HIRATSUKA Raichō (OKUMURA Haru, dite)

Née le 10 février 1886 à Tōkyō ; morte le 24 mai 1971. Pionnière du mouvement féministe ; militante du ·mouvement pour la paix.

HIRATSUKA Raichō était la troisième fille de HIRATSUKA Teijiro, haut fonctionnaire de la Cour des comptes, dont la résidence se trouvait dans le quartier de Sanbanchō, arrondissement de Kojimachi, à Tōkyō. Après des études supérieures au lycée de filles d’Ochanomizu, elle entra en 1903 à la Faculté d’arts ménagers de l’Université de jeunes filles du Japon (Nihon joshi daigaku). C’est là qu’elle effectua sa formation intellectuelle et personnelle à travers la lecture d’ouvrages philosophiques et religieux et la pratique du zen. Diplômée de l’université en 1907, elle participa au Cercle littéraire de femmes intellectuelles qu’avait créé IKUTA Nagae ; elle y fit la connaissance de MORITA Sōhei, un écrivain qui leur donnait des cours. En mars 1908, ils partirent pour se donner la mort ensemble sur la colline de Ohanatōge, au delà de la station thermale de Shiobara. Cette tentative de « double suicide » faite par un couple d’intellectuels est connue comme l’Affaire de Shiobara, relatée dans Baien (La suie) roman autobiographique de MORITA Sohei, et secoua l’opinion publique de l’époque.
En septembre 1911, commença à paraître Seitō (Les Bas bleus), une revue littéraire exclusivement rédigée par des femmes. HIRATSUKA Raichō, employant pour la première fois son pseudonyme de Raichō en écrivit l’éditorial qui débutait par la phrase célèbre : « A l’origine, la femme était soleil... » Ce texte fit l’effet d’un coup de tonnerre : une femme elle-même se déclarait publiquement pour l’émancipation de ses semblables opprimées par le système familial et les survivances du régime féodal. L’action de la Société des bas bleus (Seitōsha) fut en butte aux calomnies de toute sorte, car elle symbolisait l’apparition d’une « femme nouvelle » en rébellion contre l’ordre social existant. Finalement, la publication de Seitō (Les bas bleus) fut interdite par la police. HIRATSUKA Raichō résista vaillamment à la répression et décida de modifier le contenu de la revue qui était trop étroitement littéraire, en élargissant son champ à tous les problèmes sociaux « qui pourraient provoquer l’éveil des femmes ». La Société des bas bleus (Seitōsha) fut une véritable pépinière de féministes comme ITŌ Noe, KAMICHIKA Ichiko, TOMIMOTO Kazue (OTAKE Kōkichi), IKUTA Hanayo.
HIRATSUKA Raichō avait noué des relations amoureuses avec OKUMURA Hiroshi, un peintre de l’école occidentale et, en 1914, ils commencèrent à vivre ensemble ; elle refusa la procédure habituelle du mariage en déclarant que le code civil ne respectait pas les droits des femmes. Cette nouvelle façon d’envisager le mariage devint un des thèmes favoris des discussions de l’époque. Quand elle attendit son premier enfant, en 1915, elle céda les droits de publication de Seitō (Les Bas bleus) à ITŌ Noe. Elle approfondit alors sa réflexion sur la question du statut de la mère en particulier à partir des ouvrages traduits d’Ellen Key. HIRATSUKA Raichō prit parti pour la protection de la mère lors de la controverse sur cette question qui eut lieu en 1918 et 1919 entre elle, YOSANO Akiko, YAMAKAWA Kikue et YAMADA Waka, débat qui suscita un foisonnement d’articles dans les journaux. Durant l’été 1919, HIRATSUKA Raichō entreprit la tournée des usines du département d’Aichi pour enquêter sur la situation des ouvrières du textile. Ce voyage ranima sa volonté de contribuer à l’extension du mouvement social et politique des femmes. En mars 1920, elle créa, avec ICHIKAWA Fusae et OKU Mumeo, l’Association des femmes nouvelles (Shin fujin kyōkai). Ce fut elle aussi qui présenta, à la quarante-deuxième session de la Diète, un amendement à l’article cinq de la Loi de police sur la sécurité publique concernant les clauses relatives à l’interdiction des groupes politiques féminins. Elle suscita et dirigea un mouvement pour une loi contrôlant le mariage des hommes atteints de maladies vénériennes. Elle fut à l’origine de la publication de Josei dōmei (La Fédération des femmes), organe de l’Association des femmes nouvelles (Shin fujin kyōkai) et organisa de multiples conférences et des forums réunissant des enseignantes. Elle contribua ainsi à l’essor du mouvement pour la participation des femmes à la politique, dans le courant de lutte pour la démocratie de l’ère Taishō.
Mais à partir de 1922, année où l’amendement à l’article cinq de la Loi de police sur la sécurité publique fut voté à la quarante-cinquième session de la Diète, les dissensions internes qui divisaient l’Association s’approfondirent. D’autre part, la Société des vagues rouges (Sekiran kai), organisation de femmes socialistes, critiquait violemment l’activité qu’avait menée l’Association en direction de la Diète. Enfin, HIRATSUKA Raichō était affaiblie par des problèmes de santé.
Tous ces facteurs contribuèrent à la dissolution du groupe, et HIRATSUKA Raichō consacra dès lors toute son énergie à son métier d’écrivain. Au début de l’ère Shōwa (1925), elle commença à sympathiser avec la pensée sociale libertaire, devint membre du Front féminin (Fu jin sensen) avec KORA Itsue et d’autres militantes de tendance anarchiste. Dans le cadre du mouvement pour les coopératives (Kyōdō kumiai undō), elle créa en 1929 et géra une coopérative de consommation, exclusivement destinée aux femmes, dans le quartier de Seijō où elle résidait. Après la Deuxième Guerre mondiale, pacifiste, elle participa au mouvement mondial pour la paix. En juin 1950, alors qu’avaient éclaté les hostilités en Corée, elle fit une déclaration contre la guerre et pour la paix générale, conjointement avec NOGAMI Itsue, GAUNTLET Tsuneko, JŌDAI Tano, UEMURA Tamaki. En outre, en décembre 1951, elle constitua avec ICHIKAWA Fusae et JODAI Tano le Comité des femmes contre le réarmement (Saigunbi hantai fujin iinkai) : elle prit ainsi la tête du mouvement des femmes pour la paix.
En avril 1953, à la formation de la Ligue pan-japonaise des groupes de femmes (Zennihon fujin dantai rengōkai), elle fut élue présidente et le resta par la suite, à titre honorifique. Cette même année, elle proposa que soit envoyée une délégation japonaise au Congrès mondial des femmes de Copenhague.. Elle fut aussi vice-présidente de la Ligue internationale des femmes démocrates (Kokusai minshu fujin renmei). Dans les années 60, en collaboration avec TOMONAWA Shin’ichirō et YUKAWA Hideki, elle lança plusieurs appels pour la paix dans le monde qui visaient à la destruction totale des armes nucléaires.
Malgré son grand âge — quatre-vingt-quatre ans — elle se joignit aux manifestations de 1970 contre le Traité de sécurité et jusqu’à sa mort elle fut toujours aux premiers rangs du mouvement des femmes japonaises. Pendant les dernières années de sa vie, elle fut étroitement liée au mouvement des femmes du Parti communiste japonais, en qualité de conseillère de la Société des femmes du nouveau Japon (Shin nihon fujin no kai).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article237123, notice HIRATSUKA Raichō (OKUMURA Haru, dite), version mise en ligne le 29 juillet 2022, dernière modification le 22 mars 2021.

ŒUVRE : Watakushi no aruita michi (Le Chemin que j’ai suivi), 1955. — Genshi rosei wa taiyō de atta (A l’origine, la femme était soleil), en 2 volumes, 1971.

SOURCES : Seitōsha, Seitō (Les bas bleus), du no. 1 du Ier volume au no. 2 du VIe volume, 1911-1916 ; réédition de Meiji bunken, 1968-1970.

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