GARREC André

Par Gildas Priol

Né le 30 décembre 1922 à Brest (Finistère), mort au combat le 4 février 1944 à La Forest-Landerneau ; tôlier à l’arsenal ; militant communiste ; résistant Front national-FTP.

Cliché familial.

André Garrec travaillait comme tôlier à l’arsenal de Brest, ville où il est né dans le quartier de Recouvrance. Il adhéra au Parti communiste clandestin en 1942. Peu de temps après, il intégra les Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P) de Brest, et rejoignit ainsi la lutte armée contre l’occupant allemand. Il aurait participé à de nombreux attentats et sabotages. Après la vague d’arrestations de l’année 42, il reprit l’action avec le groupe Giloux en 1943, du nom du résistant Yves Giloux fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943.
Il participa à l’attaque du bureau de tabac de Monsieur Ramaseul, situé au 2 rue Pierre Ozanne à Recouvrance, le 14 ou 15 décembre 1943 au soir. L’opération était menée par sept F.T.P dont Pierre Sénéchal et André Hascoët. Sur le trajet, deux agents de la police française en patrouille furent braqués et délestés de leurs armes. S’ensuivit un braquage dans le bar avec comme unique objectif la réquisition du stock de tabac qui servait de monnaie d’échange pour soutenir les résistants dans les maquis du centre Finistère. Le 24 décembre 1943, une autre opération du genre fut menée contre le commissariat de Lambézellec pour y subtiliser des tickets d’alimentation qui y étaient stockés le soir après la fermeture de la mairie ; Pierre Sénéchal et André Hascoët y participaient également.
Noël 1943, une nouvelle vague d’arrestations toucha les communistes. Diminué et traqué le groupe se dispersa. André Garrec quitta Brest et se dirigea vers Trédudon en Berrien avec Guy Raoul et Marcel Boucher. Il y retrouva Albert Yvinec et son petit groupe de maquisards. Les sept hommes se cachèrent à la ferme du Goënidou. Parmi leur prévision d’actions, il y avait le sabotage de l’usine de Saint-Herbot par dynamitage du barrage de la réserve d’eau de Brennilis. Mais pour ce faire, il fallait de l’explosif que Boucher et Yvinec s’apprêtaient à aller dérober à la poudrerie de Pont-de-Buis.
Le projet avorta quand une patrouille allemande débarqua, le 3 février 1944, à la ferme où les résistants se cachaient. Il s’agissait d’un officier et d’un soldat allemand qui effectuaient le tour du secteur pour demander à la population d’évacuer temporairement les lieux en raison de séances de tirs de mortiers à Roc’h Trédudon. Curieux, l’Allemand insista pour visiter la ferme, il lui en coûta la vie, abattu par Marcel Boucher. Le soldat allemand qui l’accompagnait fut lui abattu par Jean Coguiec.
Craignant des représailles, le groupe se dispersa et les trois brestois voulurent regagner Brest. Ils passèrent semble t-il par Pleyber-Christ et arrivèrent à Landerneau dans la soirée où ils restèrent la nuit chez Jean Sizorn. Le lendemain, Marcel Boucher, Guy Raoul et André Garrec reprirent la route mais vers 17 heures ils furet arrêtés par un barrage allemand de la feldgendarmerie. De là, l’histoire diffère et deux versions s’opposent pour, hélas, s’accorder sur le sort final.
Rapport de la gendarmerie française du 5 février 1944 :
« Le 4 février 1944, vers 17 heures, sur la vieille route romaine La Forest-Landerneau et Pont-Mesgrall, deux gendarmes allemands ont essuyé le feu de trois individus qu’ils voulaient contrôler. Un gendarme allemand a été tué et le second blessé. Les trois civils ont été tués par le gendarme blessé. Le cultivateur Bihan Podel, de Kerlarhan à Landerneau, et son commis ont été témoins de l’incident. Le commis a été retenu par les Allemands jusqu’à présent. Le Bihan-Podel déclare que les civils étaient porteurs d’une valise et ont tiré les premiers une rafale de mitraillette sur les gendarmes allemands. L’identité des trois civils n’a pu être obtenue jusqu’à présent. »
Ce n’est que le 9 février, que la gendarmerie française fut mise au courant par la Geheime Feldpolizei (G.F.P) de Brest, de l’identité des trois résistants. La gendarmerie indiqua par la suite que ces individus étaient les auteurs de nombreux attentats et cambriolages à Brest et dans la région. Ils étaient l’objet de recherches de la part de la police de Sûreté de Rennes, qui les signalait dangereux et armés.
En 1985, l’historien Eugène Kerbaul, dans son ouvrage, 1270 militants du Finistère (1918-1945), écrivait que le retour à Brest du groupe de Marcel Boucher était motivé par le renforcement des effectifs se trouvant à Brest et avec comme premier objectif, tenter un coup de main sur la Pyrotechnie de Saint-Nicolas.
Après avoir contourné Landerneau, Boucher scinda son groupement en deux. Lui-même conduisit le premier groupe qui comprenait , en plus de Boucher, Guy Raoul et André Garrec. Mission : se diriger vers Guipavas par la voie la plus directe. Mais ce premier groupe, après avoir à peine dépassé Landerneau, tomba sur une patrouille de la Feldgendarmerie qui voulait fouiller les valises dont étaient porteurs les F.T.P. Or, elles contenaient des armes. Les F.T.P, bénéficiant de l’effet de surprise, abattirent deux Allemands. Mais l’un des Français fut blessé, on ignore son identité.
Tous trois parvinrent à se replier vers un endroit isolé, une carrière, à La Palud, selon certains témoignages. Cependant une femme ayant entendu les coups de feu, Mme X..., collaboratrice "horizontale", alerta la Feldgendarmerie. Celle-ci mobilisa 30 élèves de l’école de Feldgendarmerie de Landerneau dans la direction qui lui était précisée par la femme, et ils ne tardèrent pas à localiser les résistants en train de soigner leur blessé. Le combat s’engagea, inégal. Écrasé sous le nombre, les trois F.T.P - le blessé a fait le coup de feu comme ses camarades, succombèrent. André Garrec, Marcel Boucher et Guy Raoul avaient infligé de lourdes pertes à l’ennemi avant l’épuisement de leurs cartouches. Ils furent massacrés sur place.
Au final, les deux versions divergentes arrivent à la même funeste conclusion.
Les corps ne furent jamais retrouvés, probablement inhumés en secret par les Allemands dans la région de Landerneau. Cette pratique était courante pour éviter qu’on puisse rendre hommage aux "Terroristen ".

Reconnu Mort pour la France, André Garrec a été homologué Interné résistant (DIR) et FFI. Il a reçut titre posthume la médaille de la Résistance en 1962. A Brest, une rue André Garrec porte son nom depuis 1955.
En 1946, avait été apposée sur la route menant de La Grande-Palud à Guipavas, une plaque en hommage aux trois résistants. Leur mémoire s’étiola avec le temps, malgré les fleurs régulièrement déposées près de la plaque. En 2020, une action fut menée pour refaire une plaque commémorative et déplacer son emplacement non loin, pour la rendre plus accessible à tous.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article237078, notice GARREC André par Gildas Priol, version mise en ligne le 26 janvier 2021, dernière modification le 12 avril 2022.

Par Gildas Priol

Cliché familial.

SOURCES : Arch. Dép. du Finistère, archives de la sûreté nationale. — Archives mun. de Brest, dossier biographique de Frantz Marcel Boucher (2BIO 107). — AVCC Caen, AC 21 P 612068 et AC 21 P 191358 (nc). — S.H.D Vincennes, GR 16 P 244474 (nc). — Ordre de la Libération, liste des médaillés de la Résistance française. — Famille Garrec, iconographie.— Eugène Kerbaul, 1270 Militants du Finistère (1918-1945), à compte d’auteur, 1985.— Joël Le Bras, Du groupe Giloux au Bataillon Giloux – 1943 à 1944, travaux personnels, 2001. — Gérard Cissé, Rues de Brest - de 1670 à 2000, éditions Ar Feunten, Brest, 2012.— https://www.resistance-brest.net/ar....— Notes Annie Pennetier.

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