TESTANIERE Claude

Par Jean-Paul Salles

Né le 15 août 1954 à Banon (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) ; instituteur, conseiller d’orientation psychologue, chef d’établissement de second degré ; militant syndicaliste du SNI-PEGC, de FO, du SNPDEN-UNSA (Syndicat National des Personnels de Direction de l’Éducation Nationale), militant politique de la LCR, de l’OCI, du PS, du Front de gauche, de la France insoumise dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Claude Testanière était l’aîné des deux enfants (un fils et une fille) de René Testanière, garagiste, et de Magali Pascal. Dans la famille Testanière existait une très ancienne tradition de lutte républicaine depuis le début du Second Empire. Son père avait participé à la Résistance aux côtés du poète René Char (alias capitaine Alexandre), chef départemental et régional de la SAP (Section des atterrissages et des parachutages). Son grand-père paternel Henri Fabius Testanière était maréchal-ferrand, charron et forgeron à Banon, ancien combattant de la Grande Guerre puis résistant. Son oncle, Ismaël Testanière fut membre du bureau fédéral du PCF du Gard et secrétaire régional de la fédération postale de la CGT de 1957 à 1961 et responsable du Mouvement de la paix. Son grand-père maternel, Raphaël Pascal, avait également participé à la Résistance avec son fils, et son arrière-grand-mère maternelle.
Après sa scolarité primaire à l’école de Banon, Claude Testanière fréquenta le CEG de ce gros village d’environ 1000 habitants dans l’arrondissement de Forcalquier. À l’âge de quatorze ans, il vécut les événements de Mai 68 « de manière placide et détachée » et fut élu délégué suppléant des élèves au conseil d’administration au début de l’année scolaire suivante.
Reçu 3e au concours d’entrée à l’École normale mixte (ENM) de Digne (Alpes-de-Haute-Provence) en juin 1970, qu’il avait préparé en classe de seconde au lycée Alexandra David Neel à Digne, il bénéficia du désistement des deux premiers et se retrouva major de la promotion, si bien que deux autres élèves maîtres pris sur la liste supplémentaire entrèrent à l’ENM, Bernard Flucha et Joël Terruel, avec lesquels il fit ses premières expériences militantes. La tradition de l’EN voulait que le 11 novembre, les deux majors de la promotion, garçon et fille, lise l’un les noms des instituteurs morts pour la France inscrits sur le monument situé dans l’école et que l’autre réponde « mort pour la France ». Claude Testanière refusa de jouer ce rôle et avertit le directeur qu’il souhaitait le remplacer par une déclaration liminaire empruntée à Anatole France, suivie de « Mort pour la famille De Wendel », « Mort pour Krupp », « Mort pour Renault ». L’année précédente, la presse de gauche, républicaine, venait de célébrer le cinquantième anniversaire de sa fameuse adresse au Congrès des Syndicats d’Instituteurs à Tours en 1919. Ce discours l’avait ému. Ne voulant pas aller à la confrontation, le directeur trouva un remplaçant.
Claude Testanière s’était syndiqué au Syndicat national des instituteurs dès 1970 dans une section à majorité École émancipée, longtemps dirigée par Marcel Dunand de 1938 à 1939 puis de 1945 à 1969, qui était un ami de sa famille. Il adhéra aussi en avril 1971, avec Teruel, au Mouvement des jeunes communistes de France.
Ayant échoué au baccalauréat en juin 1972, il travailla durant l’été, faisant les moissons à Vachères, village proche de Banon. C’est à cette occasion qu’il fit la connaissance de celle qui devint son épouse, Chantal Martin. À la rentrée de septembre, il s’inscrivit au lycée Félix Esclangon de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) pour repasser et obtenir le bac. Il participa activement au printemps 1973 à la mobilisation lycéenne contre la loi Debré remettant en cause les sursis militaires, pour soutenir les premières manifestations des comités de soldats (Robert Pelletier et Serge Ravet à Draguignan). Ayant participé en outre aux manifestations contre la création de la base de missiles du Plateau d’Albion, il était peu désireux de faire son service militaire tel qu’il était proposé. Après « les trois jours » en octobre 1973, prétextant une crise d’asthme, il demanda à être examiné par un médecin. Envoyé à l’hôpital militaire de Laveran à Marseille, il fut libéré après une dizaine de jours avec sa dispense de SM en poche.
Ses premières divergences avec le MJCF apparurent à cette époque, car l’organisation appelait séparément aux manifestations unitaires. Il fut en désaccord avec le Parti communiste français sur d’autres sujets. Le PCF ne s’était pas opposé au lancement par Pompidou d’un ambitieux programme de centrales nucléaires ; or Claude Testanière, fervent lecteur de La Gueule ouverte, journal écologiste fondé en 1972 par Charles Fournier, également lecteur de la revue Le Sauvage, lancée par Claude Perdriel en 1973 comme supplément au Nouvel Observateur, était en train de se forger une conscience écologiste. De retour à l’École normale, pour passer son certificat d’aptitude, il diffusa La Gueule ouverte, parallèlement à ses camarades Tabouret et Barra, élèves-maîtres de l’École normale de Gap (Hautes-Alpes). Avec eux il soutint son mémoire de fin d’études intitulé « Écologie », problématique toute nouvelle, surgie dans le débat public, grâce notamment à la candidature de René Dumont aux présidentielles de 1974.
Son troisième désaccord portait sur la libéralisation de la contraception et de l’avortement. Le PCF s’y était en effet longtemps refusé avant de voter la loi Neuwirth et d’y souscrire dans le Programme commun de gouvernement, tout en conservant un vieux fonds maternaliste. Il milita donc au MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) de Digne-les-Bains dès 1974, et sa compagne Chantal, qui exerçait la profession d’esthéticienne, adhéra au MLAC à Manosque. Dans les débats à l’ENM, à ses camarades communistes qui apposèrent une affiche « L’avortement est bourgeois, car seules les bourgeoises l’utilisent », il répondit de manière humoristique par une autre affiche « L’huile d’olive est bourgeoise car seules les bourgeoises l’utilisent », et lors d’une réunion du MLAC plusieurs adhérèrent au nouveau Mouvement. Ce sont donc les diverses raisons qui le poussèrent à adhérer à la Ligue communiste révolutionnaire en 1974.
Il commença à travailler comme instituteur dans diverses localités du département (école le Mont d’or à Manosque [1975-1976], Impp de Forcalquier [1976-1977], école de Prads [1977-1978]). Rejoint à la LCR par Benoît Donval, professeur de psychopédagogie à l’ENM, il privilégia le militantisme syndical. Il s’investit dans le mouvement pédagogique Freinet (Institut coopératif de l’École Moderne) et comme co-responsable du GD (Groupe départemental) de l’École émancipée avec Annick Molinier. Ce fut pour lui l’occasion de connaître en 1977, lors des « semaines de l’EE », Boris Fraenkel (1921-2006), un intellectuel révolutionnaire exclu du PCI par Pierre Lambert, avec lequel il conserva des contacts jusqu’en 1981.
Claude Testanière fut élu à vingt-quatre ans, secrétaire général de la section départementale du SNI-PEGC en septembre 1978, succédant à Jean-Louis Rivolta, et en même temps membre du bureau de la section départementale de la FEN, représentant du syndicat dans les différentes instances paritaires (CAPD, CTPD, CDEP), déchargé de service à temps complet à cet effet. Ce mandat de trois ans débuta par le soutien actif à la municipalité et aux parents d’élèves du village de Blieux qui se battaient pour la conservation de leur école et qui avaient mis sur pied une « école sauvage ».
Dans le même temps, il s’éloigna des positions majoritaires de la LCR qui donnaient la priorité, lui semblait-il, à la conquête de « l’avant-garde large », ces militants combatifs apparus en nombre en Mai 68, parfois méfiants vis-à-vis des syndicats. Il décida donc de quitter la LCR lors du congrès extraordinaire tenu à L’Haÿ-les-Roses (1er-4 novembre 1979) avec environ 400 militants – soit le cinquième environ des effectifs de l’organisation. Deux tendances opposées à la majorité, la TI et la TV, avaient réuni 20 % des suffrages militants au IIIe congrès réuni à Saint-Gratien en janvier 1979. Elles reprochaient à la LCR de s’être écartée de l’orthodoxie trotskyste, de n’avoir jamais rompu avec son cours castriste originel qui l’amenait par exemple à privilégier à la fin des années 1970 les guérilléristes du FSLN (Front sandiniste de libération nationale) du Nicaragua au détriment de la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire lié à la Quatrième Internationale. Ces militants se regroupèrent dans une nouvelle organisation, la Ligue communiste internationaliste (LCI), avant de rejoindre l’OCI en 1980, qui désormais prit le nom d’OCI Unifiée.
Claude Testanière était toujours secrétaire général de la SD du SNI-PEGC en 1981 et, au congrès national de Toulouse au mois de juillet qui suivit la victoire de Mitterrand à la présidentielle, il fit partie de la commission des résolutions qui mit au point la motion laïque prenant en compte les motions des sections, dont la sienne en particulier. La longue motion rapportée par Jean Battut fut adoptée à l’unanimité. Toutes les tendances s’étaient mises d’accord autour des thèmes de laïcité, démocratie et enjeu de société, pour réclamer l’abrogation des lois anti-laïques, la nationalisation laïque sur les bases des conclusions du colloque du CNAL de 1972, et combattre pour la démocratisation du service public d’éducation.
Notamment sur la base de son intervention au conseil national du SNI-PEGC de décembre 1981, se fondant sur cette motion, fut constituée une liste « Combat laïque » à l’initiative de l’EE-FUO, conduite par Jean Grosset (EE-FUO) et lui-même, en tant que secrétaire de la section des Basses-Alpes, pour les élections au bureau national du SNI-PEGC en mars 1982. Cette liste, avec 2,42 % des mandats (+ 0,16 % par rapport au scrutin précédent), n’obtint aucun élu ; la liste UID restait très nettement majoritaire (61,98% : + 3,34 % et 20 élus), la liste UA avec 29,79 %, perdait 3,17 % et un élu avec 9 sièges, tandis que la liste EE gardait son siège avec 4,96 % (- 0,16 %). Claude Testanière conduisit aussi une liste aux élections départementales mais ne fut par réélu au conseil syndical, l’EE restant majoritaire, et Maryse Pardi devenant secrétaire de la section.
Après la grande manifestation laïque du Bourget organisée par le CNAL le 9 mai 1982, la direction nationale du SNI-PEGC commença à être accusée de divers côtés, de trahison, pour avoir fait passer la revendication de la revalorisation du métier d’instituteur avant celle de la promesse du candidat Mitterrand de la mise sur pied d’un grand service public unifié laïque de l’Éducation nationale (SPULEN), qui ne vit pas le jour en 1984.
Ce fut un des arguments avancés par les membres de l’OCI militants dans la FEN, pour quitter les différents syndicats de la fédération et rejoindre FO en 1984. Claude Testanière appela donc les personnels à rejoindre le Syndicat unifié des directeurs et instituteurs (SNUDI-FO), quasiment inexistant dans le département, mais qui obtint 30% des voix aux élections professionnelles de décembre 1984, score exceptionnel, alors qu’au plan national le syndicat avait obtenu 9,5 %. Ce qui lui permit de siéger à nouveau à la CAPD au titre de FO de 1985 à 1987. En septembre 1986, il avait quitté l’OCI pour rejoindre le PS avec le courant Convergence(s) socialiste(s) animé par Jean-Christophe Cambadelis, Benjamin Stora, Philippe Campinchi, Marc Rozenblatt, Jean Grosset, Gérard Ségura et Jean-Loup Delauney.
Sans mandat d’élu syndical pendant quelque temps, il exerça dans l’école à classe unique de Lincel (1982-1985) puis fut de nouveau déchargé à temps complet de 1985 à 1988, en tant que responsable du secteur enseignement de FO dans les Alpes-de-Haute-Provence et de l’union locale (UL-FO) de Manosque. Cela lui permit de mieux connaître le monde de l’entreprise, de pratiquer la négociation avec les Chambres de Métiers et de Commerce, avec la Direction départementale du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle et avec les représentants patronaux du Tribunal des Prud’hommes. Il noua également des relations avec les petites et moyennes entreprises. Enfin, il fut désigné membre suppléant au Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) et participa à la formation des militants au niveau national dans le cadre du CFMS-FO (Centre de formation de militants syndicalistes).
Très intéressé par les questions de formation-qualification-emploi, ayant obtenu un congé-formation, il se réorienta et débuta des études en psychologie à l’université d’Aix-en-Provence, avec le projet professionnel de devenir conseiller d’orientation-psychologue. Reçu major de promotion à la session du concours de 1993, il fut approché pour intégrer l’Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle (INETOP) à Paris, mais ayant des charges de famille (deux enfants nés en 1980 et 1987), il renonça. Après deux années au Centre de formation d’Aix-en-Provence, en septembre 1995, il exerça ses fonctions de COP comme titulaire académique rattaché au CIO de Digne-les-Bains et ensuite au CIO de Manosque. Il n’était plus alors syndiqué. Son mémoire de maîtrise de psychologie portait sur « Le tuteur dans la formation professionnelle en entreprise » et son travail d’étude et de recherche du diplôme d’État des COP (DECOP) comportait une partie intitulée « Évaluation de la politique de formation continue dans une PME ».
En 1997, Claude Testanière fut appelé à faire fonction de proviseur-adjoint au lycée professionnel Martin Bret de Manosque, en 1998 de principal-adjoint au collège Jean Giono, et, après un retour en CIO, il réussit au concours de personnel de direction en 2001. Il fut affecté principal au collège Peyrouas du Muy (Var), puis en 2004 retrouva avec plaisir le lycée professionnel Martin Bret, avant d’être nommé proviseur du lycée professionnel Beau-de-Rochas à Digne-les-Bains, ville où il termina sa carrière comme principal du collège Gassendi en novembre 2012.
Durant cette dernière période, il milita au Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN/UNSA), élu au conseil académique. Il fut également élu à la commission administrative paritaire académique. Une fois à la retraite, il fut nommé délégué départemental de l’Éducation nationale (DDEN) pour les écoles de Sainte-Tulle (arrondissement de Forcalquier). Continuant à s’exprimer dans Direction, le mensuel du SNPDEN, il critiqua avec vigueur une tribune libre de Bernard Toulemonde et de Soazig Le Nevé (Direction n°244, février 2017), auteurs de Et si on tuait le Mammouth ? Les clés pour (vraiment) rénover l’Éducation nationale. Dans une tribune libre parue dans le numéro suivant (Direction n°245, mars 2017), Claude Testanière critiquait la volonté de transférer les lycées professionnels aux régions : « Ces formations maisons, pardon, par régions », contribueraient à attacher un peu plus les salariés « à leur glèbe, comme sous l’Ancien Régime », à clouer les plus fragiles au sol, alors qu’on évoque la nécessaire mobilité professionnelle. En 2019, en désaccord avec le soutien apporté par le SNPDEN/UNSA à la réforme du baccalauréat, dite réforme Blanquer, il quitta le SNPDEN.
En 2011, il reprit un engagement politique actif, rejoignant le Parti de Gauche (PG) au sein duquel il milita activement lors des élections présidentielles et législatives de 2012. Il milita également au sein de la Fédération départementale de la Libre Pensée et de la Fédération générale des retraités. En 2014, aux élections municipales à Manosque, il était en sixième position sur la liste Front de Gauche (Manosque citoyenne) conduite par Martine Carriol, qui obtint 16,33 % des voix et trois élus au premier tour, devançant la liste socialiste. En 2015, il fut candidat aux élections cantonales sur le canton de Manosque 2 (Manosque-Volx-Saint-Martin-les-Eaux), et obtint 381 voix (9,84 % des suffrages exprimées).
En 2017, il s’engageait dans La France insoumise pour soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon et était toujours actif, en 2020, dans cet engagement sur les réseaux sociaux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article236927, notice TESTANIERE Claude par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 1er avril 2021, dernière modification le 2 avril 2021.

Par Jean-Paul Salles

Manifestation du SNIPEGC à Paris vers 1977 . Testanière à gauche sur la photo avec un Kway bleu et un autocollant du SNIPEGC.
Testanière (moustaches) dans une réunion du SNDUI-FO

SOURCES : Arch. FEN et SNI-PEGC (congrès et élections 1981-1982). — Texte de huit pages (18 décembre 2020), intitulé « Itinéraire militant », rédigé par Claude Testanière, et documents divers envoyés, http://www.jaures.eu/ressources/guerre_paix/lheure-est-venue-detre-citoyen-du-monde-anatole-france-1919/. — Guy Brucy, Histoire de la FEN, Belin, 2003, chapitre 13 : Une défaite historique. — Michelle Zancarini-Fournel, « Histoire(s) du MLAC (1973-75) », Clio n°18, 2003, p.241-252. — Bibia Pavard, Si je veux, quand je veux. Contraception et avortement dans la société française (1956-1979), Rennes, PUR, 2012. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Rennes, PUR, 2005. — Philippe Campinchi, Les Lambertistes. Un courant trotskyste français, Balland, 2000. — Benjamin Stora,La dernière Génération d’Octobre Stock, 2003. — Karel Yon, Des révolutionnaires professionnels aux professionnels de la politique ? Étude du courant Convergence(s) socialiste(s), Université de Paris I, DEA en Science politique, 2001. — Notes d’Alain Dalançon.

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