chef-opérateur, chef de service. Poursuivant sa carrière il passa de l’administratif à la technique pour s’occuper du mouvement du gaz naturel partant de Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône) jusqu’en Alsace pour alimenter les industries et les distributions publiques. Il devint chef du dispatching régional.

Il milita pour la déconfessionnalisation de la CFTC et continua à la CFDT après le congrès de 1964, comme beaucoup de ses camarades de Gaz de France. Membre de la Fédération des familles de France il soutint les positions prises pour la dépénalisation de l’avortement lors de la loi Veil en 1975 malgré les pressions de l’Eglise. Il participa notamment au congrès départemental de Villefranche-sur-Saône en 1970.

Alors qu’il résidait avec sa famille à Dardilly (Rhône) en 1976, le maire, André Vialle, souhaita l’intégrer dans son équipe. Elu au conseil municipal de centre gauche, Marcel Cros fut chargé de mission pour mettre en place des logements pour les jeunes. Il fit ainsi construire la Résidence de la Poste.

Cette même année 1976 il se rendit disponible pour accompagner le pèlerinage des malades à Lourdes, en tant que brancardier, avec sa femme Régine en tant qu’infirmière.

De 1975 à 1980 il fut administrateur de la Caisse d’action sociale CAS d’EDF GDF.

En 1980 la Direction générale de GDF le nomma chef du Service de rotation des méthaniers à Arzew (Algérie), service nouvellement créé. Il était prévu que sa femme soit intégrée au service social de cette équipe. Hélas au dernier moment leur fille (prénommée Régine comme sa mère) fut victime d’un grave accident de la circulation à Dardilly, nécessitant de nombreuses interventions chirurgicales, accompagnées de soins importants dans la durée. Il décida de renoncer à cette mutation et de prendre sa retraite afin d’être plus disponible. La même année il déménagea à St Bonnet-de-Troncy dans le Rhône où il fut encore très actif.

Marcel Cros s’était marié le 1er juin 1945 à Lyon Ier avec Régine Gloppe. L’accord constant avec son épouse sur « le chemin tourné vers les autres » fut l’un des moteurs de son action. Tandis qu’il était engagé dans son entreprise, elle ne ménageait pas son temps dans les associations : présidente de l’association des familles, mise en place de la bibliothèque municipale, création des jeudis aérés, présidente de la maison familiale Jean-Marie Vianney. Ils avaient baptisé leur maison de Dardilly « Do mi si la do ré », initiales des prénoms de leurs six enfants (dont leur fille Danièle décédée en 1976) en témoignage de leur attachement à cette famille nombreuse. Enfants auxquels ils ont transmis leur foi chrétienne. Ils eurent neuf petits-enfants.

Aujourd’hui, veuf, Marcel Cros se revendique encore de ses convictions qu’il a solidifiées au contact de théologiens lyonnais comme le père jésuite François Varillon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236717, notice CROS Marcel [CROS Raymond, Marcel] par André Vessot, version mise en ligne le 19 janvier 2021, dernière modification le 5 février 2021.

Par André Vessot

Marcel Cros en 1973
Marcel Cros en 1973

SOURCES :
Le salut public, 27octobre 1942, (Lectura plus Auvergne-Rhône-Alpes). — Interview de Marcel Cros le 18 février 2020. — Témoignages écrits de Marcel Cros, 2020.

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