FROMONTEIL Paul, André

Par Jacques Girault, Claude Willard

Né le 28 octobre 1930 à Châteaudun (Eure-et-Loir), mort le 8 juillet 2020 à Châtellerault (Vienne) ; professeur ; arrêté en février 1950 pour son opposition à la guerre d’Indochine ; membre du comité fédéral de l’UJRF, puis de la JC, organisateur de la FNACA (1958-1967), premier secrétaire de la fédération communiste de la Vienne (1966-1979), membre du comité central (1970-1990), secrétaire de Georges Marchais* (1976-1979), responsable du secteur « Éducation » du PCF (1979-1985) ; conseiller régional du Poitou-Charentes depuis 1983 ; vice-président du conseil régional Poitou-Charentes (1983-1985).

Le père de Paul Fromonteil, fils de petits paysans corréziens, fut secrétaire de la section SFIO de Châteaudun. Sa mère, fille d’officier (commandant la place de Châteaudun), inclinait vers le catholicisme traditionaliste de droite ; tous deux postiers furent mutés à Tours, en 1936, où leur fils poursuivit ses études primaires et secondaires. Bon élève, parlant couramment l’anglais, Fromonteil, à l’âge de quatorze ans, fut engagé comme interprète-guide de l’armée Patton à son arrivée aux abords de Tours. Il entra ainsi en avant-garde, avec cinq soldats américains en jeep, acclamé en triomphateur par la ville libérée.

Paul Fromonteil adhéra à l’UJRF en 1946, au PCF en décembre 1947. En 1950, il suivit l’école fédérale du PCF et fut élu au comité fédéral du PCF d’Indre-et-Loire (1950-1952). Il déploya surtout son militantisme à l’UJRF ; membre, avec Raymonde Dien*, du bureau fédéral de l’UJRF d’Indre-et-Loire, ils bataillèrent rudement, avec la complicité des cheminots, contre l’acheminement du matériel de guerre et des soldats pour la guerre d’Indochine, renversant ainsi à plusieurs reprises des chenillettes sur les rails ; en février 1950, Il fut arrêté, matraqué et condamné, pour violences à agent, à quinze jours de prison et à une interdiction de séjour dans la ville. Aussi se fixa-t-il à Poitiers. Membre de l’Union nationale des étudiants de France, il termina en 1952 sa licence de géographie. Secrétaire général de l’UJRF, il fut élu au comité national de l’UJRF (redevenue JC en 1956), rédacteur en chef adjoint de L’Étincelle (organe des étudiants de l’UJRF). Secrétaire départemental de l’UJRF puis de l’UJCF, membre du comité fédéral du PCF de la Vienne (1952-1953), il entra au bureau fédéral.

Le 26 janvier 1952, Paul Fromonteil se maria à Poitiers avec Jeanne Ballet (voir Jeanne Fromonteil), professeur, membre du PCF. Le couple eut quatre enfants.

Paul Fromonteil passa avec succès le concours de l’École normale nationale de l’apprentissage et dut accomplir un stage d’un an à Paris. Membre du Syndicat national d’enseignement technique et professionnel-CGT, en septembre 1953, il fut nommé professeur au collège d’enseignement technique de Neuvic-Ussel (Corrèze), dans le fief d’Henri Queuille (député, puis sénateur, vingt-huit fois ministre, notamment de l’Agriculture) ; au début de l’automne, lors des grands barrages paysans, Il rédigea et diffusa un tract : « Les Queuille passent, mais Neuvic restera ». Ce qui lui valut d’être, fin novembre 1953, muté à Châtellerault (Vienne).

En novembre 1954, alors que débutait la guerre d’Algérie, Paul Fromonteil fut appelé au service militaire. Il fut envoyé, au début de 1956, avec son unité dans les montagnes riffaines comme il le rappela dans l’Humanité, le 30 mai 2004. Bien que sorti 4e du peloton d’EOR, mais fiché, il resta seconde classe. Affecté au 126e régiment d’infanterie, tour à tour à Brive et à Angoulême, il y constitua une cellule communiste, qui diffusait Soldats de France et anima, à la fin de 1955, une révolte des appelés en Algérie qui, durant une semaine, occupèrent leur caserne, avec le soutien de la population briviste. Démobilisé à la fin d’avril 1956, Fromonteil reprit son poste d’enseignant au centre d’apprentissage de Châtellerault (jusqu’en 1968, où il devint permanent).

En 1957, le PCF le chargea de monter l’Association nationale des anciens d’Algérie (ANAA) dont il fut le vice-président à partir du 16 février 1958. Après le putsch du 13 mai 1958, le mouvement s’élargit, avec, notamment, des groupes appartenant à Témoignage chrétien et des Amis de Servan-Schreiber. Ainsi naquit la Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (FNACA), dont Fromonteil fut vice-président, puis secrétaire général jusqu’en 1962. Toujours lié à la direction de la JC, il la représenta dans le comité d’organisation du Festival international d’Helsinki (1963), qui permit une rencontre entre jeunes Français et jeunes Algériens.

Paul Fromonteil suivit les cours de l’école centrale d’un mois du PCF en juillet-août 1959, puis celle de quatre mois au début des années 1970. Secrétaire de la section communiste de Châtellerault jusqu’en 1964, toujours membre du bureau de la fédération communiste de la Vienne il fut déchargé, à sa demande, en juin 1962, par le congrès de la FNACA, de ses responsabilités pour s’occuper de l’organisation communiste de la Vienne. En 1963, libéré de ses autres tâches, il devint secrétaire à l’organisation de la fédération, responsable de la jeunesse pendant une année, puis, de 1966 à 1979, son premier secrétaire. Il dut affronter la plupart des militants de Poitiers sur des questions d’orientation qui empêchaient, selon lui, la démocratie interne de se développer dans la direction fédérale comme en témoignaient les mauvais rapports avec les intellectuels, notamment les militants universitaires. Notamment un conflit avec les orientations défendues par Claude Prévost* visant les universitaires communistes dura plusieurs mois.

Paul Fromonteil fut candidat aux élections législatives dans la deuxième circonscription de la Vienne (Châtellerault-Loudun). En 1967, il obtint 14 424 voix sur 63 002 inscrits au premier tour et 14 473 voix au deuxième, le Parti socialiste SFIO ne présentant pas de candidat contre le maire centre démocrate Pierre Abelin. En 1968, il arrivait en troisième position avec 10 139 voix et 9 502 le dimanche suivant sur 62 085 inscrits. En 1973, il réunissait sur 65 378 inscrits, 11 674 voix (3e), puis 19 215, au deuxième tour comme candidat unique de la gauche. Après avoir été candidat aux élections partielles de 1975, il arriva derrière la candidate socialiste Édith Cresson en 1978, il obtenait 10 940 voix sur 74 456 inscrits et se désistait à nouveau pour la candidate socialiste. Candidat à nouveau en 1981, il conduisait la liste communiste aux élections législatives de 1986. Par la suite, après le retour au scrutin uninominal le scénario se reproduisit jusqu’en 2007 où il était toujours le porte-drapeau du PCF.

Paul Fromonteil fut souvent candidat au conseil général dans le canton de Vouneuil-sur-Vienne en 1970, puis dans celui de Châtellerault-Nord en 1971, en 1976 (1 584 voix, troisième position).

Paul Fromonteil conduisait la liste communiste aux élections municipales de Châtellerault en 1965 puis en 1971, la liste « pour une gestion nouvelle sociale et démocratique ». Il fut élu, en 1989, conseiller dans une municipalité dirigée par la socialiste Édith Cresson.

Lors de la réunion du comité central, le 25 mars 1964, Waldeck Rochet refusait la proposition de la fédération de la Vienne et de Raoul Calas* qui la suivait, d’élire Fromonteil au comité central prétextant sa jeunesse et la nécessité de « contribuer au renforcement de cette fédération qui présente des défauts ». En effet, selon plusieurs rapports sur cette fédération, ses difficultés étaient la conséquence d’un « sectarisme » auquel il échappait.

Paul Fromonteil fut élu membre suppléant du comité central en 1970, titulaire en 1972. Il participa au comité de rédaction de France nouvelle et y écrivit de nombreux articles. En mai 1976, il succéda à Charles Fiterman comme secrétaire de Georges Marchais. Il rédigea, pour une part, l’intervention de Georges Marchais au XXIIe congrès et, avec Jean Kanapa, travailla sur le projet de résolution. Il participa à l’organisation du « tour de France » de Marchais, à sa grande campagne de meetings.

Paul Fromonteil gardait un pied dans la Vienne mais il ne pouvait plus assumer réellement le secrétariat de la fédération.

Lors du XXIIIe congrès (mai 1979), Fromonteil quitta le secrétariat de Marchais. Sur décision du bureau politique du 28 septembre 1979, il devint l’adjoint de Francette Lazard dans le secteur de l’Éducation. Responsable des écoles de formation des cadres (de l’école élémentaire à l’école centrale de 4 mois), il révisa, avec le concours actif de Francette Lazard, le contenu des brochures, privilégia les débats et ouvrit, surtout dans le domaine culturel, les écoles à des conférenciers non communistes. Le 21 août 1981, il rédigea pour l’Humanité un article : « Ministres communistes et stratégie du XXIIIe congrès ». En vue du XXVe congrès et de la promotion de nouveaux cadres, sur demande expresse de Georges Marchais, il dirigea l’école centrale de 4 mois (septembre-décembre 1984). Après le XXVe congrès, il continua à travailler au secteur Éducation, sous la responsabilité de Pierre Blotin.

À la fin de 1985, Paul Fromonteil fut chargé de monter, puis de diriger une entreprise de communication du PCF, Infocom médias, pour assurer la logistique des campagnes électorales communistes, mais aussi susceptible de répondre aux besoins de municipalités et de collectivités.

Au XXVIIe congrès, en décembre 1990, Fromonteil quitta à la fois le comité central et Infocom médias. Il se consacra dès lors à son département. Le conseil municipal de Châtellerault le désigna comme représentant de cette ville au conseil régional de Poitou-Charentes et il fut élu vice-président de l’assemblée. En 1986, il fut tête de liste du PCF aux élections régionales ; il présida le groupe communiste du conseil régional et fut régulièrement reconduit dans ces responsabilités. Il était toujours vice-président du conseil régional en 2008, responsable de la commission « Vivre ensemble ». Il était membre de la commission Éducation (formation, recherche, enseignement supérieur) et de la commission des finances (administration générale, plan, contrats de territoire, grands projets).

En 1995, Paul Fromonteil devint adjoint au maire de Châtellerault. Renouvelé en 2001, il fut battu avec la liste de gauche aux élections municipales de 2008. Secrétaire régional du PCF pour Poitou-Charentes, il demeura membre du bureau fédéral de la Vienne.

Paul Fromonteil refusa d’être élu au comité national du PCF alors que les statuts le permettaient comme secrétaire du comité régional du PCF pour la région Poitou-Charentes. Il continua à travailler dans les commissions nationales, notamment sur les questions de décentralisation et d’activités régionales. À partir de 1998, responsable, à la commission des affaires internationales du PCF, de la francophonie et du Sud-Est asiatique (Vietnam, Laos, Cambodge), il effectua des missions au Québec et en Asie. Parallèlement, il était vice-président de l’Association d’amitié franco-vietnamienne et membre suppléant de la commission nationale de la Coopération décentralisée du ministère des Affaires étrangères.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23692, notice FROMONTEIL Paul, André par Jacques Girault, Claude Willard, version mise en ligne le 21 novembre 2008, dernière modification le 9 juillet 2020.

Par Jacques Girault, Claude Willard

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Entretien en 1997 et compléments fournis par l’intéressé en 2008.

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