FARAUT Madeleine [épouse MILON]

Par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

Née le 10 février 1899 à L’Escarène (Alpes-Maritimes), morte le 5 juillet 1983 à Nice (Alpes-Maritimes) ; institutrice ; militante syndicaliste ; militante communiste des Alpes-Maritimes ; conseillère municipale de Nice (1944-1965).

Madeleine Faraut
Madeleine Faraut
Cliché dans Virgile Barrel, Cinquante années de lutte, op. cit.

Fille d’une cultivatrice et d’un employé devenu cultivateur, sympathisant communiste dans les années 1930, qui adhéra au Parti communiste français à l’âge de 80 ans, Madeleine Faraut reçut les premiers sacrements catholiques. Elève de l’école primaire supérieure de Nice, elle entra à l’École normale d’institutrices de Nice en 1915. Nommée institutrice à Nice en janvier 1920, syndiquée en 1921, influencée par Virgile Barel* abonnée à l’Humanité depuis 1925, elle fut membre du conseil syndical du syndicat départemental CGTU de l’Enseignement, trésorière (1925-1927) et déléguée aux congrès nationaux de 1928 à 1933. Elle indiquait avoir « la confiance » des militants communistes et participer aux réunions de la fraction communiste du syndicat. Candidate au Conseil départemental de l’enseignement primaire, le 25 avril 1929, secrétaire du groupe féministe de l’Enseignement dans le département en 1929-1930, elle fut, en 1928-1929, secrétaire aux relations internationales du comité central des Groupes féministes de l’Enseignement laïque. À ce titre, elle participa, lors du congrès pédagogique international de Leipzig en 1929, à l’élaboration de la future commission féminine de l’Internationale des Travailleurs de l’Enseignement et collaborait à son mensuel, Le Travailleur de l’enseignement. Elle fut élue membre du conseil fédéral national de la Fédération de l’Enseignement au titre de la Minorité oppositionnelle révolutionnaire aux congrès de Bordeaux (août 1932) et de Reims (août 1933). Après avoir rejoint le Syndicat national des instituteurs sous le Front populaire, elle n’y occupa aucune responsabilité.

Madeleine Faraut, secrétaire de l’Union locale CGTU de Nice depuis octobre 1930, animait le Comité de chômeurs. Elle adhéra au Parti communiste en avril 1931. Connaissant la langue italienne, elle milita à la cellule 4 « composée presque exclusivement de camarades italiens ». Membre du bureau du rayon communiste, elle assurait la liaison entre l’ULU et le rayon jusqu’en octobre 1931.

Madeleine Faraut fut inculpée à la suite d’une manifestation de chômeurs, le 28 novembre 1931 (selon l’intéressée). Le 9 décembre, le Tribunal correctionnel de Nice la condamna à dix jours de prison avec sursis et à cent francs d’amende pour « outrages à agents ». La Cour d’appel d’Aix, le 25 février 1932, supprima la peine de prison mais porta l’amende à 200 francs. Madeleine Faraut, qui était défendue par Jacques Sadoul*, fut déplacée d’office à Saint-Jean-la-Rivière, dans l’arrière-pays niçois. Le 15 juin, le préfet prononça ce déplacement qui souleva de nombreuses protestations. En septembre 1932, Virgile Barel*, au nom du bureau du rayon communiste, proposa de l’envoyer à l’école léniniste de Moscou, demande qui fut refusée.

Nommée institutrice à l’école du Château à Nice en mars 1936, Madeleine Faraut, jusqu’en décembre 1937, fut la secrétaire départementale de l’Union des femmes contre la misère et la guerre où elle se montra autoritaire. Cilly Vassart, dans son rapport sur le congrès de la fédération, indiquait que, bien que sœur d’un militant trotskiste, elle était « en parfait accord avec le Parti » et « l’âme » de l’organisation. Le parti décida de la contrôler en lui imposant une adjointe. Aussi décida-t-elle de démissionner de cette responsabilité. Elle fut active au comité d’aide aux Républicains espagnols puis dans la lutte contre les accords de Munich.

La vie de Madeleine Faraut, pendant la guerre, comprend des zones d’incertitudes selon les diverses sources. Dans ses témoignages dans les cinq questionnaires biographiques établis pour le PCF entre 1944 et 1962, Parmi les éléments contradictoires, nous retenons les grandes lignes.

Madeleine Faraut, révoquée le 24 mars 1940, à la suite d’un arrêté préfectoral, fut envoyée en résidence surveillée à Berre-des-Alpes, puis à Coursegoules (Alpes-Maritimes). Autorisée à venir se marier en juin 1941 à Nice avec Auguste Milon, receveur d’enregistrement en retraite, elle resta à Nice et participa à l’organisation de diverses actions des communistes locaux. Arrêtée en septembre 1942, elle fut internée au centre de séjour surveillé de Brens (Tarn). Dans les discussions entre détenues, elle n’approuva pas les consignes données par la responsable communiste Fernande Valignat* de refuser de signer, estimant, que sans renier le Parti communiste, on pouvait profiter de toutes les occasions pour retrouver la liberté et continuer les luttes, y compris en signant une déclaration de loyalisme envers le gouvernement. A la fin de l’année 1942, mettant à profit l’autorisation de venir à Nice soigner son mari malade, elle demanda, lors d’une entrevue avec le responsable de la police, à bénéficier de la circulaire du 18 mai 1942 sur la réintégration des fonctionnaires et signa alors la déclaration de loyalisme. Elle précisa, plus tard, que sa libération avait été obtenue aussi à la suite d’« une intervention extérieure étrangère au Parti », puisque son mari avait fait une démarche auprès du préfet. Elle fut assignée à résidence. Après des manifestations, à nouveau arrêtée et assignée à résidence à Coursegoules, elle se réfugia, avec son mari, chez l’institutrice communiste Marie Burle à Manosque en décembre 1943 et prit contact avec les FTPF du département. Elle participa à l’organisation des comités de femmes et des groupes d’infirmières de l’hôpital pour soigner les FTP-blessés. Son nom figura sur une liste noire. Son cas fut l’objet de nombreuses discussions parmi les responsables communistes mais puisqu’elle était « très connue des masses » et faisant « figure de victime de la répression », aucune sanction ne fut prise.

Après la libération de Nice (28 août 1944), Madeleine Milon-Faraut regagnait la ville et, le 3 septembre, parlait au nom de l’Union des Femmes de France, dans un rassemblement. Membre de la Délégation spéciale de Nice présidée par Barel, puis élue conseillère municipale, elle devint membre du bureau de la Fédération communiste des Alpes-Maritimes. Par la suite, les décisions des directions centrales et fédérales du PCF ne s’accordèrent pas. A la demande du comité central, elle redevint membre du seul comité fédéral en 1947.

En octobre 1947, contre l’avis du comité central, Madeleine Milon-Faraut était maintenue sur la liste communiste et élue conseillère municipale de Nice avec onze autres communistes et 27 390 voix. Réélue, le 26 avril 1953 et en 1959 sur la liste « d’union ouvrière et démocratique pour la défense des intérêts de Nice, conduite par Virgile Barel, elle suivait les questions du ravitaillement, du logement et de l’enseignement.

Madeleine Faraut fut assesseur de la séance du congrès du Syndicat national des instituteurs, le 24 mars 1948. Elle participait au conseil syndical de la section départementale du SNI de la Libération à 1952, élue sur la liste "Unité et Action".

Responsable départementale de l’Union des femmes françaises, elle était aussi une des responsables de la Fédération nationale des internés et déportés, de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, du Mouvement de la paix, de France-URSS, des Amitiés franco-chinoises, du comité de l’enfance (dont elle était la vice-présidente).

Retraitée, Madeleine Milon-Faraut, aux élections législatives du 23 novembre 1958, était la suppléante du candidat communiste d’Oelnitz, dans la deuxième circonscription de Nice. En novembre 1962, candidate dans la deuxième circonscription de Nice, elle obtint sur 58 977 inscrits 6 703 voix au premier tour et fut battue, au deuxième tour, avec 10 401 voix par le candidat de l’UNR, Diomède Catroux. Secrétaire départementale de l’Association des élus républicains et communistes, elle siégeait au bureau national de l’association. Candidate aux élections municipales de 1965, elle fut plusieurs fois candidate au Conseil général. En 1961, dans le quatrième canton du Nice, elle arrivait en quatrième position.

Après son décès, Madeleine Milon-Faraut fit transmettre à ses amis une lettre-bilan de sa vie. Elle se terminait par un bulletin d’adhésion au Parti communiste : “ Pour ceux qui, fidèle à mon souvenir, voudront bien me remplacer.”

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23713, notice FARAUT Madeleine [épouse MILON] par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 23 novembre 2008, dernière modification le 28 décembre 2019.

Par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

Madeleine Faraut
Madeleine Faraut
Cliché dans Virgile Barrel, Cinquante années de lutte, op. cit.

SOURCES : Arch. Nat., F7/12972, 13090, 13124, 13128, 13749. — Arch. Dép. Alpes-Maritimes, 0IT 0256. — RGASPI, 495 270 579. — Archives du comité national du PCF. — Notice DBMOF par Jacques Girault, Jean Maitron et Claude Pennetier. — Presse locale et syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressée, par la fédération du Parti communiste français des Alpes-Maritimes, par V. Barel, par E. et S. Odru. — Sources orales. — Notes de Michel Brot.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément